La tragédie Iphigénie à Aulis écrite en grec ancien par Euripide en 405 av. J.-C. a été recréée en 1674 par Jean Racine (1639-1699) et maintes fois réécrite par plusieurs, dont Tiago Rodrigues, actuel directeur du Festival d’Avignon. L’œuvre est présentée au Théâtre Denise-Pelletier du 12 novembre au 7 décembre 2024.
La réécriture des textes de l’Antiquité a toujours permis de poser un regard critique sur les mythes anciens et aussi les pratiques contemporaines. La tragédie grecque garde une fonction de catharsis c’est donc dire de transformer les émotions comme la crainte ou la pitié en plaisirs et en admiration. La tragédie de Racine a aussi été revisitée plusieurs fois depuis sa création sous Louis XIV. Au siècle des Lumières, les mythes grecs étaient alors très en vogue et suscitaient l’admiration d’une société où les passions de l’Antiquité donnaient encore des frissons aux privilégiés de la Cour.
Le musicien Gluck écrira un opéra sur le livret de Nicolas-François Guillard en 1774. S’agissant d’une tragédie austère, dépourvue d’amour, elle incarne un idéal sévère qui colle bien à la musique de Gluck. Enfin, en 1977, le réalisateur grec Michael Cacoyannis (Zorba le Grec) tournera Iphigénie, un scénario remanié à partir du texte d’Euripide, devenu une critique de la cupidité humaine. Le film sera présenté au Festival de Cannes la même année.


La réécriture de Tiago Rodrigues nous amène dans un mode exalté où les personnages sont soumis à la volonté et à la vengeance des dieux qui apportent les vents bons ou mauvais. La mise en scène d’Isabelle Leblanc prend un tournant décidément moderne de quai de débardeurs où le peuple de marins attend le vent permettant d’aller faire la guerre aux Troyens qui ont enlevé Hélène, avec ou sans son accord; la chose est mise en doute. Et le vent ne vient pas!
Pour redonner les vents qui porteront les guerriers pour venger l’enlèvement d’Hélène, les dieux exigent la mise à mort d’Iphigénie, fille d’Agamemnon, roi de Mycènes. Le peuple demande ainsi que le roi tue sa propre fille ! Sa mère Clytemnestre, jouée par Catherine Allard, se révolte contre la décision cruelle de son époux. Celui-ci voit son règne et son statut menacés par la rage de son peuple et accepte donc de mentir à sa fille lui promettant le mariage avec Achille, mais préparant plutôt son sacrifice. Iphigénie incarnée par Alice Moreault, lumineuse, accepte de mourir par respect filial et pour sauver la patrie! La jeunesse est sacrifiée pour sauver le pouvoir politique. Et l’héroïne accepte son destin avec courage… Mais les dieux ont aussi de la clémence!


Le mouvement des acteurs et les paroles s’enchaînent un peu comme une pantomime qui fait sourire le public à plusieurs moments. La belle voix de Dominique Quesnel fait le lien entre les destins et les personnages. La répétition fréquente « Je me rappelle que » est utilisée comme une ponctuation qui ajoute peu au propos déjà chargé. S’agit-il d’une stratégie pour cadrer les personnages ou répéter leur motivation intérieure? On ne parvient pas toujours à déchiffrer l’intention de chacun, surtout que la diction est inégale. La complexité de l’argument comporte des écueils à surmonter dans le cadre de cette nouvelle écriture. Le dépouillement du décor et des costumes auraient peut-être été plus opportuns pour mettre en valeur la nature tragique du propos.
Le spectacle dure 80 minutes sans entracte.

Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Iphigénie2024©victordiazlamich
