C’est sous le thème audacieux « Bientôt sur vos écrans : Le feu d’artifice de l’année ! », inspiré des musiques de bandes-annonces hollywoodiennes, que le Canada a présenté son feu d’artifice dans le cadre de la compétition de l’International des Feux Loto-Québec à La Ronde, ce jeudi 10 juillet 2025. Porté par la firme Blue Star Pyrotechnics, ce spectacle très attendu a offert un mélange de fulgurances et de faux pas, laissant le public partagé entre admiration et perplexité.
Le départ fut fracassant : dès les premières secondes, des bombes blanches crépitaient dans le ciel, accompagnées de puissants effets sonores qui plongeaient la foule dans une ambiance de blockbuster épique. Une entrée en matière prometteuse… mais qui n’a malheureusement pas été tenue tout au long du spectacle.
Très vite, le feu a perdu en cohérence, alternant sans transition entre des moments forts et bien construits et d’autres plus faibles, voire désarticulés. Certaines séquences semblaient inachevées, comme si les artificiers avaient abandonné une idée en cours de route. On passait de surprises réussies à des longueurs pesantes, notamment sur Like a Prayer de Madonna, où les fusées éclataient isolément, au compte-goutte, sans lien clair avec le rythme musical. L’effet était confus, presque hésitant, à mille lieues de l’ouverture flamboyante.






L’un des défauts les plus marquants fut sans doute le manque de synchronisation entre la trame sonore et le déploiement pyrotechnique. Des temps forts musicaux restaient visuellement vides, tandis que certaines fusées explosaient hors tempo ou à des altitudes inégales, brouillant la lecture des tableaux. Même les imposantes fusées à changement de couleur, impressionnantes individuellement, perdaient de leur impact en raison d’un manque de coordination.
Heureusement, quelques segments sont parvenus à raviver la magie. Sur White Rabbit de Jefferson Airplane, immortalisé dans Matrix, Blue Star a proposé un clin d’œil pop-culture savoureux : après une pluie de lumière verte, le choix entre la pilule bleue et la rouge s’est dessiné dans le ciel, fusionnant imaginaire cinématographique et art pyrotechnique avec ingéniosité.
Autres réussites notables : des motifs en forme de cœurs et d’étoiles ont surpris et enchanté la foule, tout comme le tableau sur Survivor de 2WEI. Ici, les motifs s’enchaînaient avec rythme, chaque répétition variant de couleur, jusqu’à culminer en un arc-en-ciel spectaculaire. Les bombes multicolores aux dégradés subtils ont aussi marqué les esprits, tout comme ce moment suspendu sur la version orchestrale de Sweet Child O’ Mine, où des bulles dorées flottaient parmi les étincelles, installant une véritable féerie.






Enfin, le bouquet final est venu clore le tout avec panache. Déferlantes lumineuses, explosions sonores et pluie d’étincelles ont tenté de rattraper une prestation inégale. Il a redonné de l’énergie à un spectacle qui, malgré ses intentions ambitieuses et certaines idées brillantes, manquait d’unité, de fluidité et de rigueur rythmique.
En somme, Blue Star Pyrotechnics a livré un feu à la hauteur de son thème : cinématographique, spectaculaire… mais aussi irrégulier, comme un film à grand budget souffrant d’un montage trop hâtif. Un feu qui mérite peut-être une nomination pour les effets spéciaux, mais pas encore l’Oscar du meilleur scénario.






Prochain rendez-vous pyrotechnique : jeudi 17 juillet 2025, même heure, même endroit. La Suisse prendra alors le relais avec sa proposition artistique. Après un feu canadien en montagnes russes, reste à voir si elle saura offrir un spectacle plus harmonieux et cohérent… tout en continuant à faire vibrer le ciel montréalais.

Lucas Brunet | Journaliste

Benoit Leroux | Photographe
Grand consommateur de culture, Benoit Z. s’intéresse à beaucoup de disciplines. Le monde circassien est son principal terrain de jeu. Toujours curieux, ouvert et la caméra prête.
