La toute nouvelle pièce de Nathalie Doummar, Georges, présentée en première médiatique le 30 septembre au Théâtre La Licorne, raconte avec tendresse les différences qui bousculent une famille. Portée par un Manuel Tadros profondément touchant, elle est de celles qui font tout simplement du bien.
Après Mama et Frères, présentées chez Duceppe, Nathalie Doummar poursuit son exploration de la famille avec Georges, un texte plus intime encore, inspiré de sa propre histoire familiale. Cette fois, c’est vers la figure du père qu’elle tourne son regard.
Georges (Manuel Tadros) est un père d’origine égyptienne dont les deux enfants (Nathalie Doummar et Neil Elias), nés au Québec, grandissent dans une société beaucoup plus ouverte et moins conformiste que celle qui a façonné ses propres valeurs. De l’enfance à l’âge adulte, on les voit peu à peu tracer leur chemin, faire leurs choix et parfois bousculer les convictions d’un père qui doit apprendre, lui aussi, à évoluer.
Une famille comme tant d’autres
C’est là toute la force de l’écriture de Nathalie Doummar. Si les origines égyptiennes de Georges et les réalités liées à l’immigration nourrissent le récit, elles ne l’enferment jamais. Très rapidement, cette famille devient familière. On reconnaît ses propres parents, ses enfants, son frère ou sa sœur dans ces petites confrontations, ces maladresses, ces silences et ces réconciliations.
Les personnages se parlent franchement, parfois brusquement. Ils se heurtent parce qu’ils ne voient pas toujours le monde de la même façon. Mais derrière les désaccords et les paroles parfois maladroites se trouve quelque chose de beaucoup plus fort : une profonde affection.


L’autrice possède surtout ce don de raconter la vie familiale dans ce qu’elle a de plus ordinaire et de plus vrai. Elle trouve de l’humour dans les petites choses, de la tendresse dans les imperfections et de l’émotion dans des gestes qui pourraient sembler anodins.
Georges devient ainsi moins une pièce sur les différences culturelles qu’une œuvre sur ce lien parfois compliqué, mais indéfectible, qui unit les parents à leurs enfants.
Chez Georges, comme à la maison
Cette impression de familiarité est renforcée par la scénographie de Maude Janvier. Le salon familial devient presque un personnage à part entière : le fauteuil berçant de Georges, le divan, la télévision, le mobilier et les teintes orangées composent un décor enveloppant qui respire le vécu. On a l’impression d’être entré chez quelqu’un que l’on connaît.
Sous la mise en scène de Rose-Anne Déry, cet univers demeure chaleureux et vivant. Les années passent, les enfants grandissent et les rapports évoluent, mais ce salon reste le point d’ancrage de la famille, le lieu où l’on revient malgré les différends. Et l’humour n’est jamais très loin de l’émotion.
Manuel Tadros, toute la bonté d’un père
Mais le cœur de Georges bat incontestablement du côté de Manuel Tadros.
Le comédien compose un père à la fois conservateur, bourru, drôle, maladroit et immensément aimant. Il aurait été facile de transformer Georges en caricature du père immigrant dépassé par une nouvelle génération. Manuel Tadros lui donne plutôt une formidable humanité.
Même lorsqu’il s’accroche à ses convictions ou comprend difficilement les choix de ses enfants, quelque chose demeure constamment perceptible dans son jeu : il les aime profondément.
Et c’est probablement ce qui rend Georges si attachant. Derrière ses résistances se cache un homme d’une grande bonté qui tente, avec les outils qu’il possède, d’être un bon père. Il ne réussit pas toujours à trouver les bons mots ni à réagir comme ses enfants le souhaiteraient, mais son amour, lui, ne fait jamais de doute.
Manuel Tadros traduit admirablement toutes ces contradictions. Sans chercher l’effet, il rend Georges profondément humain et, surtout, profondément touchant.



Une pièce qui fait du bien
Il y a quelque chose de réconfortant dans Georges. La pièce ne cherche ni les grands bouleversements ni les effets spectaculaires. Elle préfère observer une famille qui avance, se transforme, se confronte et apprend tranquillement à s’accepter.
Nathalie Doummar raconte une histoire très personnelle, mais réussit précisément par cette intimité à toucher à l’universel. Les cultures et les générations peuvent différer ; les façons de dire « je t’aime » aussi. Mais derrière les maladresses, les disputes et les incompréhensions demeure cette affection qui ramène toujours les membres d’une famille les uns vers les autres.
On quitte donc le salon de Georges avec un peu l’impression de quitter celui de quelqu’un de proche.
Et avec cette douce envie de serrer les nôtres un peu plus fort.
La pièce Georges sera présentée jusqu’au 7 novembre 2026 au Théâtre La Licorne à Montréal.
Billets : https://theatrelalicorne.com/pieces/georges/
- Texte : Nathalie Doummar
- Mise en scène : Rose-Anne Déry
- Avec Nathalie Doummar, Neil Elias, Manuel Tadros (en alternance avec Antoine Yared)
- Décor et accessoires : Maude Janvier
- Une production de : La Manufacture
- Source : Théâtre La Licorne

Josée Laberge | Journaliste
Passionnée de musique depuis son jeune âge et ayant une formation de pianiste, Josée a des goûts musicaux très éclectiques. Dévorant la culture sous toutes ses formes, elle adore assister à des spectacles ou événements de tous genres, afin de partager sa passion pour la richesse de la culture québécoise et de ses nombreux artistes talentueux.

