Né dans le silence et l’incertitude de la pandémie, le projet Floraence prend forme lentement, à l’image de la démarche qui l’habite. Avec Clairvoyance, Floraence amorce un premier projet solo où la douceur, la lucidité émotionnelle et la représentation de l’amour au féminin occupent une place centrale. Elle nous parle ici de ce parcours en devenir, de création et de sens.
Qui est Floraence ? Peux-tu nous présenter ton parcours ?
Je suis une artiste formée en théâtre musical, diplômée en pleine pandémie. Cette période a créé chez moi un fort sentiment de perte de contrôle : plus de repères, plus de scène, beaucoup d’incertitude. Floraence est né tranquillement de ce chaos-là. C’est un projet à travers lequel j’ai repris le contrôle, en choisissant comment, quand et pourquoi je crée. La musique est devenue un espace où je pouvais me recentrer, ralentir et me reconnecter à ce qui me faisait vraiment vibrer.
Quel projet artistique t’a le plus marqué à ce jour ?
La sortie du mini-album Quand je verrai la lumière de ma très bonne amie Micheline, a été déterminante pour moi. Nous nous sommes rencontrées à l’école dans notre formation en théâtre musical. J’ai eu la chance de la voir grandir en tant qu’interprète. Depuis sa sortie de l’École nationale de la chanson en 2022 j’ai eu la chance d’être témoin de son processus de création et de la façon dont elle s’est lancée dans le milieu musical avec une grande honnêteté et un immense engagement. La voir donner tout ce qu’elle avait à un projet m’a profondément inspirée à créer le mien. C’est d’ailleurs elle qui assurera la réalisation de Clairvoyance.


Pourquoi avoir choisi d’appeler ton projet Floraence ?
Je suis née le 19 mars, tout près de l’équinoxe de printemps. Mes parents m’ont nommée Florence parce que ça leur rappelait le printemps, les fleurs, la renaissance. Je m’identifie énormément à cette saison, à sa douceur et à la force tranquille de la nature. Avec Floraence, je voulais rendre hommage à la flore, à Mère Nature, tout en gardant un nom proche du mien. C’est aussi une façon de faire honneur au vent du printemps, à ce mouvement doux mais puissant qui annonce un renouveau.
Quand pourra-t-on entendre la voix de Floraence pour la première fois ?
L’enregistrement du projet devrait débuter d’ici le mois d’avril. Le premier single est prévu pour cet été et sera accompagné d’un spectacle de financement, qui marquera la toute première présentation publique de mes chansons. Les détails restent à venir : je suis actuellement soutenue par le programme Jeunes Volontaires, qui m’aidera à produire certaines pièces de l’EP, et nous sommes en attente de quelques confirmations avant de pouvoir annoncer les informations exactes.
Depuis combien de temps ce projet mûrit-il en toi, avant de se dévoiler pétale par pétale ?
Ce projet m’accompagne depuis plusieurs années. J’ai toujours composé des chansons : enfant, je prenais des livres et j’inventais des mélodies à partir des mots des récits. Certaines chansons de l’EP ont été écrites il y a plus de trois ans.
Mais c’est réellement en 2024 que j’ai décidé de rassembler les morceaux. J’étais tannée d’attendre que les opportunités se présentent à moi j’ai compris qu’il fallait que je les crée moi-même et Clairvoyance est né de cette décision.


À quoi peut-on s’attendre de ton mini-album ? Comment décrirais-tu l’univers musical de Clairvoyance ?
Clairvoyance est un mélange de folk, de jazz et de textures classiques, fortement inspiré par l’univers de Laufey, artiste islandaise. On peut s’attendre à des bossa nova enveloppantes, à des berceuses qui percent doucement et à une musique qui privilégie la lenteur, l’émotion et la vérité.
Pourquoi as-tu décidé d’intituler ton mini-album Clairvoyance ?
Le titre puise dans l’imaginaire de la sorcière, ces femmes marginalisées parce qu’elles voyaient trop clair pour se conformer. Pour moi, la clairvoyance n’est pas une faculté de prédiction, mais une capacité à reconnaître ce qui est vrai à l’intérieur de soi même lorsque cette vérité dérange ou fait mal. L’album explore cette lucidité émotionnelle, ce moment où l’on cesse de se mentir et qu’on accepte son soi en entier.


Tu parles de la représentation de l’amour au féminin et de la beauté : que souhaites-tu mettre de l’avant à travers cette démarche ?
Je souhaite proposer une représentation douce, calme et non spectaculaire, qui s’éloigne volontairement des clichés. Le mot lesbienne continue de provoquer des réactions inconfortables chez certain.e.s, et j’ai envie de me le réapproprier, de l’habiter autrement. De lui redonner une lenteur, une douceur, une beauté quotidienne. Celle qui existe dans les silences partagés, dans les gestes doux, dans la vérité tranquille des relations entre femmes. Des amours racontées sans exotisme, sans clichés forcé. Simplement des amours vrais, sensibles et tendres.
Qu’est-ce qui t’habite le plus émotionnellement en ce moment dans la création de ce mini-album ?
Ce qui m’habite le plus, c’est le désir de bien faire. Prendre le temps, respecter le processus, payer équitablement les artistes avec qui je travaille, et collaborer avec des personnes réellement inspirées par le projet. Je souhaite créer dans le plaisir, dans l’écoute, et rester fidèle à mon univers. Il est aussi très important pour moi que ce projet soit porté majoritairement par des femmes, dans un milieu encore largement masculin.



Qu’aimerais-tu que les gens ressentent en découvrant Floraence pour la première fois ?
Floraence cherche à offrir un espace d’accueil, doux et sécuritaire, où la créativité et la vérité des vécus féminins et queer peuvent s’exprimer pleinement, tout en déstabilisant ceux qui reproduisent l’exclusion et la violence. J’ai envie de créer un espace qui valide les femmes et les personnes LGBTQ+, celles et ceux que le monde place en marge ou tente de faire taire. Dans un contexte où aux États-Unis, les droits des personnes LGBTQ+ sont attaqués, et où au Canada les féminicides se multiplient, la représentation devient un acte de résistance. Montrer des histoires de femmes, montrer des amours et des identités queer, c’est affirmer que nous existons et que nos vies comptent. Si ce projet peut à la fois réconforter et déranger, il aura rempli une fonction essentielle : celle de rendre visibles celles qu’on oublie trop souvent.

Frédéric Lebeuf | Journaliste & Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
