Le 22 octobre, au Gesù, le public a assisté à une belle première médiatique, une proposition théâtrale audacieuse et touchante : Flambant nue, une création des Éternels Pigistes signée Pierre-Michel Tremblay. Le titre intrigue, et la pièce tient sa promesse : elle nous déshabille, doucement, sans voyeurisme, mais avec une sincérité désarmante.
Des fragments d’humanité
Sur scène, quatre comédiens — Christian Bégin, Isabelle Vincent, Pier Paquette et Marie Charlebois — incarnent une série de personnages qui traversent des moments de doute, de vertige, de tendresse. Il n’y a pas d’histoire linéaire, pas de décor imposant ni d’effets spéciaux. Ce sont des fragments de vie, des éclats d’humanité, portés par des dialogues justes et drôles, mais parfois poignants.
La pièce explore un thème universel : notre quête de sens. Pourquoi sommes-nous là ? Que reste-t-il quand les repères s’effondrent ? Chaque scène propose une variation sur cette question, sans jamais donner de réponse toute faite. On passe d’un souper de famille tendu à des hamsters évoquant notre incapacité à « ne penser à rien », d’un couple en crise à une conférence absurde sur l’univers ou à des extrémistes militants pour le végétarisme. Et pourtant, tout se tient. Le fil rouge, c’est notre fragilité. Notre besoin d’être vus, compris, aimés et entendus.
Un ton juste et des interprètes habités
Le ton est souvent léger, mais jamais superficiel. L’humour sert à ouvrir des portes, pas à fuir les émotions. Certaines scènes font rire franchement, d’autres laissent un silence dans la salle. Et ce silence est précieux : il permet de respirer, de réfléchir, de ressentir.
Les comédiens sont excellents. Christian Bégin apporte une intensité calme, une présence rassurante. Isabelle Vincent, tout en finesse, réussit à émouvoir avec très peu de mots. Pier Paquette et Marie Charlebois complètent le quatuor avec une belle énergie, chacun trouvant sa place dans ce jeu d’équilibre entre comédie et gravité.



Une œuvre libre et profondément humaine
La mise en scène est simple, presque nue elle aussi. Quelques chaises, un éclairage sobre aux teintes de vert, une musique discrète : rien ne vient distraire du cœur du propos — les êtres humains, dans toute leur complexité. Ce choix minimaliste fonctionne très bien. Il laisse toute la place au texte et aux interprètes.
Ce qui frappe, c’est la liberté de ton. Flambant nue ne cherche pas à plaire à tout prix. Elle ose être étrange, parfois floue, souvent poétique. Elle fait confiance au public. Et cette confiance est payante. On sort du théâtre avec des questions, des images, des émotions. Pas avec des réponses toutes faites.
Et surtout, on sort avec un certain soulagement : celui de réaliser qu’on n’est pas seul à vivre cette angoisse existentielle qui nous traverse parfois. Que ce malaise, ce flou, ce besoin de sens, est partagé. Et qu’au fond, malgré nos différences, nous sommes tous un peu les mêmes. Ça fait du bien. Ça rassemble. Et ça apaise.
En résumé, Flambant nue est une pièce qui parle de nous, sans prétention. Elle nous invite à regarder nos contradictions, nos élans, nos peurs. Elle nous rappelle que derrière les apparences, il y a toujours une histoire. Et que cette histoire mérite d’être entendue. Ce n’est pas un spectacle spectaculaire. C’est un spectacle vrai. Et ça fait du bien.

Annie Roy | Journaliste
Diplômée de l’École de théâtre et détentrice d’une Maîtrise en Communication, Annie est passionnée des arts depuis sa tendre enfance. Elle est une femme déterminée et très polyvalente qui allie l’animation radio, le mannequinat, le jeu, le journalisme culturel, le chant, la gestion d’artiste et l’enseignement au primaire depuis plus de 15 ans. Grande voyageuse et très « foodie », elle aime découvrir de nouveaux endroits.

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Crédit Photos : Cassandra Beck
