Le 5 février, la Place des Arts accueillait la première médiatique du spectacle musical Évangéline, présentée à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Une soirée chargée d’émotion, où la grande histoire se conjugue à l’intime, portée par une distribution d’une rare intensité. Un récit fondateur, raconté avec cœur.
Un destin brisé, une voix qui traverse le temps
Inspirée du mythe d’Évangéline créé par le poète américain Henry Longfellow en 1847, cette grande production originale de GESTEV narre l’histoire d’Évangéline Bellefontaine (Maude Cyr-Deschênes) et de Gabriel Lajeunesse (Olivier Dion), séparés lors de la déportation des Acadiens en 1755, devenant un symbole culturel majeur.
Arrachée à sa terre et à l’amour de sa vie, l’héroïne est condamnée à une errance de plus de vingt ans, cherchant sans relâche celui qu’on lui a enlevé. Le synopsis, bien que fidèle aux grandes lignes de l’histoire, fait davantage état de la collaboration des Acadiens avec leurs alliés mi’kmaw, ainsi que des rôles prépondérants des personnages secondaires : le révolutionnaire Beausoleil (Raphaël Butler), le traître Baptiste Leblanc (Matthieu Lévesque), la guérisseuse mi’kmaq Hanoah (Océane Kitura Bohémier Tootoo), Sœur Marguerite (Nathalie Simard) et Père Félix (Laurent Lucas).
Évangéline, une héroïne de chair et de mémoire
Loin d’en faire une figure figée ou purement symbolique, le spectacle lui donne une profondeur rare. Évangéline doute, espère, s’effondre parfois, mais avance toujours. Elle devient le fil conducteur d’une communauté dispersée, la mémoire vivante de celles et ceux qu’on a fait taire.
Maude Cyr-Deschênes incarne ce rôle avec une intensité remarquable. Sa présence scénique capte l’attention dès son entrée, et sa voix — à la fois puissante et nuancée — traduit avec finesse les contradictions du personnage : la fragilité face à la perte, mais aussi la détermination farouche de ne pas oublier. Elle compose une Évangéline incarnée, profondément humaine, qui porte le poids de l’Histoire sans jamais perdre sa lumière.
Des décors évocateurs et modulables
Les décors optent pour une esthétique épurée, mais hautement suggestive. Composés de structures mobiles et d’éléments architecturaux modulables, tels que deux immenses rochers, ils se transforment au fil des scènes pour évoquer tantôt le village acadien, tantôt les routes de l’exil ou les lieux de transit imposés par la déportation. Les changements se font à vue, intégrés à l’action.
La scénographie repose sur un jeu subtil de rideaux métalliques et de projections qui structure l’espace et rythme le récit. Les images projetées viennent compléter cet univers visuel avec finesse. Paysages, textures et motifs évoquant la mer, la forêt ou la route de l’exil se déploient sur les rideaux et les surfaces scéniques. Cette alliance entre matière textile et image numérique confère au spectacle une dimension où le décor devient un partenaire actif du jeu.
Des artistes immensément talentueux
La force d’Évangéline repose aussi sur une distribution remarquablement investie. Les interprètes livrent des performances habitées, tant sur le plan vocal que dramatique, donnant à chaque personnage une identité claire et sensible. Les voix se distinguent par leur justesse et leur puissance, mais surtout par leur capacité à transmettre l’émotion sans artifice.
La trame sonore, composée de 24 chansons, constitue l’un des piliers émotionnels du spectacle. Alternant grands numéros collectifs et moments plus intimistes, la musique épouse les élans du récit sans jamais l’alourdir. Le duo vocal entre Olivier Dion et Maude Cyr-Deschênes se démarque particulièrement par sa justesse et sa charge émotive : leurs voix s’entrelacent avec naturel, traduisant à la fois l’amour, la séparation et l’attente.
À leurs côtés, Raphaël Butler, Matthieu Lévesque et Océane Kitura Bohémier Tootoo apportent une profondeur et une couleur vocale qui enrichissent l’ensemble, tant dans les solos que dans les harmonies d’ensemble. La soirée de première a également été marquée par une ovation sentie pour Nathalie Simard, visiblement émue, soulignant à quel point la musique d’Évangéline touche juste et frappe droit au cœur.
Un spectacle musical à voir absolument
Au terme de cette première médiatique, Évangéline s’impose comme un spectacle musical ample et profondément touchant. Portée par une mise en scène fluide, une trame musicale riche et des interprètes d’un engagement remarquable — avec une Évangéline incarnée avec force par Maude Cyr-Deschênes — l’œuvre laisse une empreinte durable. Entre mémoire, amour et résilience, le spectacle rappelle avec émotion que certaines légendes continuent de vivre parce qu’on choisit de les faire entendre.
Le spectacle musical Évangéline est présenté à la Place des Arts jusqu’à dimanche. La tournée s’arrêtera ensuite à Québec, Trois-Rivières et Moncton jusqu’en septembre 2026. Pour toutes les dates et billets : evangelinemusical.ca
Évangéline – Le spectacle musical
• Coauteure du livret (dialogues) : Caroline Cloutier
• Coauteur du livret (récitatifs et paroles) : Frédérick Baron
• Metteur en scène et directeur de création : Jean-Jacques Pillet
• Compositeur : Steve Marin
• Arrangements et direction d’orchestre : Yvan Cassar
• Productions : GESTEV
• Distribution : Maude Cyr-Deschênes (Évangéline Bellefontaine), Olivier Dion (Gabriel Lajeunesse), Océane Kitura Bohémier Tootoo (Hanoah), Nathalie Simard (Sœur Marguerite), Raphaël Butler (Beausoleil), Matthieu Lévesque (Baptiste Leblanc), Laurent Lucas (Père Félix), Dominique Côté (Benoît Bellefontaine), Guillaume Rodrigues (François Hébert), Noémie Durand (Jeanne), Frayne McCarthy (John Winslow) et Eloi Archambaudoin (rôles multiples).









































Josée Laberge | Journaliste
Passionnée de musique depuis son jeune âge et ayant une formation de pianiste, Josée a des goûts musicaux très éclectiques. Dévorant la culture sous toutes ses formes, elle adore assister à des spectacles ou événements de tous genres, afin de partager sa passion pour la richesse de la culture québécoise et de ses nombreux artistes talentueux.

Patricia Duval | Photographe
Passionnée par la musique et les arts depuis son jeune âge, elle a découvert il y a quelques années la passion pour la photographie. Elle carbure aux défis, adore les festivals et capter l’émotion. Elle a une piqure pour le country, si vous voyiez une petite noire dans un pit de spectacle ou en train de courir partout pour s’assurer d’avoir une belle photo, c’est bien elle.
