Le magazine Au-delà du sexe est une porte d’entrée bienveillante vers des discussions sur la sexualité. Aucun sujet n’y est tabou, ce qui nous permet d’en apprendre davantage sur les pratiques personnelles de personnes variées, ainsi que sur les liens entre la sexualité, la santé et la politique.
L’émission, animée par Rose-Aimée Automne T. Morin et Jonathan Roberge, aborde les sujets avec légèreté et ouverture d’esprit. Grâce aux invités qui parlent de leur intimité et aux reportages qui plongent dans différentes réalités, on peut se sentir compris et plus informé sur notre vie sexuelle et celle de la société dans laquelle on vit.
On a parlé avec Rose-Aimée Automne T. Morin à Radio-Canada et Jonathan Roberge au Café L’Etincelle pour connaître leurs réactions sur la troisième saison, leur rapport avec la sexualité et les choses qu’ils aimeraient voir changer dans les médias et le quotidien.
Le dernier épisode a été diffusé le 25 mars, mais toutes les saisons sont disponibles sur Télé-Québec.
Entrevue avec Rose-Aimée Automne T. Morin
On est dans la troisième saison d’Au-delà du sexe. Selon toi, comment cette saison se compare-t-elle aux saisons précédentes?
Je pense que c’est une saison où nos invités savent exactement quel est le ton de l’émission, donc ils entrent en confiance sur le plateau. Ils savent qu’on va respecter leurs limites et ce dont ils ont envie de parler. Il y a un climat de confiance qui se ressent vraiment cette année. Pour les reportages de terrain, on est allés plus loin que jamais (rire). Moi nue dans un camp naturiste à la télévision, je ne pense pas qu’on aurait fait ça la première année. Il fallait vraiment qu’on comprenne le type d’émission qu’on voulait faire.
Tu étais déjà quelqu’un qui parlait ouvertement de sexualité et qui avait également fait beaucoup de reportages dans le passé. Y a-t-il des choses qui t’ont choquées ou qui t’ont ouvert l’esprit pendant les épisodes d’Au-delà du sexe?
Non, rien ne m’a choquée. On présente un rapport très sain et positif à la sexualité. On rencontre des gens qui ont trouvé des manières de mieux vivre leur intimité, peu importe la manière. Ce qui me fait voir différemment certaines choses, c’est surtout dans le milieu BDSM. Ce n’est pas ma communauté à moi, donc je la trouve très mystérieuse. Chaque fois que j’ai couvert ce genre de chose, j’étais comme: ahh, ok, je comprends mieux leur rapport à la liberté et à la communication. C’est vraiment ce type de reportages qui m’ouvrent le plus l’esprit.
J’ai écouté l’épisode du podcast Balado Apéro Sexo dans lequel Jonathan et toi parlez de la vie sexuelle, et tu avais mentionné que tu étais très fascinée par la sexualité dès un jeune âge. Est-ce que tu te souviens du moment où tu as découvert cet aspect de la vie?
Honnêtement, la sexualité m’intéressait depuis que j’étais toute petite, mais pas nécessairement pour la faire et la vivre. Je comprenais que c’était un enjeu caché, ce qui la rendait mystérieux et intriguant, donc j’étais comme: pourquoi on n’en parle pas? Pourquoi on en parle en utilisant des mots en anglais pour que je ne comprenne pas? Tout ça m’a intriguée. À l’école, depuis le primaire, je posais plein de questions à mes amis, mais c’était parce que j’étais curieuse – de la même manière que je pleurais devant les génériques de télévision parce que je n’arrivais pas à les lire. Ne pas comprendre quelque chose me faisait de la peine. C’est pour ça que je trouve belle, l’éducation à la sexualité dès un jeune âge. C’était un rapport très sain, finalement, au plaisir. Je me sens chanceuse parce que je sais que ce n’est pas le cas pour toutes les personnes ni pour toutes les filles adolescentes.


C’est intéressant parce que quand j’étais jeune, je ne pensais pas vraiment à la sexualité parce que je la voyais comme quelque chose de très adulte et intime. Ça ne m’intéressait pas. Quelle était ta perception de la sexualité quand tu étais jeune par rapport à la fin de l’adolescence?
Quand j’étais jeune, tout était très théorique. Je lisais tous les livres de ma mère sur la croissance personnelle et la sexualité, pour essayer de comprendre. À la fin de mon adolescence, je voulais tout comprendre et tout vivre. Il y avait un appétit de vivre qui passait par la découverte d’un plaisir très sain avec des partenaires très à l’écoute. Je n’étais pas la personne qui craignait cette intimité-là. J’ai beaucoup lu, puis je voulais la vivre.
Vu que tu travailles dans les médias, as-tu remarqué des changements dans les représentations de la sexualité? Penses-tu qu’il y a eu une période précise où les gens ont commencé à être plus ouverts?
Je me rappelle la série Girls de Lena Dunham. Quand elle est sortie, les gens en ligne capotaient parce qu’ils étaient comme « voyons donc, cette femme est nue à l’écran et le sexe est awkward. Ce n’est pas cinématographique et c’est laid. » Mais c’est exactement ça, la sexualité. Ça fait de drôles de sons et c’est awkward. C’était la première fois qu’on voyait ça à l’écran dans une série grand public. Je ne pense pas qu’une série comme Girls choquerait le public aujourd’hui. Donc, il y a vraiment eu un moment pivot avec sa sortie.
Aujourd’hui, on est vraiment dans une représentation du plaisir plus libérée. On voit des jouets sexuels dans les scènes de sexe et du plaisir réciproque. Comme spectactrice, je pense qu’on va dans la bonne direction.
Frédéric: As-tu changé ta propre pratique au fil des années?
Mon intimité, non. Rien n’a vraiment changé grâce à l’émission, sauf que j’aimerais m’inscrire à un camping naturiste mais mon chum ne veut pas. Ça c’est l’affaire où je me disais « je pourrais partir tous les week-ends pour vivre toute nue ». Sinon, c’est surtout dans ma façon de comprendre l’autre. Je reste très ouverte à la découverte.
Frankie: Quelles ont été les réactions du public au fil de ces trois saisons? As-tu rencontré des gens qui t’ont avoué des choses ou t’ont remercié?
Oui! Il y a des gens qui me crient: « j’aime ça quand tu parles du sexe à la télé! » Il y a aussi des gens qui m’écrivent pour dire à quel point c’est une émission qu’ils peuvent regarder en famille. C’est aussi une émission qui nous fait réfléchir. Je pense qu’elle fait du bien à beaucoup de gens. On se sent tous un peu seuls dans la vie, donc c’est une émission qui montre que c’est normal. Dans la première saison, il y avait plus de réactions comme « ben voyons, pourquoi as-tu fait ça? » alors que maintenant il n’y a plus de ces réactions. Je pense que les gens comprennent vraiment ce qu’on fait.


Qu’est-ce que tu aimerais voir changer dans la représentation de la sexualité dans les médias ou la vie quotidienne?
J’aimerais qu’on parle davantage du plaisir. Je trouve que c’est un sujet qui est encore pas mal tabou. C’est normal parce qu’il y a plein de nœuds et de tensions à défaire dans les discussions autour de l’éducation et à la sexualité. J’aimerais qu’on arrive à un moment où on peut vraiment adopter une vision plus positive dans notre lien avec les autres et notre propre corps. J’aimerais qu’on parle du fun!
Frédéric: Est-ce qu’il y a des invités qui t’ont pris par surprise avec leurs histoires?
Oui! Rémi-Pierre Paquin. J’ai pleuré comme une enfant, l’épisode a été tellement long à filmer. Dans ma tête, Rémi-Pierre Paquin est très libéré et parle très ouvertement de sexualité, mais finalement il est comme un petit garçon gêné. Il avait du mal à se livrer et ça me faisait pleurer de rire parce qu’il finissait toutes ses réponses avec un point d’interrogation. C’était tellement drôle, mais c’était une belle vulnérabilité. C’est le fun de voir que finalement les gens ne sont pas nécessairement comme l’image qu’on a avant de les rencontrer.
Danielle Ouimet m’a touchée quand elle a parlé de l’idée de se séparer de son enfant dans une époque où la religion contrôlait beaucoup les femmes. J’étais très étonnée de voir à quel point Frédérik Robichaud et Alicia Moffet étaient game de parler de leur vie intime. Ils sont allés all in et j’étais comme « tant mieux! » Il y avait plein de surprises comme ça.
Frankie: En fait, j’allais demander s’il y avait une anecdote d’un.e invité.e qui t’a vraiment marquée, mais je pense que tu viens de répondre à cette question!
Oui, c’est ça. Aussi, Guylaine Guay, et la façon dont elle a expliqué la sexualité à ses deux garçons qui sont sur le spectre de l’autisme. Ils ont un rapport très différent à la sexualité. J’ai trouvé ça super intéressant.
Y a-t-il un.e invité.e que tu aimerais recevoir dans l’avenir?
C’est sûr qu’avec tout le succès de Heated Rivalry j’aimerais vraiment qu’on ait François Arnaud. J’adorais l’entendre parler de l’intimité et de la façon dont tout ça a changé depuis qu’il a fait des scènes de sexe spectaculaires. Ce serait mon rêve pour une prochaine saison.
Entrevue avec Jonathan Roberge
On est dans la troisième saison d’Au-delà du sexe. Selon toi, comment cette saison se compare-t-elle aux précédentes?
Je crois qu’on est rendu au stade où les invités sont beaucoup plus à l’aise pour discuter. Ils ont vu les autres saisons, donc ils ont moins de filtre. La première saison, je sentais les gens à leur garde, la deuxième ils étaient plus à l’aise, puis maintenant c’est très easy going. Ils savent à quoi s’attendre, donc ils se déplacent pour nous parler.
En tant qu’homme, comment cette émission a-t-elle influencé ton rapport à la sexualité?
C’est surtout sur la communication que l’émission m’a aidé, et le fait d’entendre comment les autres communiquent. Par exemple, « nous, dans notre couple c’est comme ça. » Et tu es comme « ah! » Tu arrives chez toi et tu es comme « honey, est-ce que toi-là…» Ça m’a amené à plus communiquer. C’est weird parce que je suis connu pour avoir une grande gueule, je parle sans filtre, mais dans mon couple c’est autre chose. Je suis plus réservé. Cette émission m’a aidé à mieux communiquer.
Quand tu étais jeune, qu’est-ce qui te semblait tabou concernant la sexualité ? Par exemple, qu’est-ce qui te rendait très mal à l’aise et penses-tu que c’est toujours le cas chez les jeunes hommes?
J’avais de la difficulté à penser à la sexualité des aînés. J’ai vu ma grande-mère en amour et ça me mettait mal à l’aise. Voir des bisous, même entre mes parents, était comme « argh non.Tout le monde, mais pas vous ». Chez moi maintenant, c’est l’inverse. Je veux que mon fils voit qu’il y a de l’amour ici. Quand j’étais jeune, j’avais de la difficulté à imaginer que les gens plus vieux avaient des relations. Je crois que mes enfants sont toujours comme argh, mais c’est moins pire que ce que je faisais. Ils voient plus l’amour que le sexe. Quand j’étais jeune, on associait tout au sexe. Maintenant, si on voit nos parents faire un bisous c’est comme « ahh ils sont cutes ». Je crois qu’il y a une nuance qui a évolué, ce qui est beau.


Dans la série, avez-vous reçu des invités plus âgés qui t’ont ouvert ton esprit?
On a reçu Louise Deschâtelets et des personnes de 50 à 60 ans. Ils sont plus vieux que moi et je les vois actifs et heureux. Je trouve ça beau! Il y a 15 ou 16 ans, je n’aurais pas voulu savoir, mais aujourd’hui je suis comme: « ahh oui, ok. Ça existe encore et c’est cool ». On a aussi parlé de la sexualité chez les aînés, mais ce n’était pas moi qui avais fait le reportage.
Frédéric: Rose-Aimée dans son entrevue a parlé de Danielle Ouimet.
Ahh oui, good call! Il y avait aussi Normand D’Amour. Ce ne sont pas les gens super vieux, mais ils sont plus vieux que moi, et ils sont toujours actifs et amoureux. Entendre Danielle en parler aussi aisément, ça m’a aussi permis de me réconcilier avec le blocage que j’avais.
Frankie: Ce qui est bon avec Au-delà du sexe, c’est qu’il s’adresse à un public varié et n’est pas seulement pour les femmes. Y a-t-il des moments au cours des trois saisons qui t’ont vraiment marqué ou qui t’ont ouvert l’esprit ?
J’avoue qu’avant, je respectais la non-binarité, mais je ne la comprenais pas vraiment. En parlant avec quelqu’un qui le vit, j’ai enfin pu mettre un visage sur ce qu’il était et mes préjugés sont tombés. J’étais comme « ahh ok, c’est brillant et beau ce que tu dis. » Ça a été la chose qui m’a le plus confronté à mes idées. Maintenant, c’est moi qui l’explique à mon fils.
Frédéric: Il y a aussi Maxence Garneau qui fait des reportages dans ton émission.
Maxence est là depuis le début. Il est recherchiste et il m’a remplacé quand j’avais des rendez-vous médicaux avec mon fils ou quand j’ai dit à la productrice que je ne pouvais faire cette journée-là. J’ai dit: « prenez Maxance. » Tout le monde l’adore sur internet et il ajoutera une autre couleur à l’émission! Après deux ou trois topos, on était comme « ok, wow. » Quand il fait un reportage, il y a souvent une barrière de moins.
Frankie: As-tu reçu des réactions du public? Par exemple, y a-t-il eu des personnes qui t’ont parlé pour te confier quelque chose ou pour te remercier?
(rire) Beaucoup! Étant donné que je fais des podcasts, les gens pensent qu’ils peuvent être super ouverts avec moi. Il y a des moments où ça ne me dérange pas, mais quand je suis avec mes enfants à la crémerie et qu’une dame vient pour me dire « j’ai retrouvé le plaisir de faire les fellations parce que j’ai regardé ton topo », je suis comme « ok je suis en train de manger une crème glacée avec mes enfants, garde-toi la gêne.»
Il y a beaucoup de parents qui me disent: « merci, je ne suis pas capable d’avoir cette discussion avec mes enfants. Mais en regardant l’émission, je voyais que ça les intéressait. » Ils ont trouvé la réponse. Sur Instagram et Facebook, des gens me remercient parce qu’ils se sentent représentés.
En ce qui concerne les invités, as-tu une anecdote préférée qui a été racontée au cours d’un épisode?
Hmmm, j’ai beaucoup aimé Coco Belliveau et Serge Denoncourt qui nous ont parlé de ce qu’est la sexualité sur le spectre de l’autisme. J’ai également apprécié Guylaine Guay qui nous a aussi parlé de ses enfants sur le spectre. C’est une réalité que je ne connaissais pas avant.


Qu’est-ce que tu aimerais voir changer dans la représentation de la sexualité dans les médias ou la vie quotidienne?
J’aimerais vraiment qu’on aborde plus d’histoires de consentement dans les scènes de sexualité. Parfois on voit les gens dans les situations de pouvoir dans une série, avec un patron ou je ne sais pas quoi, et on considère comme acquis que le gars est dans une situation de pouvoir et la femme n’est pas. J’aimerais qu’on n’ait pas peur de parler de consentement et que les gens puissent se reconnaître et être comme « ah, ben, moi aussi je peux dire non.» Il y a beaucoup de gens qui font des trucs pour faire plaisir à leur partenaire et leur partenaire ne sait pas nécessairement que l’autre le ou la force. Donc, c’est un non-dit. J’aimerais voir plus de ça dans les séries. Ça n’est pas obligé d’être dramatique. Ça peut être un dude qui demande: « est-ce que ça te dérangerait si je fais ça » et on voit un échange entre deux personnes.
Quels sujets aimerais-tu voir abordés dans la saison 4 ou y a-t-il des invités que tu aimerais recevoir?
Ahh, il y en a tellement. Il y a des choses plus dark que drôles. J’aimerais parler des gens qui se sont réapproprié leur sexualité suite à un traumatisme, parce que je pense que beaucoup de gens ont vécu des expériences difficiles, que ce soit récemment ou lorsqu’ils étaient jeunes. J’aimerais que des personnes de 50 ans disent « moi plus jeune j’ai vécu des choses traumatisantes mais maintenant j’ai une vie sexuelle. » J’aimerais que les gens se sentent représentés.
Quand on a fait notre entrevue avec Rose-Aimée, elle a dit qu’elle aimerait faire du camping naturiste mais que son chum ne veut pas. Y a-t-il des choses que tu aimerais faire?
Frédéric: As-tu introduit des choses à ta pratique?
Il y a beaucoup de choses que je faisais déjà. C’est plus moi qui amène ma pratique dans l’émission. J’ai refusé le camp naturiste. Je n’étais pas assez à l’aise avec mon corps pour être filmé! J’ai refusé un piercing. J’ai assisté quelqu’un qui s’est fait percer entre les deux jambes et je me sentais étourdi. Mais je veux toujours me challenger et j’aimerais voir plus de sexologues sur le terrain, dans leur bureau. C’est quoi être dans un bureau avec un sexologue? Comment ouvrir une discussion? J’aimerais qu’on mette davantage de pression sur l’éducation sexuelle dans les écoles et qu’on fasse un topo où on rencontre le ministre de l’Éducation. J’aimerais que la saison 4 soit un coup de pied dans la ruche.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

Frédéric Lebeuf | Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
