L’année 2024 a été assez grande pour le jeune auteur-compositeur-interprète Émile Bourgault. À la suite de ses victoires au Festival international de la chanson de Granby et Ma première Place des Arts en 2023, il a sorti son premier album Tant mieux et il a passé beaucoup de temps sur la route. Que ce soit avec son band ou les spectacles intimes avec son meilleur ami Louis-Julien Durso dans le cadre de la Route d’Artistes, Émile Bourgault a plongé dans la vie d’un artiste.
Au Théâtre Petit Champlain à Québec, le 5 décembre, il a joué le dernier spectacle de sa tournée de 2024. La vibe était chaleureuse. Accompagné par son band complet, il a joué des chansons de Tant mieux ainsi que quelques ajouts. Pour L’oreiller, il était rejoint par Louis-Julien Durso (qui a aussi réchauffé la foule en tant que première partie) et les deux ont ensuite fait leur reprise d’Ailleurs de Marjo. Vers la fin de la soirée, Simon Boisseau, au clavier, a diverti la foule avec des tounes de Noël pendant qu’Émile essayait de résoudre un problème technique à la guitare. Le spectacle s’est terminé avec la chanson ensoleillée et accrocheuse Les aiguilles avant un petit rappel doux.
On s’est assis avec Émile Bourgault avant son spectacle pour parler de son année 2024 et de son parcours à date.
Les prix
Cette année a été une grosse année pour toi, avec la sortie de ton premier album, Tant Mieux. C’est comme si ton projet avait vraiment pris forme. Quels sont tes sentiments aujourd’hui?
Je me sens bien. On vient de compléter un peu plus que sept mois de tournée avec ce disque-là. Je suis très heureux. On finit 2024 ce soir ici à Québec, donc j’ai des émotions parce qu’on a vu le chemin parcouru depuis la sortie de l’album. On a fait beaucoup de spectacles alors j’en suis reconnaissant!
L’année dernière, tu as remporté la finale du Festival international de la chanson de Granby. Comment est-ce que ce prix a changé ta vie ou ton approche de la musique?
Oh my god, premièrement, ça a été une ressource. On gagne des spectacles et on gagne des prix, mais il y a aussi énormément de soutien de l’industrie. Je pense que ce qui m’a manqué dans ma carrière, c’était des gens qui avaient une certaine influence dans le milieu, et qui me disaient «ahh oui, c’est bon, continue». Je n’en avais pas eu tant que ça avant Granby, donc ça a été énorme pour rencontrer des gens. J’ai plein d’amis en musique que j’ai rencontrés, ma gérante aussi. Il y a beaucoup de monde dans mon équipe aujourd’hui, et sans Granby, ça n’aurait pas été possible.
En 2023, tu as également remporté le prix pour Ma première Place des Arts. Quelle a été la signification de ce prix-là par rapport au Festival international de la chanson de Granby?
Je pense qu’il m’a préparé. Ma première Place des Arts, c’est quand même petit comme concours. C’est dans la salle Claude-Léveillée à Montréal et je dirai que c’est très familial. On est tous ensemble et il y a très peu de gens dans la salle. Ceux et celles qui sont là veulent t’écouter, donc c’était une bonne préparation pour le Festival international de la chanson de Granby qui est plus grand. Faire un concours pour la première fois peut être stressant. J’ai fait les Francouvertes en 2022 aussi, donc c’est comme si je les faisais en désordre. Souvent, les gens finissent par les Francouvertes parce que c’est une carte blanche et c’est plus difficile à rentrer. L’ayant fait en premier, c’est comme si je n’avais plus peur de rien après ça. Tous les concours étaient chill.


Selon toi, quelle est l’importance des prix et des concours pour un.e artiste au début de leur carrière? Tu viens de mentionner que tu as rencontré beaucoup de gens importants. Est-ce que c’était ton intention?
C’est extrêmement important. Je n’aurais pas eu du tout la carrière que j’ai en ce moment si je n’avais pas fait les concours. C’était mon école. Tu peux rencontrer des musiciens au CÉGEP, mais moi je les ai rencontrés dans les concours. Grâce à tout le stock qu’on apprend, on sort plus solide. Le défi pour un.e artiste qui commence, du moins pour moi, c’est de trouver qui sont tes amis qui te poussent à aller plus loin. L’école la plus importante pour moi était les concours parce que c’était là où je me suis fait un «nom», étant très petit dans le milieu. J’ai plein d’amis qui n’ont jamais fait des concours et qui vivent très bien, mais, pour mon parcours, c’était essentiel.
Pendant Ma première Place des Arts, tu as rencontré Félix Dyotte qui a ensuite réalisé ton album. Est-ce que vous avez eu une connexion instantanée? Quelle a été son influence?
C’est drôle parce qu’à Ma première Place des Arts, il y a des mentorats, des artistes plus établis qui viennent pour donner des conseils et travailler sur des chansons avec les gens qui font le concours. Félix Dyotte était mon mentor. Je connaissais son travail avec Evelyne Brochu et Pierre Lapointe, mais je ne le connaissais pas personnellement. Je ne dirais pas que c’était un coup de foudre instantané, mais on a vraiment cliqué sur les plans de travail. Après ça, je l’ai timidement écrit. Il semblait être la meilleure personne avec qui travailler pour mon album. Il a accepté et c’était le début de cette histoire-là. Je veux continuer à travailler avec lui, c’est sûr.
Le voyage
Cet été, tu as fait une tournée du Québec avec La Route d’Artistes. Comment était cette expérience, surtout parce que tous les spectacles sont super intimes?
C’était vraiment formidable. Je n’avais jamais pensé vivre ça. J’avais un trou en juin où on n’avait pas de show et l’album est arrivé tard, alors c’était une bonne opportunité. Je ne savais pas trop ce qu’était le concept de la Route d’Artistes, mais finalement Fany Rousse (fondatrice et Directrice générale et artistique) était une grande rencontre dans ma vie. C’est une femme extraordinaire que j’apprécie beaucoup. On a passé 12 jours inoubliables. Il y avait des shows qui ont bien marché et d’autres qui ont moins bien marché, il s’est passé plein de choses et on a fait la fête. J’ai l’impression qu’on a vécu un an en 12 jours. C’était sans arrêt. J’étais avec Louis-Julien Durso qui fait ma première partie ce soir.
Ça avait l’air tellement beau et apaisant aussi, en raison des endroits/ des villes que tu as visités. À quoi ressemblait le voyage sur la route?
C’était vraiment l’fun. J’adore la route et je ne m’ennuie pas de chez nous quand je suis loin. J’étais avec mon meilleur ami et Fany, donc c’était plutôt relax. Il y avait une journée qu’on a trouvée difficile et c’est quand on est montés à Magpie. C’est sur la Côte-Nord, mais vraiment loin. Sinon, c’était tout le bonheur.
Est-ce que le fait de jouer dans des salons et d’avoir un plus grand sentiment de proximité avec le public a changé ta vision un peu?
Changer ma vision, je ne dirais pas. Par contre, ça m’a donné envie de refaire. Quand on commence, on a envie d’aller vite et de faire de gros shows. On dirait que cette tournée m’a ramené à l’essentiel. La musique est le partage. Si le public n’a pas du fun, l’artiste n’aura pas du fun non plus, et vice-versa. Tu peux avoir une connexion qui se passe avec quelques spectateurs et cette électricité-là est vraiment spéciale.
Quelle est ton anecdote préférée de cette tournée?
Le show qu’on a fait à Magpie. C’est vraiment loin et d’habitude, il n’y a pas de spectacles là-bas. Ils ont transformé l’église en salle de spectacle juste pour notre show. L’église était pleine de gens, c’était complètement magique. C’était notre dernier show avant une petite pause de deux jours et on pensait qu’il n’y aurait personne. J’avais mal de chez nous, la même chose qu’on était à Schefferville. Je me sentais plus loin que si j’étais à Paris, mais les gens étaient tellement chaleureux et c’était fou de voir comment on peut vivre différemment dans la même province. C’était un show vraiment spécial.
L’écriture
Tes chansons sont remplies de poésie, il y a quelque chose de beau dans ton écriture. Vu que tu as 20 ans et que tu es toujours assez jeune, quel est ton processus d’écriture et est-ce que ça a changé pendant la création de ton album?
Aujourd’hui, je ne sais pas comment répondre. J’ai toujours écrit d’une certaine façon, c’est-à-dire avec une mélodie, un mot qui pop, et trois accords, etc. Toutes ces choses arrivent en même temps et vite, puis après ça je travaille sur les chansons. C’était comme ça pour l’album, mais depuis, c’est comme si je ne savais pas où j’allais ou ce que j’avais envie d’écrire, ou ce dont je voulais parler. Il faut que je laisse la vie faire les choses et vivre les trucs. Mon album était trois ans de ma vie accumulée, donc c’est sûr que j’avais des choses que je voulais dire. En ce qui concerne mon processus, j’essaie d’écrire tous les jours au piano ou à la guitare pour voir ce qui sort. Ça ne fonctionne pas à 95%, mais je crois à ce que je fais. Je crois au travail d’un artiste. Je suis comme un peintre dans son atelier. Je n’attends pas miraculeusement l’inspiration, donc je le vois comme un travail tous les jours et je ne le lâche pas.
Tu es un grand fan de la musique québécoise et les artistes du passé depuis que tu étais jeune. Crois-tu qu’il y a quelque chose d’unique qui se trouve dans la musique québécoise, par rapport à la musique américaine ou anglaise par exemple? Ou ce n’est que le lié à la culture?
C’est une très bonne question! Je suis persuadé que oui. Je pense qu’il s’est développé un son ici qui est inspiré des États-Unis et beaucoup d’autres choses: la musique traditionnelle irlandaise, qui a donné la musique traditionnelle québécoise, la pop des États-Unis, la pop du Royaume-Uni, et toute la chanson française aussi. Tout ça crée un univers musical et poétique complètement propre à nous. Il y a plein d’exemples comme Jean-Pierre Ferland et Harmonium qui ont fait des choses dans les années 1970 où, au Québec, c’est comme quelle était leur référence? C’est comme un mélange de jazz américain et d’Aznavour.
Aujourd’hui, je pense que notre voix et notre plume sont toujours emblématiques. On puise dans les mêmes références et dans le besoin d’exister. J’ai des amis anglos qui écoutent des albums francos et ils sont comme «there’s something there, il y a quelque chose dans le ton». Ça s’entend que c’est franco, c’est québ, même avant que les paroles soient chantées. Je pense que même la musique anglophone québécoise, par exemple Elliot Maginot et Matt Holubowski, a ce petit quelque chose.
J’ai lu qu’Émile Bilodeau était le premier artiste qui t’a inspiré à faire de la musique. Il est quelqu’un qui peut bien s’exprimer dans ses chansons, que ce soit ses observations du quotidien ou les enjeux politiques. Sont-ils des messages que tu veux partager dans tes chansons?
J’ai peut-être une vision un peu différente de celle d’Émile Bilodeau sur les chansons. Je suis très concentré sur l’art et je pense que nos devoirs d’artistes, c’est de faire du beau et de faire du bien. À ce moment de ma carrière, je ne souhaite pas utiliser mon art, ma musique, comme un véhicule social tant que ça. Ce qui me fait du bien quand j’écoute un album ou voir un film, c’est de sentir que je suis hors de ma tête et au fond de mon cœur. J’essaie de créer du bonheur et de l’évasion à partir de mes chansons.
Quelles étaient les choses qui t’ont inspiré le plus pendant la création de l’album?
C’était vraiment mon passage à l’âge adulte. Il y a eu une étape importante: j’ai quitté le nid familial, j’ai déménagé à Montréal dans un appartement et j’ai vécu de grosses histoires amoureuses aussi. Je dirais que c’est moitié l’amour et moitié coming of age. Il y a peu de tout ça qui s’entremêle. Je n’avais pas vraiment réfléchi pendant cette période sur ce que je voulais écrire. Il est sorti pas mal tout seul.
Le spectacle et l’avenir
Quels sont tes plans, tes espoirs pour ton spectacle ce soir?
C’est le dernier spectacle de ma tournée pour 2024. On est content. Florence qui joue du saxophone est là aussi, donc on est full band. On a un beau show à présenter. Après sept mois sur la route, on est vraiment dans nos pantoufles confortables. C’est complètement merveilleux, en plus, avec la première vraie neige de l’année à l’extérieur. J’espère que ça va bien passer!
Quel a été le moment le plus marquant pour toi cette année?
Hummm, on dirait que je n’avais même pas le temps de réfléchir! Je n’ai pas vraiment regardé en arrière pour cette année. C’était comme troisième vitesse. Je pense que je vais prendre le temps de me trouver une réponse pendant le temps des fêtes.
Quels sont tes projets pour 2024?
Il y a la tournée qui continuera. On va passer un peu de temps en Europe. Ce sera ma première fois là-bas pour mon art, donc je suis très heureux. Je suis aussi en écriture du deuxième album qui va être lancé éventuellement. J’ai beaucoup d’autres projets aussi, littéraires en d’autres. C’est quelque chose qui flirte avec le théâtre musical. J’ai énormément de passion, ce qui inclut des idées documentaires. J’aimerais élargir ce que je fais!
Émile Bourgault sera en prestation au Théâtre Desjardins de LaSalle le 28 février 2025, vous pouvez vous procurer des billets dès maintenant.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.
Crédit Photos: Sam Tanguay
