Ehla est une musicienne originaire de Martigues dans le sud de la France. Elle vit à Paris depuis 10 ans. La chanteuse et musicienne a sorti en juin 2023 son premier album Pause, qu’elle a écrit et en partie composé, avec 11 titres.
Son père lui a soufflé son nom de scène Ehla en hommage à Ella Fitzgerald qu’elle a toujours adoré. Quand Ehla, alias Léa Luciani, chante dans les graves, la ressemblance vocale avec sa sœur Clara Luciani est troublante. L’artiste nous a accordé une entrevue toute en douceur, à son image.
Pour découvrir votre album, il suffit de se laisser glisser dans un sofa, un peu comme un album de Sade. Vous lui avez donné le nom de Pause rapidement…
Cela a été une évidence. Dans le troisième titre –1000 ans, je dis pause plusieurs fois avec l’envie d’arrêter la frénésie de la vie, surtout à Paris, où il n’y a jamais d’arrêt, où on est toujours en mouvance. Cet album est une bulle de sérénité, de bienveillance et de groove.
Vos morceaux semblent intemporels avec votre voix et des synthés modernes, des sons longs et épurés, mais aussi des drums ou des sonorités plus anciennes.
J’aime tout ce qui se passe aujourd’hui et j’écoute des choses qui viennent de sortir. Mais je puise beaucoup mon inspiration dans la soul, le R&B, le hip-hop, les années 80 et 90. Mais je ne voulais pas faire un album de ces personnes qui disent que ‘’c’était mieux avant’’.
J’avais envie de faire ressentir mes inspirations profondes. J’ai essayé de faire le pont entre ce que je suis aujourd’hui et ce dans quoi j’ai baigné pendant toute ma vie, par les vinyles de mon papa et par la culture que l’on m’a transmise aussi.
Vos morceaux sont différents. Sur quelques titres, on comprend bien les paroles et on peut les raccrocher à une période de notre vie et s’y identifier. Certains sont accessibles comme L’autorisation, L’angle mort, J’veux pas un artiste et Sur la rive, d’autres le sont moins …
Je peux avoir une écriture assez frontale, et à la fois plus poétique. Dans Magique, il y avait quelque chose de magique dans la production, dans les accords d’office. Je n’avais pas envie d’expliquer mon histoire, mais de laisser la place à l’auditeur de se faire la sienne.
On a des retours dans le passé avec Sofia en pensant à Sophia Loren, le titre Faux problèmes est aussi totalement différent.
La mélodie y est encore plus musicale, plus riche. Il a été un des premiers titres quand on a commencé à composer l’album. J’aimais bien la façon dont il venait le clôturer, il laissait beaucoup d’espoir, j’aime la fin de ce morceau un peu gospel.


On entend bien le tissu de votre voix sur ce titre, tout comme au début de J’veux pas un artiste. Sur YouTube, on vous aperçoit en formule guitare-voix ou accompagné d’un seul piano, avec des versions différentes de vos chansons, de quoi vous amuser beaucoup en concert …
J’ai deux passions dans la musique: le moment où l’on crée les chansons et celui sur scène. Ma passion #1 est la scène. Pour moi, pour transformer cela, il fallait garder ces nappes [des sons longs en musique électronique notamment avec les synthés] qui font toute l’esthétique de ce projet, mais il était primordial d’avoir un batteur sur scène, de remettre au centre le groove et la rythmique. La batterie fait le lien avec tous les titres qui peuvent être très doux, assez introspectifs, où on va chercher les gens, et d’autres avec lesquels on va chopper le public qui se met à danser. C’est ce qui me plaît dans la musique, les albums ou les lives où on est surpris constamment. Nous avons rempli une salle, la Cigale, dans le cadre du festival MaMA à Paris. La salle était en feu, un moment incroyable. Cela a confirmé que ce projet était aussi un projet de live.
Vous avez sorti des EP en prenant votre temps …
Un premier album, je voyais cela comme une empreinte forte dans la vue d’un artiste. Avant je n’étais pas encore prête et j’avais besoin de tester des choses. Ma carrière a commencé sur Instagram et je voyais quand cela réagissait ou pas, ce dont les gens avaient besoin. J’ai adoré cette expérience. Puis j’ai sorti des singles, des EP … et finalement un album, car je savais où je voulais aller. Mon label avec qui j’ai signé en licence m’a laissé assez libre de pouvoir faire et dire ce que je voulais.
Comment cet album a-t-il été conçu ?
J’ai écrit toutes les paroles, le texte m’a pris le plus de temps, car c’est important de bien dire les choses. J’ai coécrit J’veux pas un artiste avec mon amie BRÖ [présente aux Francos de Montréal 2023], et c’est elle qui m’aidé à réécrire les paroles de L’autorisation car je n’étais pas satisfaite.
Je fais toujours des mélodies. La composition de la musique est collégiale. Parfois, cela part d’un accord de piano d’Augustin Charnet, ou de quelque chose que j’avais trouvé chez moi avec une petite percussion, par exemple.


Vous réussissez à poser votre voix de façon à la fois douce et précise sur les morceaux, est-ce votre côté musicienne cet apprentissage du solfège …
J’ai commencé la musique par la danse, le jazz moderne et le hip-hop. J’ai grandi dans les années 90, je partais au collège avec un lecteur CD et j’écoutais Lauryn Hill ou les Fugees, avec des drums très percutants. Cela m’a marqué et est toujours aussi important pour moi, d’où la batterie sur scène.
Vous travaillez avec des personnes qui ont déjà performé au Québec, quand allons-nous vous voir ici ?
C’est mon rêve. Je suis déjà venu une fois pour accompagner Grand Corps Malade, pour les Francos [2018 en duo sur Poker]. Mais je ne suis restée que deux jours et je n’ai pas vu assez de choses.

Lilian Largier | Journaliste
Homme curieux, Lilian est passionné par le jazz et la musique francophone. Il aime les belles rencontres humaines, découvrir d’autres univers et la musique du monde. Il apprécie aussi le cinéma francophone, les expositions et les spectacles d’humour. Il est actuellement journaliste pigiste professionnel, mais étudie également en cours du soir au certificat en journalisme à l’Université de Montréal. Photographe amateur à ses heures.
Crédit Photos : Valentin Fabre
