Dominique Plante est un musicien, réalisateur, et podcasteur qui a récemment lancé son premier projet solo, Minou. Ses chansons, qui étaient introduites par la décontractée Je suis entré en juin, sont remplies de vibes psychédéliques. Dans l’EP Tout va bien (sorti le 8 novembre), les guitares errent dans une rêverie et il y a des rayons de soleil partout.
Comme il a expliqué dans notre entrevue, «Je viens du côté plus de la musique que de l’écriture». Minou est donc sa façon de jouer avec la relation entre les paroles et la musique, ses textes courts étant transportés par les sons. Le vendredi 15 novembre, il a joué au Pantoum à Québec, pour le lancement de Tout va bien. L’ambiance était chill et amicale avec un accent mis sur l’instrumentation, l’élément de jazz qui se trouve dans ses chansons étant plus présent sur scène. En tant que deuxième spectacle du projet, il a parlé à la salle du fait qu’il s’habitue, qu’être frontman est tout nouveau et qu’il avait besoin d’assistance de ChatGPT pour ce qu’il pouvait dire entre les chansons.
Malgré ça, faire de la musique est l’expertise de Dominique Plante et il est bien immergé dans la culture québécoise. Il est connu pour sa collaboration avec Ariane Roy, ainsi que son travail avec Men I Trust et Adib Alkhalidey, entre autres. Son podcast Sans Filtre, qu’il a co-fondé avec PH Cantin, nous a apporté des discussions éclairantes depuis plusieurs années.
On a parlé avec Dominique Plante avant son spectacle au Pantoum pour en savoir plus sur Minou, la transition de la collaboration au solo, et de la vivacité de la musique francophone.
Depuis combien de temps as-tu développé le projet Minou? Quand le concept est-il né?
J’ai toujours pensé que je ferais un projet personnel, de la musique avec mes propres compositions, mais le concept précis est arrivé au tournant de mes 30 ans. J’ai 33 ans maintenant et quand j’ai eu 30 ans, ce genre de marqueur du temps qui passe m’a motivé à commencer mon propre projet. Ça a aussi coïncidé avec la pandémie. Vu que j’avais plus de temps libre, j’ai commencé à réécouter beaucoup de musique pour le plaisir et pour redécouvrir ce que j’aime. Depuis tellement longtemps, j’écoutais la musique pour apprendre des choses que je jouais. C’était donc en écoutant les différentes musiques et en commençant à composer des trucs que la vision s’est clarifiée. En écoutant des trucs qui mélangent le jazz, le rock, et la musique acoustique en même temps, j’ai vu que c’était possible et je voulais le faire.
Je voulais aussi trouver comment placer ma voix. Avant, quand je chantais, c’était toujours les chansons des autres et j’étais plus limité. Quand j’ai commencé à composer, je me suis rendu compte que c’est possible de chanter doucement. J’ai une voix quand même douce naturellement et avant, j’essayais de sortir de ça. Quand j’ai réalisé que je pourrais chanter d’une manière proche de ma voix parlée, on dirait que tout a pris son sens.
Est-ce que le genre de musique que tu explores est quelque chose que tu as toujours voulu faire ou est-ce qu’il est arrivé d’une manière naturelle pendant que tu expérimentais? Tu viens de mentionner que tu as découvert de nouvelles artistes. Est-ce que ces artistes étaient un peu psychédéliques aussi?
Oui, un peu psychédélique avec une petite touche de jazz et de rock. C’était des artistes comme Mac Demarco qui étaient une grosse influence. Sinon, des artistes d’ici, comme Jimmy Hunt qui m’a inspiré de la manière qu’il écrit ses textes. Sur son album Maladie d’amour, il y a des textes super courts et concis avec peu de mots. Je viens du côté plus de la musique que de l’écriture, donc je n’avais pas envie de me lancer dans de gros textes. J’avais envie de garder les choses simples et efficaces, mais en même temps imagées.


Pourrais-tu parler de ton parcours musical? Tu as accompagné beaucoup d’artistes, notamment Ariane Roy, et tu as étudié la musique,. Donc, on a l’impression que la musique a toujours fait partie de ta vie.
J’ai commencé la musique jeune, en jouant du piano. Je faisais du piano classique depuis longtemps. C’était quand j’étais adolescent que j’ai décidé de changer d’instrument. J’avais un ami qui jouait de la guitare électrique et je trouvais ça plus cool que le piano. Pendant toute mon adolescence, je jouais de la guitare, mais seulement pour le loisir. Quand le moment est arrivé pour faire un choix de carrière et d’études, j’ai décidé d’étudier la musique. J’ai commencé à étudier la musique et le jazz au CÉGEP et c’était vraiment une révélation. Après ça, c’était de la musique sans arrêt.
Dans ma vingtaine, j’ai fait beaucoup de contrats de musicien accompagnateur. J’étais à Québec à cette époque-là, et il y avait un gros réseau d’endroits où il y avait de la musique live et de bands qui jouaient des covers. J’ai fait ça beaucoup en jouant I Will Survive et I Love Rock N’ Roll quatre ou cinq soirs par semaine pendant des années. J’ai vraiment appris le métier de musicien à travers ça même si ce n’était pas la chose la plus gratifiante. Au début de ma vingtaine, j’ai trouvé incroyable de faire de la musique et d’être payé.
Après plusieurs années, je voulais faire des projets plus créatifs, donc j’ai commencé à composer et j’ai réalisé un album avec une artiste R&B de Québec qui s’appelle Liana. Ensuite, Ariane Roy m’a approché pour faire de la musique ensemble. Ariane était vraiment le projet qui m’a fait découvrir le monde d’auteur-compositeur francophone du Québec. J’ai travaillé avec Simon Lachance et en ce moment je travaille avec Pierre Guitard et Adib Alkhalidey qui est un humoriste québécois qui fait de la musique aussi. Maintenant, j’ai trouvé mon X avec le fait de faire des tournées avec des artistes, faire mon projet, et réaliser des albums pour des artistes dans le monde francophone.
Grâce à tout ça, quelle est la chose qui t’a donné le plus de confiance en lançant ton projet solo?
Je ne sais pas si j’ai encore tellement de confiance. Tout est nouveau, dans le sens qu’hier était mon premier show complet de ce projet. Je pense que ce qui m’aide beaucoup, c’est tout le bagage que j’ai eu en accompagnant des artistes et le fait d’avoir joué I Will Survive et I Love Rock N’ Roll tous les soirs. C’est moins intimidant. La grande différence, c’est que je chante mes propres chansons, donc il y a quelque chose de super vulnérable là-dedans.
Dans le studio, le fait d’avoir réalisé plusieurs albums m’a fait me sentir prêt à faire ce projet-là. Ce qui aussi me donne confiance, c’est que je ne mets pas de pression. Je le fais, avant tout, pour moi et pour un défi personnel. C’est un peu comme un cadeau de faire ce projet et je n’ai pas d’attente pour quoi que ce soit. Si les gens l’écoutent et s’ils viennent au show, c’est juste un bonus.
Avec qui as-tu travaillé pour ton EP Tout va bien et est-ce que c’était l’intention avant de se lancer dans le projet?
La plupart des gens avec qui j’ai travaillé sont des amis de longue date. Je connais Cédric Martel qui joue de la basse et Gabriel Desjardins qui joue du clavier depuis plus de dix ans. On a fait des shows et des projets ensemble. Sinon, il y a Thomas Sauvé-Lafrance à la batterie. J’ai rencontré Matthieu Quenneville, avec qui j’ai co-réalisé l’EP, il y a environ deux ans, donc c’est un peu récent, mais c’est devenu une connexion instantanée. Ce sont tous des musiciens extraordinaires, mais aussi mes amis, alors c’est le fun de faire de la musique avec eux.
En ce qui concerne les paroles, quels messages veux-tu partager?
C’est nouveau pour moi donc le plus grand défi est d’écrire les textes. Finalement, j’ai appris en faisant et en analysant d’autres textes que je trouve bons. C’est comme apprendre un nouveau métier. J’essaie d’avoir un concept de textes courts et efficaces, un peu cryptiques. J’aime avoir des phrases qui surprennent. Je me suis donné une règle, parce que je viens du côté de la musique, que je ne composerais pas une chanson avant d’avoir le texte. Souvent, pour composer, on va trouver les accords ou composer toute la musique puis fredonner la mélodie et trouver un texte là-dessus. J’ai fait un peu l’inverse. Une fois que j’avais un texte que j’aimais, je trouvais la musique. Je me suis donné cette règle-là parce que sinon je savais que je composerais 45 musiques et sans texte, je serais bloqué.
C’est ça que je voulais demander, parce que je n’étais pas sûre si les paroles étaient inspirées par la musique.
Finalement, la musique était inspirée par les textes. C’est ça qui est spécial. Même si je suis quelqu’un qui vient du monde de la musique, j’avais un texte et il fallait que je trouve la musique appropriée pour ce texte-là.
Tu es co-fondateur du podcast Sans Filtre et tous ses épisodes contiennent des discussions intéressantes et réfléchies. Est-ce que ces discussions avec des personnalités variées ont changé ta vision?
C’est sûr. On est rendus à 270 épisodes, donc c’est beaucoup de gens et de discussions. C’est sûr que ça a changé ma vision parce que j’ai tellement appris de ces discussions. Ça fait six ans qu’on fait Sans Filtre et je ne suis pas la même personne qu’au début. Parfois, on a des artistes et on parle plus de la création, donc évidemment ça m’inspire. C’est dur d’imaginer ce qu’aurait été ma vie sans le podcast. C’est comme si j’avais une vie parallèle: la vie de podcasteur et la vie de musicien. C’est spécial parce que parfois je croise des gens qui me connaissent à cause de la musique et d’autres qui me connaissent pour le podcast et qui n’ont aucune idée que je fais de la musique. Au final, ça fait la personne que je suis.
Qui est l’invité.e qui t’a le plus marqué?
C’est une bonne question parce que c’est difficile d’en choisir un! C’est sûr que d’un point de vue musical, d’avoir rencontré Daniel Bélanger était inspirant. C’est un musicien légendaire que j’aime beaucoup. J’ai parlé d’Adib Alkhalidey un peu plus tôt, avec qui je fais de la musique maintenant. On s’est rencontré à travers le podcast parce qu’il était un invité. Il est ultra-intelligent donc c’était une belle discussion. C’est aussi un bel exemple des deux mondes qui se rejoignent.
En ce qui concerne la culture québécoise, comment décrirais-tu la scène musicale actuellement, peut-être par rapport à quand tu as commencé ta carrière?
Quand j’ai commencé à faire de la musique à Québec, il n’y avait pas beaucoup d’auteurs-compositeurs et j’ai l’impression qu’il y avait moins d’une scène d’artistes musicales. C’est un peu à cause de ça que la seule manière que je voyais pour faire de la musique était de faire des covers. Maintenant, j’ai l’impression qu’il y a beaucoup plus de projets émergents, trippants et le fun, non seulement à Québec, mais dans toute la province. Il y a vraiment une belle relève et une belle scène, donc c’est maintenant possible de faire une carrière, soit comme artiste ou comme musicien.
Ces jours-ci, les gens sont intéressés par la culture québécoise et la musique francophone. Je trouve ça inspirant et rassurant. Quand j’étais jeune au secondaire, ce n’était pas forcément cool d’écouter de la musique francophone. Mes amis et moi, on n’écoutait pas ça. On écoutait le punk rock américain. Maintenant, j’ai l’impression que les jeunes écoutent des artistes comme Thierry Larose, Ariane Roy et Lou-Adriane Cassidy. C’est beau à voir.
Oui, c’est vraiment rassurant! Tu as grandi à Québec et habites maintenant à Montréal. J’aime bien poser cette question aux artistes qui passent leur temps entre les deux villes, même si c’est un peu cliché. Quelles sont les différences entre la vibe de Québec et de Montréal?
Je crois qu’il y a de moins en moins de différences. À Québec, la communauté musicale est plus serrée parce qu’il y a moins de monde. Le Pantoum est vraiment l’épicentre où tout le monde se croise. Au final, je trouve que la scène à Québec est aussi vivante qu’à Montréal et qu’il est possible de se baser à un endroit ou un autre et faire une carrière. Maintenant, j’habite à Montréal où j’ai mon réseau et ma copine. Il y a tellement d’artistes et tu peux voir de la musique live quasiment tous les soirs, donc il y a beaucoup d’inspiration.
Ce soir au Pantoum est le lancement, mais c’est aussi ton deuxième vrai spectacle avec le premier étant à Montréal hier. Comment s’est passé ton spectacle à L’Escogriffe?
Il s’est bien passé. J’étais nerveux et stressé, mais j’ai réussi et j’ai eu du fun. La salle était remplie. Comme j’ai dit, je n’avais pas d’attentes, donc, s’il y avait seulement 15 personnes, j’aurais été aussi content. Je suis aussi soulagé parce qu’on dirait que la glace est brisée. Ça m’a donné le goût de continuer de faire de la musique.
Est-ce que tu vois une différence entre les versions en live de tes chansons et les versions en studio?
Oui, c’est sûr qu’il y a une différence. Live, j’aime quand il y a des arrangements qui sont un peu différents et quand on improvise. Je viens du monde du jazz et il y a de l’improvisation là-dedans et des moments uniques chaque soir. C’est donc quelque chose qui est présent dans mon spectacle et il y aura aussi des moments plus rock. Sur l’album, j’aime que l’ambiance reste assez douce. En spectacle, on essaye de donner un peu plus d’énergie. C’est ça la différence majeure. On va aussi faire quelques chansons inédites qui ne sont pas sur l’EP, mais qu’on travaille pour la suite. Le prochain album, peut-être.
Quels sont tes plans et tes espoirs pour le lancement au Pantoum?
C’est sûr qu’il y aura des choses qui arriveront qui sont différentes d’hier. Hier, j’étais quand même nerveux, donc je vais en profiter ce soir et avoir du plaisir. Ma famille va être là ainsi que plein d’amis de Québec. Par conséquent, il y a un sentiment de retour à la maison. C’est excitant.
Finalement, as-tu des projets à venir, que ce soit en tant que Minou ou avec d’autres artistes?
Je vais continuer d’enregistrer des chansons. En fait, on a déjà enregistré quelques nouvelles qu’on va jouer ce soir. Sinon, Ariane Roy sortira un nouvel album bientôt et on partira en tournée ensemble. Donc j’ai hâte à ça. Sinon, je vais continuer à réaliser des albums dans le studio avec différents artistes et faire le podcast aussi.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.
Crédit Photo Principale : Elizabeth Landry
