Le 5 octobre, Daniel Lanois a envoûté le public du Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts avec un concert à son image : profondément sensible, inventif et habité. Accompagné de Jim Wilson et Jermaine Holmes, le légendaire producteur et musicien canadien a offert une expérience musicale immersive, où le folk-rock americana se mêlait au dub atmosphérique et aux textures électroniques qui ont fait sa renommée.
Ce musicien canadien, issu d’une famille anglophone d’origine francophone et né en 1951 à Hull (aujourd’hui Gatineau), est reconnu mondialement pour son talent et sa créativité. Il débute sa carrière comme producteur de musique à Hamilton, dans un petit studio d’enregistrement où il collabore avec des groupes tels que Martha & The Muffins. Il est ensuite repéré par le Britannique Brian Eno, célèbre pour sa musique électronique ambient.
Un producteur visionnaire et audacieux
Daniel Lanois produit ensuite des albums pour de nombreux artistes, ainsi que pour lui-même. Son plus célèbre demeure Acadie, paru en 1989. Il a notamment travaillé avec U2, Peter Gabriel, Neil Young, Willie Nelson, Bob Dylan et Nick Cave. Au fil des années, le succès de ses collaborations avec ces monuments de la musique contemporaine a été remarquable. Sa plus grande qualité reste sans doute l’inventivité de ses instrumentations.
Une tournée envoûtante au Québec
Dans sa tournée actuelle, qui passe par le Québec, il est accompagné de deux excellents musiciens et chanteurs : Jim Wilson et Jermaine Holmes. Ensemble, ils interprètent un mélange de gospel, de blues et de folk-rock americana à la manière Lanois… c’est-à-dire des sonorités à la fois organiques et électroniques. Bref, la magie opère.
Au-delà du simple divertissement, la passion de cet artiste se transmet par sa simplicité et son authenticité. Sur la chanson I Love You, déferlent sur grand écran des baisers de couples célèbres du cinéma : les images fondues des personnages et la fougue de leurs étreintes se poursuivent inlassablement jusqu’à une tendresse infinie. On y voit des extraits de films d’Hitchcock, de Vadim et de Resnais : l’amour y est célébré autant visuellement que musicalement.
Un spectacle immersif et complice
Lanois est aussi un amateur de photographie — plusieurs de ses clichés sont projetés durant le spectacle. De plus, deux caméras en direct permettent au public de voir de près, sur écran, les mains des musiciens sur leur guitare, leur pedal steel ou leur dobro, ainsi que leurs regards complices. Véritable comparse, Lanois se montre proche de ses compagnons de scène, ce qui ajoute encore à la profondeur de leur performance.
Avec Silverado, la beauté des trois voix est saisissante. Vient ensuite, en français et en anglais, le succès Jolie Louise, repris par de nombreux artistes francophones. Derrière une montagne de consoles et d’ordinateurs, Lanois utilise abondamment son attirail technique pour inonder la salle de sonorités envoûtantes, reflet de son exploration musicale et pour le plus grand bonheur du public. Un véritable voyage sensoriel pour les oreilles et pour l’âme : le public est conquis.
Le plaisir de retrouver le français
Lanois est visiblement très heureux d’être à Montréal et de retrouver son français, qu’il ne parle pas souvent, sans jamais l’avoir oublié pour autant.
Une soirée des plus chaleureuses avec ce grand musicien canadien, citoyen du monde.
Merci Daniel, Jim et Jermaine, et bonne route !

Michel Jolicoeur | Journaliste

