Le théâtre Espace Go présente jusqu’au 15 octobre la pièce Corde.raide de la Britannique debbie tucker green. Trois artistes chevronnés, Patrice Dubois, Ève Landry, et Stephie Mazunya nous font découvrir une œuvre saisissante sur la violence faite aux personnes racisées. Un questionnement sur l’attitude de notre société face aux conséquences dévastatrices que vivent ces êtres humains blessés.
Une décision inflexible
On est dans un espace intemporel : aujourd’hui? Dans un avenir proche? ou lointain? Rien sur scène nous indique quoique ce soit par rapport au temps.
La victime d’un crime atroce est convoquée dans le bureau aseptisé d’une administration pour choisir le châtiment de son agresseur ; c’est la procédure légale.
Elle doit décider comment se déroulera la sentence de son bourreau condamné à la peine de mort. La chaise électrique? L’injection létale? La pendaison?
Deux fonctionnaires (Ève Landry et Patrice Dubois) attendent le personnage central – la victime – (Stephie Mazunya) pour connaître le sort du prisonnier qui l’a agressée avec violence.
Elle arrive seule.
Elle s’enferme dans un mutisme complet, sans expression, malgré un accueil qui se veut bienveillant. On sent leur inconfort.
Après plusieurs questions, elle se décide à répondre aux fonctionnaires qui lui demandent si sa décision est prise, si elle veut être accompagnée, etc.
Malgré leurs bonnes intentions, les interlocuteurs sont maladroits devant cette femme qui leur crie haut et fort qu’ils ne comprendront jamais sa situation, notamment par sa couleur.
Force et talent
Encore une fois, Alexia Bürger a su mettre en scène un texte percutant sur la décision d’une femme, en faisant résonner haut et fort les écueils de notre société comme le racisme systémique et les enjeux du mouvement #MeToo.
Tout comme les pièces qu’elle a dirigées dont Les Filles du Saint-Laurent, elle sait mettre à l’avant-plan la force de la dramaturgie et le talent des comédiennes et comédiens. On sent qu’ils ont été bien dirigés.
Par la scénographie dépouillée et la blancheur éblouissante de l’éclairage, le spectateur est amené dans un univers froid et peut se concentrer sur les répliques des personnages d’une réalité désarmante.
Des silences plus forts que les mots
Dans le rôle des deux fonctionnaires, Patrice Dubois et Ève Landry réussissent de façon éloquente à communiquer leurs émotions avec des silences révélateurs ou encore leurs malaises avec des pas de claquettes bien intégrés au texte.
Ces deux éléments coordonnés habilement ont toute leur importance, autant que les mots.
Quant à la performance de Stephie Mazunya qui interprète le personnage central, elle est remarquable. Elle se glisse dans la peau de cette victime ravagée par tant de violence, avec brio et avec une émouvante justesse.
Le traumatisme qu’a subi cette femme est admirablement bien appuyé par une musique stridente et une fin coup de poing, mais sans réponse précise pour le spectateur.
À la première, les trois comédien.e.s ont été chaleureusement salué.e.s par une ovation longue et nourrie. L’émotion était palpable.
Corde.raide jusqu’au 15 octobre
Écrite en 2015, la pièce Corde.raide est à l’affiche au théâtre Espace Go jusqu’au 15 octobre.
Texte : debbie tucker green
Mise en scène: Alexia Bürger
Avec : Patrice Dubois, Eve Landry, Stephie Mazunya
Crédit photo : Yannick MacDonald
Texte : Micheline Rouette

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