P’tit Belliveau et Clodelle sont deux artistes très différents, mais ils partagent une même capacité : faire briller le soleil. Dans la musique de P’tit Belliveau, ce côté est ludique et rassurant. Dans celui de Clodelle, il est chaud et dansant.
Les deux ont marqué le dernier jour du festival Cigale. Clodelle a ouvert la journée : le public s’est rapproché tranquillement de la scène, s’est installé sur le sable ou a traversé le fleuve en bateau, son spectacle en trame sonore. P’tit Belliveau, lui, est monté sur scène en avant-dernier, avant Foster the People qui a clôturé le festival. La nuit était tombée et, avec ses musiciens, il a transmis à la foule une énergie contagieuse.
Jonah Guimond, alias P’tit Belliveau, est originaire de la Baie Sainte-Marie, en Nouvelle-Écosse, où il est entouré d’eaux calmes et de fierté acadienne. Clodelle, elle, a grandi aux Caraïbes, au Mexique et à Montréal, entourée de la mer et les langues. Aujourd’hui, elle continue de voyager pour nourrir sa créativité.
Nous avons rencontré les deux artistes le jour de leurs spectacles !
Une entrevue avec P’tit Belliveau
As-tu des attentes pour ce soir? Est-ce que le fait que tu joues sur une plage va influencer ton approche lors du spectacle?
Mes attentes sont simplement que ce soit le meilleur show de tout le temps. C’est vraiment ce à quoi je pense chaque soir qu’on joue. Si ce n’est pas le meilleur show ever à chaque soir, je suis déçu. Si le show est juste correct, je vis une déception.
Une chose distinctive dans la musique de P’tit Belliveau, c’est le côté ensoleillé. Qu’est-ce que tu aimerais que le public ressente en assistant à ton spectacle ce soir?
J’aimerais que le monde ait surtout du fun et qu’il s’évade du quotidien. C’est mon but en général : que le monde s’amuse et oublie.
Tu es souvent inspiré par l’eau, surtout venant de la Baie Sainte-Marie. Est-ce que tu vois l’eau du fleuve Saint-Laurent différemment de l’eau chez toi? Ou jouer ici serait-il un peu comme jouer chez toi?
C’est sûr que c’est différent. Je ne suis pas capable d’expliquer pourquoi, mais pour le monde qui vient de la mer et pour le monde qui vient de la terre, ce n’est pas la même affaire. La plupart des Québécois habitent au bord du fleuve et la plupart des Acadiens habitent au bord de la mer. Ça change quelque chose. Je visite le fleuve, mais je n’ai jamais habité là.
Ta musique est bien adaptée pour l’été parce qu’elle nous donne envie de sortir du stress du quotidien et de chiller dans les bonnes vibes. Même en hiver, elle nous réchauffe. À part tes tournées, est-ce que tu aimes voyager?
Honnêtement, je n’aime pas trop voyager, juste parce que c’est mon travail de voyager. Surtout pendant les saisons de spectacles — ce qui, pour nous, est toute l’année sauf l’hiver. Ça fait des années que c’est comme ça. Les moments chez moi sont rares et j’en profite. Ce n’est pas comme si je détestais voyager : j’ai fait un petit voyage à l’Île-du-Prince-Édouard il y a quelques mois, c’était le fun. Ça a duré quelques jours et j’étais content de retourner chez moi. Si un jour je fais moins de tournées, voyager pourrait m’intéresser plus.
Quand tu fais la route entre la Nouvelle-Écosse et le Québec, qu’est-ce que tu aimes faire pour ne pas devenir trop ennuyé?
Ce n’est pas vraiment que je m’ennuie. Quand je suis on the road, je suis occupé avec le travail. Je n’ai pas vraiment le temps de réfléchir ou de m’ennuyer. S’ennuyer, c’est quelque chose qu’on fait quand on est idle et qu’on a du temps. J’ai rarement ce temps-là quand je suis sur la route. J’ai des choses que j’aime faire et j’ai hâte de retourner chez moi pour les faire.
Tu as fait une reprise de La 20 d’Édith Butler. As-tu tes propres souvenirs de cette autoroute, bons ou mauvais?
On est constamment sur la 20, donc c’est plein de souvenirs. La chose la plus importante que je pourrais dire sur la 20, c’est que le monde conduit mal. Je ne peux pas dire combien de fois je roule avec mon cruise control, puis un char me dépasse pour ralentir aussitôt qu’il est devant moi. Je le redépasse, il me redépasse… J’aime mieux la 40. Le monde conduit mal sur la 40 aussi, mais il y a moins de circulation et de meilleures places pour s’arrêter.
En ce qui concerne la 20 en général, les Québécois ne vont jamais dire ça, mais moi, venant de la Nouvelle-Écosse, je peux affirmer qu’elle est de meilleure qualité. C’est comme toutes les autoroutes du Québec : avec les nids-de-poule et tout ça, les Québécois trouvent ça horrible… but il faudrait qu’ils viennent en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick. C’est mille fois pire. On est toujours impressionnés par la vitesse à laquelle les Québécois construisent de nouvelles autoroutes et de nouvelles rues, comparé à chez nous.
Ta dernière chanson, une collaboration avec Hubert Lenoir, SIMULATION FREESTYLE, est sortie en juin l’année dernière. À quoi ressemble ton univers créatif en ce moment? Est-ce que tu travailles sur de nouveaux projets?
Oui, quand j’ai le temps, je travaille. En septembre, j’ai trois semaines de congé, donc je prévois enregistrer autant de chansons que possible. C’est trop tôt pour dire à quoi ressemblera la vibe du prochain disque, but jusqu’à présent, il y a beaucoup d’éléments trad, notamment du trad irlandais avec des instruments comme des flûtes irlandaises que j’ai achetées et des accordéons. Beaucoup de guitares acoustiques aussi. Ça va être un peu comme le premier album… mais aussi très différent. On verra!
Pour la première fois, j’ai un setup pour enregistrer la batterie chez moi. Je n’avais jamais enregistré de vraies drums auparavant : j’utilisais des drum machines et les choses comme ça. Maintenant, j’ai un kit avec un micro. Je vais encore utiliser des faux drums, mais il y aura beaucoup plus de vrais instruments qui m’intéressent maintenant.
Une entrevue avec Clodelle
Comment s’est passé ton spectacle? Surtout parce que tu étais la première artiste de la journée!
Je trouve que le spectacle s’est très bien passé. C’était vraiment le fun d’ouvrir la journée. Ça a permis aux gens de se réchauffer et d’entrer dans l’ambiance pour le reste du festival.
Pourrais-tu parler d’où tu es née et de ton enfance? Tu as grandi entre le Canada, les Caraïbes et le Mexique, c’est ça?
Je suis née à Montréal, où j’ai vécu jusqu’à l’âge de deux ans. Après, j’ai déménagé avec mes parents sur un voilier pendant deux ans. Mon père buvait beaucoup, malheureusement, alors ma mère a décidé de se séparer. À ce moment-là, notre voilier était stationné à Saint Thomas, dans les îles Vierges des États-Unis. On a débarqué sur l’île et, finalement, on y a habité pendant six ans. J’ai commencé à aller à l’école là-bas, et c’est vraiment là que ma vie a pris son envol.
Ensuite, je suis revenue quelques années à Montréal, car on voulait se rapprocher de la famille et ma mère voulait que j’apprenne le français. J’ai fait une partie de mon primaire, mais ça a été très difficile pour moi — autant l’intégration que la vie en ville, puisque je suis une island girl. À Saint Thomas, il n’y avait pas beaucoup de monde! Et je ne parlais pas du tout français à l’époque.
À 11 ans, ma mère et moi avons déménagé au Mexique, car elle avait envie d’apprendre l’espagnol et de découvrir la culture mexicaine. J’y ai vécu jusqu’à mes 18 ans. Mais chaque été, je passais deux mois en Floride pour rendre visite à mon père. J’ai donc aussi passé beaucoup de temps aux États-Unis. C’est pour ça qu’après l’école, je me suis dit : « Bon… est-ce que je vais aller à l’université en français, en anglais ou en espagnol? » Finalement, fuck that, j’ai choisi de faire de la musique!
C’est fascinant! Tu as commencé ta carrière en tant que mannequin. Avais-tu toujours l’intention de faire de la musique?
Je me suis toujours considérée comme une shower singer, une chanteuse de douche. J’ai commencé le mannequinat à 15 ans, et j’en fais encore aujourd’hui, j’adore ce métier. La musique est arrivée pendant la Covid, quand je voyageais moins pour le travail. À l’époque, j’étais fiancée à un producteur de musique qui m’a invitée à chanter sur un de ses albums. J’ai adoré l’expérience, et ça a commencé comme ça. Aujourd’hui, je jongle entre les deux métiers.
Est-ce que tes inspirations sont venues de tes voyages? L’ambiance de tes chansons est assez ensoleillée, comme si elles étaient faites pour accompagner les voyages.
Oui, c’est complètement inspiré par mes voyages et par le fait d’avoir vécu un peu partout. En général, je pars environ six mois par année. Je n’aime pas l’hiver, donc je vais dans les les pays chauds comme le Mexique. Toute ma vie, j’ai entendu des sons différents. L’an dernier, j’ai aussi vécu au Maroc. J’essaie de ramener un peu de sonorités arabes, d’Afrique, d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. J’aime mélanger le plus possible, tout en restant authentique dans mon écriture. Il y a beaucoup de thèmes personnels et parfois plus lourds, mais si c’est up-tempo et dansant, ça passe bien. Mon but, c’est de faire sourire les gens et de créer une bonne pop différente, qui touche à plein de styles.
Quel est le voyage qui t’a le plus marquée de manière créative? Par exemple, as-tu vécu des choses ou rencontré des gens qui ont vraiment ouvert ton esprit?
Oui, complètement. Je dirais le Maroc. Les sons y sont complètement différents et ils m’ont beaucoup inspirée. Je travaille souvent avec un producteur qui s’appelle Benny Adam, qui est l’une de mes plus grandes inspirations. Sinon, je collabore aussi beaucoup avec John Nathaniel. On adore les Bee Gees et les Beach Boys. Mes plus grandes influences viennent du Maroc, du Mexique, un peu d’Espagne aussi, et des États-Unis.
Je sais que tu es intéressée par les cultures en général. Y a-t-il un pays que tu aimerais visiter pour mieux découvrir son mode de vie?
J’aimerais visiter le Brésil, ça me parle énormément. J’écoute beaucoup de bossa nova et de musique brésilienne en général. Sinon, l’Afrique aussi m’attire beaucoup. J’ai envie de découvrir des sons et des cuisines différentes. Il y a tellement de pays sur ce continent, c’est très inspirant pour moi.
Ton dernier album, Domino, est ton premier en français. Tu avais dit dans le passé que le français n’est pas ta première langue. Est-ce que tu vois une différence entre créer en anglais et en français?
C’est effectivement l’album le plus personnel que j’ai créé. Je voulais vraiment toucher les Québécois. Mais oui, c’est beaucoup plus facile pour moi en anglais ou en espagnol. Heureusement, je suis bien entourée par des gens qui m’aident, mais je reste plus à l’aise dans ces langues. En anglais, on dirait que les mots coulent naturellement quand on chante. Malgré tout, je vais continuer à chanter en français — on est au Québec!
Est-ce que tu vas écrire plus en espagnol?
Pour le prochain album, j’ai envie de chanter en français et en espagnol. Et peut-être que j’exagère, mais après avoir passé un mois en Italie, j’ai adoré la langue et la musique là-bas, ça m’a vraiment inspirée! Je ne l’avais pas mentionné tantôt, mais la musique portugaise et grecque aussi m’attire. J’ai envie d’aller chercher des petites phrases dans d’autres langues et de les placer différemment dans mes chansons.
À quoi ressemble ton univers créatif en ce moment? Est-ce que tu es en train de créer de nouvelles choses?
Je commence à entrer en studio et à écrire la semaine prochaine, donc tu me poses la question au bon moment! Je vais travailler tout l’automne et tout l’hiver pour avoir quelque chose de prêt pour l’été prochain.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

Photos : Courtoisie
Crédit photos P’tit Belliveau: Sam Billington
Crédit photos Clodelle: Dominic Courchesne
