Cette année encore, dans le cadre du festival Montréal Complètement Cirque, le cabaret du Monastère prend des allures de compétition avec une nouvelle édition du Cabaret du Jugement Dernier. La formule est simple, les artistes ont carte blanche et un jury ainsi que le public voteront pour discerner les prestigieux calices d’or, d’argent et de bronze.
Pour l’occasion, le jardin de l’église St. Jax offre une jolie terrasse où vous pouvez, hors temps pluvieux, apprécier un cocktail et vous détendre avec vos amis. Mais c’est bien à l’intérieur que la magie opère, le sanctuaire ne cesse de m’émerveiller par son caractère unique, la scène trônant au centre de l’église sous les voûtes de bois, ici le cirque et le sacré communient.
Maître de cérémonie fantasque, MC Philidor revêt sa coupe Longueuil de soirée et après un rap d’ouverture qui bénéficierait de sous-titre, nous fait rire par ses clowneries savamment écrites. Répandant l’amour lors d’une sérénade enflammée qui démontre que par amour ont peut en effet se métamorphoser ou encore dépoussiérant son numéro de tennisman délirant et loufoque qui ne manquera pas de vous faire rire, si tant est que vous n’êtes pas dans sa ligne de mire!
Côté artistes en compétition, le choix est divers et varié, aussi bien dans les disciplines que dans le niveau d’expérience des participants.
Jenny Tufts ouvre le bal avec du cerceau aérien, elle tourne sans discontinuer, une tornade de grâce envoûtante. Impressionnante d’endurance, elle reste suspendue entre ciel et terre en mouvement perpétuel.
Merlin Matthewson lui emboîte le pas dans un numéro de jonglerie de quilles. Jeune diplômé de l’École Nationale de Cirque de Montréal (ÉNC) de cette année, il nous entraîne dans un rêve fiévreux. Si le jonglage et le langage acrobatique sont beaux, quelques chutes de quilles malencontreuses et une mise en scène étrange ternissent un peu le numéro (la représentation du jeudi 11 juillet est suivie d’un Q&A, occasion d’en apprendre plus et de comprendre ce qui se déroule sur scène).
Karel Chevalier nous présente un numéro de tissus aérien chargé d’émotion. Commençant les yeux bandés, elle nous propose une belle prise de risque avec des chutes vertigineuses. Le numéro s’appuie ensuite sur un très joli texte avec un message fort sur la place de la femme à qui notre société en demande tant.
Charlie Wheeller accompagné à la guitare voix par Joey Mallat nous invite dans un numéro de roue Cyr énergique regorgeant de belles originalités et d’un généreux partage avec le public qui devra chanter pour l’occasion, donnez de la voix, ça vaut le coup!
Après l’entracte, le charismatique Ess Hödlmoser présente un numéro de sangles aériennes. Dans un costume d’époque magnifique, une immense robe à cerceaux scintillantes, il nous propose un numéro d’effeuillage surprenant. Agrémentée de belles envolées et d’une dose d’espièglerie complice, la mise en scène est somptueuse, bien que j’aurais pris plus de sangles.
Autres fraîchement diplômées de l’ÉNC en 2023, Isabella Majzun, candide dans une robe blanche, nous offre un instant volé, presque intime, dans un numéro de jonglerie ballon poétique. Avec une sorte de timidité, éclatante de grâce et de précision, elle évolue sur scène en faisant virevolter ses ballons bleus.
Arthur Morel Van Hyfte fait preuve de souplesse et de force phénoménale suspendues à son prisme aérien. Dessinant des figures complexes alors que son corps et son appareil se lient, majestueux, il défie la gravité. Malgré l’originalité de l’agrès et l’impressionnante maîtrise de l’artiste, une certaine redondance dans la proposition crée des lenteurs.
Le spectacle se clôt en apothéose par un numéro de bascule ne figurant pas sur le programme et remplaçant vraisemblablement le main à main originellement prévue. Travaillant ensemble depuis seulement deux mois, les artistes sont simplement époustouflants. Le numéro est chorégraphié avec brio pour habiller les temps de repos mettant en avant une complicité évidente entre les acrobates. Les deux jeunes hommes font preuve d’une belle communication et nous offrent des envolées vertigineuses et risquées. Le public a retenu son souffle avant d’exploser en acclamation à plusieurs reprises.
Une fois de plus, le Monastère nous gâte avec un panel d’artistes regorgeant de talent! Cette fois cependant il vous faudra choisir un chouchou, après tout, il s’agit du Jugement Dernier!
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Lucas Brunet | Journaliste

Benoit Leroux | Photographe
Grand consommateur de culture, Benoit Z. s’intéresse à beaucoup de disciplines. Le monde circassien est son principal terrain de jeu. Toujours curieux, ouvert et la caméra prête.
