En 1965, le célèbre auteur Michel Tremblay écrivait Les Belles-sœurs et s’apprêtait à changer le milieu du théâtre québécois. 60 ans plus tard, l’histoire est aujourd’hui présentée dans une version symphonique à Montréal et à Québec, sur les paroles de René Richard Cyr et les musiques de Daniel Bélanger. qui accompagnent le théâtre musical depuis 2010 ainsi que le film Nos belles-sœurs paru l’an dernier. Lorraine Pintal signe de son côté la mise en scène.
De Marie Denise Pelletier à Lunou Zucchini : une communion de grandes voix
D’abord, soulignons la grande qualité des interprètes choisies pour incarner les personnages de Tremblay. Je pourrais parler de chacune d’entre elles en détail tellement il y a de talents réunis sur cette même scène. Marie Denise Pelletier incarne avec brio Germaine Lauzon, cette femme au foyer qui vient de gagner un million de timbres-primes et qui provoque ainsi la réunion de belles-sœurs et d’amies. Tout le monde sait que Marie Denise Pelletier est l’une des plus grandes voix du Québec, mais elle sait également faire preuve d’une grande sensibilité et de belles nuances, particulièrement à la fin lorsqu’elle se retrouve seule, après que Germaine se soit finalement fait voler ses timbres.
Nathalie Choquette, en plus d’avoir une voix exceptionnelle, est également très drôle dans son rôle de Lisette De Courval, une femme snob et un brin antipathique qui se croit supérieure aux autres.
Les deux plus jeunes femmes de la distribution, Lunou Zucchini et Laetitia Isambert-Denis, ne sont pas en reste non plus et sont excellentes. Elles incarnent respectivement Lise Paquette et Linda Lauzon, de grandes amies qui aspirent à avoir de meilleures conditions et une meilleure vie que Germaine et les autres.


Magistrale Luce Dufault
Bien que, je le répète, chacune des interprètes est exceptionnelle, mon coup de cœur va à l’incroyable Luce Dufault dans le rôle de Pierrette, la sœur cadette de Germaine, rejetée par la famille puisqu’elle travaille dans un club. Les autres considèrent qu’elle est une femme de mauvaise vie. Cependant, Pierrette fait preuve d’une grande sensibilité envers elles malgré ce rejet. Il est impossible de ne pas avoir de frissons lorsque Luce Dufault interprète « Crisse de Johnny ». Sa voix riche et rauque transmet toute l’émotion, tout le désespoir du personnage.
Un autre moment particulièrement réussi est lorsqu’elle chante « La porte d’en avant », avec sa fille Lunou Zucchini et Laetitia Isambert-Denis. En plus des harmonies parfaitement réussies, une complicité indéniable unit les trois chanteuses. Les trois personnages sont peut-être les plus modernes dans la pièce, mais elles incarnent également une dimension tragique qui provoque inévitablement de l’empathie de la part du public.



Une nouvelle dimension aux chansons
Si, comme moi, vous connaissez déjà les chansons qui accompagnent l’œuvre de Tremblay, vous vous êtes peut-être demandé de quoi ça aurait l’air en formule symphonique. Je vous l’assure : c’est magnifique! Oui, c’est spécial d’entendre du joual sur de la musique jouée par un orchestre, mais ce côté inattendu, ce mélange des codes habituels, rend ça encore plus réussi. Les chansons qu’on a l’habitude d’entendre dans le théâtre musical ou dans le film sont bonnes d’avance, mais en version symphonique, avec l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières, c’est comme si elles connaissaient un second souffle, les rendant encore plus puissantes.
Un maître de cérémonie sympathique et efficace
Puisque le spectacle se concentre sur les chansons, la version symphonique fait place à un nouveau rôle : le maître de cérémonie incarné par Simon Boulerice. Bien qu’il soit presque toujours sur scène, son rôle n’est pas majeur; il sert plutôt de fil conducteur qui rattache les scènes de la pièce aux chansons interprétées. Ainsi, vous n’avez pas besoin de connaître l’histoire des Belles-sœurs pour comprendre : le maître de cérémonie s’assure que tout est cohérent et clair. J’ai également beaucoup aimé son introduction, au début du spectacle, où il explique un peu la passion de Michel Tremblay d’abord pour la lecture, puis pour l’écriture.


Toujours d’actualité
Même si la pièce a été écrite il y a 60 ans et que les conditions des femmes ont grandement évolué depuis l’époque où elles étaient confinées au foyer, il est important de souligner à quel point plusieurs des thèmes centraux de la pièce sont toujours d’actualité. On n’a qu’à penser au personnage de Rose (brillante Renee Wilkin!) qui dénonce les violences sexuelles de son mari ou encore au personnage de Pierrette qui perd son emploi parce qu’elle n’est plus considérée comme assez belle et jeune pour attirer la clientèle. Le texte de Tremblay, à travers ces femmes des années 60, résonne encore aujourd’hui en 2025, peut-être plus que jamais. Puis, en version symphonique, avec une distribution de grandes voix, cette histoire ne fait que gagner en puissance.
Distribution complète
Marie Denise Pelletier (Germaine Lauzon), Renee Wilkin (Rose Ouimet), Joe Bocan (Gabrielle Jodoin), Luce Dufault (Pierrette Guérin), Marie Michèle Desrosiers (Marie-Ange Brouillette), Kathleen Fortin (Des-Neiges Vermette), Catherine Major (Thérèse Dubuc), Louise Latraverse (Olivine Dubuc), Nathalie Choquette (Lisette De Courval), Dorothée Berryman (Yvette Longpré), Lulu Hughes (Rhéauna Bibeau), Judi Richards (Angéline Sauvé), Laetitia Isambert-Denis (Linda Lauzon), Lunou Zucchini (Lise Paquette), Simon Boulerice (Maître de cérémonie)


Le spectacle est présenté à Montréal du 30 juillet au 2 août, puis à Québec du 28 au 30 août.
Crédit photos : Danahée Plouffe-Dubé / GSI Musique

Samuelle Guimond | Journaliste
Samuelle est une passionnée de musique, de littérature, de télé et de théâtre. Si elle est journaliste pour le média, c’est dans le but de faire briller des artistes d’ici en qui elle croit, principalement à travers des entrevues. Tu pourrais très bien la croiser dans une salle de spectacle aux environs de Montréal!
