Inspiré du classique de théâtre de Michel Tremblay, le film Nos belles-sœurs réalisé par René Richard Cyr arrivera dans toutes nos salles de cinéma ce jeudi 11 juillet. À quelques jours de sa sortie, je me suis entretenue avec l’une de ses têtes d’affiche, Anne-Élisabeth Bossé, qui se considère privilégiée d’avoir pu prendre part à ce projet.
On le sait, la pièce Les belles-sœurs est un classique québécois. Avant de faire le film, quel était ton rapport à cette œuvre ?
Moi, j’ai toujours vraiment capoté sur Michel Tremblay, depuis que je suis jeune! Je lisais ses romans. Dans mes cours, on m’enlevait les livres des mains et on me disait que j’étais trop jeune pour lire ça (rires)! Je capotais sur toute son œuvre et son univers! Un peu plus tard, avec Sonia Cordeau, ma collègue des Appendices, on avait des sketchs Guy et René : les rois de la Main qui étaient aussi inspirés de l’univers de Michel Tremblay. Il m’a même fait une aquarelle. Je suis vraiment très fan (rires)!
Dirais-tu que tu es devenue encore plus fan après avoir joué dans Nos belles-sœurs ?
Je ne savais pas qu’on pouvait être plus fan, mais oui (rires)! Pour la première à la Place-des-Arts, Michel Tremblay était là, puis il est monté sur scène. C’était vraiment un grand moment pour nous autres!
Tu interprètes le personnage de Rose. Comment la décrirais-tu ?
Moi, je trouve que sa façon de cacher sa souffrance, c’est que, quand elle est en groupe, elle s’illumine, elle fait des jokes et elle taquine. Mais dans le fond, c’est un peu pour dissimuler la sombre vie qu’elle mène et à quel point elle se sent prisonnière de son couple violent. C’est un personnage sans issue, mais qui, en même temps, essaie de survivre. Je trouve que c’est ça qui est beau.
Je trouve que, dans le groupe, c’est celle qui est la plus sensible à l’effet d’entraînement. Elle, elle se fait vraiment emporter à la fin, quand elles prennent les timbres de Germaine [Geneviève Schmidt]. Je ne pense pas qu’elle en aurait pris si elle avait été toute seule avec Germaine. C’est vraiment le groupe qui l’a corrompue. À la fin, quand on les voit chacune à leur tour avec les timbres, on voit qu’elle hésite alors que d’autres y vont à fond.




Dans le film, il y a beaucoup de danse et de chant. Dirais-tu que ça a représenté un défi pour toi ?
Vraiment (rires)! Je ne sais pas si ça paraît dans le film à quel point on a travaillé fort, mais pour des actrices, apprendre deux minutes de chorégraphie, c’est pas mal plus long que d’apprendre deux minutes de texte. C’est vraiment un autre langage. Il y avait des chanteuses parmi nous, mais il n’y avait pas de danseuses. Team White ne nous a pas ménagées. Ils n’ont pas fait leurs chorégraphies en se disant qu’on n’était pas des danseuses. Ils ont un peu adapté, oui, mais on n’a pas senti qu’on était ménagées. En même temps, c’est le fun. On a pris le temps de bien travailler, puis je suis hyper fière de ce que ça donne, mais câline, c’était vraiment un défi supplémentaire (rires)! Danser et chanter en même temps, c’était quelque chose!
Quel serait ton plus beau souvenir de tournage ?
Quand on était toutes les filles autour de la table, en train de coller des timbres, je suis un peu sortie de mon corps pour prendre une photo de ce qui se passait dans ma tête. On était vraiment en train de le faire, toutes les filles ensemble! On en parle beaucoup d’à quel point on s’est aimées, mais on avait une vraie camaraderie, des amitiés qui se développaient. Le texte était incroyable. Ce n’est pas un moment précis, mais à un moment donné, ça m’a saisie. C’était banal, on collait des timbres, puis je me suis dit : « hey, je m’inscris dans cette affaire-là, et ça me fait capoter ».
Quelle est selon toi la plus grande force de cette adaptation de la pièce de Michel Tremblay ?
Comme René Richard [Cyr] dit, ce n’est pas une comédie musicale; c’est un film avec des chansons. Il y a une autre journaliste qui disait que, souvent, dans une comédie musicale, les chansons, c’est pour alléger, mais nous, je trouve que c’est pour approfondir ce qui se passe, pour entrer plus à l’intérieur encore. Ça, je trouve que c’est fort comme adaptation. Quand elles chantent, c’est toujours psychologique. C’est comme pour comprendre le drame en dessous.


À la conférence de presse, tu as parlé du caractère universel de l’œuvre. Tu disais que, toi, tu ne joues pas une époque, mais bien une émotion. Peux-tu m’en parler un peu ?
Oh, je suis contente que tu aies remarqué ça! Ça a commencé quand je jouais dans Les pays d’en haut. Les gens me demandaient comment je faisais pour jouer l’époque. Je comprends qu’il y a une parlure; c’est peut-être la seule affaire qu’il faut adapter dans notre bouche et encore là, pas tant que ça (rires)! Le corset, je ne le joue pas; je le porte. Moi, je joue une situation : je joue un drame, je ne joue pas un décor, je ne joue pas une époque. Je joue des émotions.
C’est la même chose de se sentir trahi en 1960 qu’en 2024. C’est la même chose de se sentir coincé. Je n’ai pas besoin de jouer une affaire qui n’est pas moi. Je pars toujours de moi en ce moment. Les émotions, c’est toujours là-dessus qu’on doit se concentrer. Une scène, c’est un rapport de force; c’est un verbe d’action. On ne joue pas un plumeau; on n’a pas besoin. C’est déjà tout autour de nous autres. On joue toujours une émotion.
Quels sont les thèmes qui résonnent le plus aujourd’hui selon toi ?
On parle beaucoup de partage, du résultat face à la chance, de l’envie… De penser que la consommation va nous sauver et que dans le matériel réside le bonheur. Je pense aussi qu’il y a encore des histoires de violence psychologique et de violence sexuelle dans notre société. On a plus de moyens de s’en sortir, mais des fois, on se sent dans une prison quand même, même si on a des ressources.
Finalement, qu’espères-tu que le film aura comme effet chez les gens ?
Connaître l’œuvre, pour ceux qui ne la connaissent pas. Retrouver l’œuvre, pour ceux qui la connaissent. Et toute cette palette d’émotions là, du rire aux larmes. Pleurer de rire et ensuite avoir une scène hyper dramatique. Oui, c’est la comédie de l’été, mais c’est tellement plus que ça. C’est vraiment ce que j’ai aimé!
Nos belles-sœurs prendra l’affiche ce jeudi.

Samuelle Guimond | Journaliste
Samuelle est une passionnée de musique, de littérature, de télé et de théâtre. Si elle est journaliste pour le média, c’est dans le but de faire briller des artistes d’ici en qui elle croit, principalement à travers des entrevues. Tu pourrais très bien la croiser dans une salle de spectacle aux environs de Montréal!

Frédéric Lebeuf | Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.

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