À la recherche de chaleur et de réconfort en cette période froide, l’opus Roche humaine de Bayta saura vous envelopper instantanément. De beaux projets s’en viennent pour l’auteure-compositrice-interprète, elle prévoit travailler sur un EP collaboratif avec Conifère ce printemps ainsi que sur son deuxième album solo à l’automne. Elle a accepté de nous en parler, voici ce qu’elle avait à nous dire !
Tu as lancé ton premier EP, intitulé Saison froide, durant la pandémie (en avril 2020). Qu’est-ce que la parution de ton premier EP t’a permis comme apprentissage en route vers un premier album ?
Mis à part plusieurs apprentissages techniques (réseaux sociaux, promotion, enregistrement), je dirais que j’ai pris une direction tout à fait différente avec Roche humaine. L’apprentissage s’est donc fait assez lentement, et c’est seulement maintenant que j’ai envie de m’inspirer de l’authenticité et de la rigueur qui étaient à l’œuvre dans Saison froide. J’aime entendre ma naïveté de l’époque et j’ai envie de renouer avec cet état d’esprit pour la suite.
Tu as lancé Roche humaine en 2022, qu’est-ce qui t’a rendu le plus fier ?
D’avoir été invitée en entrevue à Radio-Canada, définitivement ! J’ai eu l’honneur de parler de l’album avec Émilie Perreault et Nicolas Ouellet à leurs émissions respectives. On pourrait dire que j’ai de la jasette, j’adore parler d’art, de subjectivité, des aléas de l’industrie de la musique, de la vie, etc. C’était donc un rêve réalisé de pouvoir discuter de l’album. Je crois que l’art est toujours aussi un discours, et pour ceux qui aiment élaborer sur ce dit discours, il n’y a rien de plus satisfaisant et gratifiant que de le faire à la radio nationale avec d’excellents journalistes comme elleux!
Comment crois-tu que tes études universitaires en philosophie peuvent être utiles dans ta carrière de musicienne ?
Ça dépend de ce qu’on entend par carrière. Si on parle de mon cheminement personnel et artistique, oui, absolument. Le temps me dira si je gagnerai du terrain dans l’industrie de la musique grâce à ce bagage! J’espère que oui!
La philosophie est un domaine d’étude plus technique qu’on pense. Avec ma majeure, j’ai surtout appris à raisonner en général, et à ne pas tomber dans certains pièges. J’ai un sens critique encore plus développé, sur la limite du « gossant » haha. Mais justement, je crois que faire de l’art c’est ça aussi. « Se gosser » soi-même et « gosser » les autres pour se garder alerte et vivant. Je dirais donc que mes études me permettent d’être une artiste plus accomplie et plus assumée.
En 2023, tu as sorti un extrait, intitulé Rivales, avec Heïka. Comment vois-tu cette collaboration, ce travail d’équipe avec le recul ?
C’était tellllllement thérapeutique! Avant d’entamer cette collaboration, j’étais en conflit perpétuel avec une ex-amie. L’ambiance était à l’hostilité, à la compétition et à la malveillance, et ce, sans cesse. Je me sentais indigne de ma posture féministe, comme si je brisais tous les codes de la sororité et de la solidarité féminine.
Rivales parle de ça! De la compétition entre femmes et de la misogynie internalisée. Non seulement c’était réconfortant de voir que mon expérience était partagée, chaque rencontre avec Heïka était absolument douce et bienveillante. C’était une époque où mon cœur était brisé et totalement fermé, et elles m’ont vraiment aidé à le réparer.
Tu réalises des vidéoclips aussi, qu’est-ce qui t’inspire quand tu abordes un texte d’un autre auteur ? Comment est-ce que tu analyses un texte (des paroles) que ce soit le tien ou celui d’une autre personne ?
Je crois qu’un vidéoclip doit vraiment servir l’artiste et son œuvre. Je commence toujours par demander à l’artiste ce qu’il ou elle veut dire avec la chanson et comment il ou elle veut traduire ce message en images et en performance.
Pour répondre à la question, je dirais que je me sers beaucoup de la musique pour comprendre le texte. Des paroles peuvent sembler lumineuses à l’écrit, mais sombres à l’écoute. Plusieurs musicien(e)s jouent avec ce « clair-obscur » émotif, et j’aime que le vidéoclip capture cette contradiction.
Par exemple, Nightout de Reno McCarthy capture autant sa confiance que son insécurité. Pour Ouragans de Jeanne Côté, je voulais qu’on la sente aussi accessible qu’insaisissable. C’est amusant de jouer avec ça!
En mai, tu entreras en studio pour faire un EP collaboratif avec le duo Conifère. Comment cette collaboration est-elle née ?
Reno et Arthur sont des amis de très longue date (10 ans environ), et mes principaux collaborateurs! J’ai eu un band de punk/rock/prog avec Arthur pendant plusieurs années et nous accompagnons Reno dans son projet depuis 2015 environ. C’est drôle parce que nous avons des influences musicales vraiment diverses et des tempéraments assez différents, mais on se rejoint sur les aspects les plus fondamentaux selon moi ; Quand on fait de la musique, on est aussi libres et farceurs que rigoureux et disciplinés. « Plaisir et rigueur » comme diraient mes ami(e)s de Beat Sexü!
Tu souhaites enregistrer un nouvel opus à l’automne 2024, à quoi ressemblera-t-il ?
À mon grand bonheur, le piano qui était chez mes parents est rendu chez moi! J’ai déjà plusieurs nouvelles chansons piano-voix qui pourront former un nouvel opus. Fort probablement, je vais réunir ces chansons en EP « concept », c’est-à-dire, composé essentiellement de chansons piano-voix. Pour l’instant, je ne sais pas dans quelle direction je vais aller au niveau de la réalisation et avec qui je vais travailler! Les chansons ont des influences autant néo-classiques que pop-soul. À ce stade-ci, je laisse libre-cours à mon imagination et à ma créativité.
Comment tes expériences des derniers mois influenceront-elles tout le processus de ton deuxième album ?
Ces derniers mois m’ont amené à me réaligner avec mes pulsions artistiques en général. J’ai fait beaucoup de travail sur moi et d’introspection. Le processus de cet album-là aura de particulier qu’il sera certainement le plus libre et le plus sain de toutes mes démarches artistiques à ce jour. Il ne sera pas fait « sous condition ». Sous condition que ça fonctionne, sous condition que ça soit la meilleure affaire au Québec, sous condition de ci ou de ça. Je sens déjà cette résolution dans mon écriture de chanson. Les textes abordent des sujets plus difficiles avec beaucoup plus de clarté, la musique est à la fois plus décomplexée et élaborée, etc.



Pour quelqu’un qui ne te connaîtrait pas, qu’est-ce que tu lui dirais pour le convaincre de découvrir ton univers ?
Je lui dirais que ma musique s’écoute très bien dès la première écoute. Je lui dirais aussi qu’aux écoutes subséquentes, plein de petites pépites se laissent découvrir, comme des métaphores surprenantes, des arrangements très sentis, des prouesses vocales impressionnantes, etc. Cela dit, le goût n’est pas une science exacte et c’est difficile de prévoir qui pourrait aimer ma musique, où, quand, et dans quel contexte! Je lui dirais simplement de peser sur « play », d’un coup qu’une belle connexion naisse de cet acte de curiosité!
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Frédéric Lebeuf | Journaliste & Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
