En novembre dernier, l’auteure-compositrice-interprète Audrey-Michèle a sorti La montagne en forme de maison, une collection de chansons tranquilles et réflectives qui nous amène dans un espace de réconfort. Même si c’est son premier album, Audrey-Michèle n’est pas sans expérience. Elle travaille comme choriste et percussionniste, ayant joué sur scène avec Michel Rivard, Paul Piché, et Karim Ouellet, entre autres. Ce sont ces liens qui ont donné vie à La montagne en forme de maison. Chaque chanson est une collaboration avec un autre artiste, que ce soit dans les paroles ou la musique, ce qui donne à l’album un côté intrigant, comme si on voyait la même période de la vie à travers des yeux différents.
Audrey-Michèle a présenté sa musique pendant le festival Phoque OFF à Québec, le 17 février, sous forme d’un spectacle brunch. Il y avait une tempête de neige à l’extérieur, le vent était fort et la poudrerie frappait les yeux, mais à l’intérieur (au STUDIOTELUS du Grand-Théâtre de Québec), c’était comme un matin de printemps.
L’artiste a interprété Ma maison c’est pas ta maison, la chanson mélancolique qui ouvre l’album (celle-ci avec les paroles et musique par Foisy), puis la douceur de La simple traversée. Ensuite, il y avait Le loup (son bassiste prenant le rôle de Gab Bouchard), et Toundra, la chanson la plus énergique et ensoleillée de l’album (ses paroles et sa musique par Katrine Noël des Hay Babies). Tout a fini par Revenir.
On a rencontré Audrey-Michèle après son spectacle pour parler de collaborations, de son parcours musical, et de l’influence de Michel Rivard.
Pour commencer, ton parcours a l’air tellement intéressant, vu que tu as travaillé avec Michel Rivard et Paul Piché, entre autres. Pourrais-tu parler de ta carrière comme choriste et percussionniste et comment as-tu commencé à jouer avec ces grands noms?
J’ai fait un programme de théâtre musical à Sainte-Thérèse et quand je suis sortie de là je ne savais pas exactement ce que je voulais faire. Ça a été comme une espèce de concours de circonstances. Il y avait un band qui cherchait un choriste, donc tranquillement je me suis mise à jouer comme ça. Je dirais que c’était l’élément déclencheur. J’ai fait beaucoup de choses avec Caracol et son projet solo. On dirait qu’à partir de là, tout a décollé et j’ai commencé à jouer avec beaucoup de monde.
Michel Rivard a eu un rôle important dans ta carrière. Qu’est-ce que tu as appris de lui?
Michel est un homme qui reste toujours curieux et je pense que sa curiosité fait qu’il continue d’être actuel et qu’il continue à faire de nouvelles chansons. C’est un homme hyper-humain et humble. Je pense que c’est quelque chose qu’il m’a beaucoup appris. Il était le premier à proposer de m’écrire des chansons, en fait. Il était là dans tout le parcours de l’album, le processus créatif et tout ça. Je l’aime beaucoup.
Est-ce que tu avais écrit des choses dans le passé ou cet album était vraiment quelque chose de nouveau?
Non, je n’avais jamais écrit avant. Ce n’était pas un projet que j’avais toujours dans ma tête. J’aime mon rôle de choriste et j’aime être au service des autres. C’était vraiment une peine d’amour, la pandémie et une combinaison des choses qui ont fait en sorte que tout à coup, cette idée a émergé. J’ai réentendu la voix de Michel qui m’a proposé d’écrire des chansons. Au départ, c’était vraiment un projet collaboratif. J’étais tellement proche de mon histoire que je n’arrivais pas à mettre des mots sur ce que je vivais. J’aimais l’idée de travailler avec d’autres gens parce qu’ils avaient un regard extérieur sur l’histoire et ainsi je pourrais créer de nouveaux liens. C’est vraiment au fil du temps que je me suis mise à écrire.
De tous les spectacles que tu as faits, soit avec Michel ou un autre artiste, quel a été le moment le plus marquant?
C’est drôle parce qu’on est au Grand Théâtre et mon moment le plus marquant est au Grand Théâtre parce que c’est dans ma ville natale. Je me rappelle le moment où j’étais avec Michel Rivard dans la grande salle et il a chanté La complainte du phoque en Alaska. Tout le monde chantait aussi. Pendant que j’en parle, j’ai encore des frissons. Premièrement, je n’ai jamais pensé dans ma vie que je chanterais avec Michel Rivard et, deuxièmement, j’étais dans ma ville natale devant ma famille. Pour de vrai, recevoir un public qui chante une chanson au complet comme ça est vraiment particulier. Je me considère vraiment chanceuse.
La plupart des chansons sur ton album sont des collaborations avec d’autres artistes, donc est-ce qu’ils avaient déjà les chansons ou les as-tu approchés pour écrire quelque chose?
Ce sont toutes les chansons qui étaient écrites pour le projet, soit on se parlait au téléphone et j’écrivais une scène, soit je leur envoyais quelque chose. Chaque artiste était vraiment choisi pour peindre des scènes spécifiques. Par exemple, je pensais à Katrine Noël parce qu’elle a une façon de dire les choses plus directe que moi. Elle m’a permis de m’exprimer autrement, un peu comme sortir de ma zone de confort. Ça a vraiment été un processus hyper-magique et transformateur.
Le titre vient d’une traduction du mot abénakis «Yamaska» et le Mont Yamaska est aussi une grande inspiration pour toi. Quelle a été la signification de cet endroit?
En fait, mon ancien amoureux habitait près du Mont Yamaska et moi, près du Mont Royal. C’est comme si, à travers le processus créatif de l’album, je voyais au loin cette montagne-là. Il est resté mon focus et est devenu un symbole de l’histoire de l’album. Au cours de mes recherches, j’ai réalisé que Yamaska voulait dire la montagne en forme de maison et ça m’a paru tellement juste. C’est exactement ça, cette rencontre-là et cette espèce de sentiment qu’on retrouve dans les yeux des autres. C’est quelque chose d’aussi rassurant qu’une maison. Quand j’ai lu ça, c’était clair pour moi que ce serait le titre de l’album.
C’est intéressant! J’aurais pensé que cette idée était venue au début du projet.
Même pas. C’est arrivé à la fin du processus, comme si inconsciemment je voyais cette montagne toujours au loin. C’est vraiment à la fin du parcours que je suis tombé sur ce truc-là. En fait, l’album était appelé longtemps La traversée et je l’ai changé à la dernière minute.
As-tu des anecdotes que tu pourrais partager concernant les artistes sur l’album? Est-ce que toutes les chansons étaient enregistrées de la même manière ou est-ce que les processus ont varié?
C’était un projet de quatre ans. Je ne savais pas qu’il durerait aussi longtemps, mais j’aime travailler dans la lenteur. Il y avait eu deux grosses sessions de studio qu’on a fait au Studio Wild et une autre à Lost River. On s’est retrouvé là avec deux équipes différentes. Il y avait des membres qui restaient (Olivier Fairfield, Mishka Stein, et Mathieu Parisien), sinon il y avait des musiciens qui étaient un peu interchangés. Donc, on a fait deux grosses sessions comme ça, puis le reste a été enregistré à Montréal.
Le Loup, écrit par Philippe B, est un duo avec Gab Bouchard et sa voix intensifie la douceur. Quel est ton rapport musical avec Gab? Tu travailles comme choriste pour lui, oui?
Oui, exact, mais en fait Gab et moi, on ne se connaissait pas. C’était grâce à Olivier Langevin, qui a réalisé ses albums. On s’est parlé, et à un moment donné je me suis retrouvée à un festival, un show de Mon Doux Seigneur, et Gab était là. Je suis allée le voir et j’étais comme «excuse-moi, on se connait pas, mais je travaille sur un projet d’album.» Au début, je l’ai approché pour écrire une chanson, mais finalement la chanson n’est pas arrivée. Quand Philippe B a su que Gab faisait partie des musiciens pour l’album, il avait Gab en tête quand il a composé Le Loup. Finalement, sa voix fonctionne tellement bien.
En ce qui concerne les chansons que tu avais écrites, as-tu rencontré des défis ou est-ce que l’écriture te vient naturellement? Tu as dit que c’était la première fois que tu écrivais.
Je dirais que La simple traversée et Revenir étaient assez simples pour moi. Celle qui était plus difficile était Demain, parce que la musique est de Mishka Stein, donc la musique avait été déjà composée et il fallait que j’intègre le texte. J’ai trouvé ça vraiment difficile et, parfois, j’avais l’impression d’entrer un rond dans un carré. Cela m’a pris beaucoup de temps, mais je suis contente du texte. J’étais contente aussi de faire l’exercice parce que d’habitude je suis plus instinctive dans mon écriture.
Quand tu chantes, vois-tu une différence entre les chansons que tu as écrites et celles que tu interprètes des autres?
Non, pas vraiment. C’est une bonne question, mais c’est assez incroyable comment les collaborateurs sont vraiment capables de faire quelque chose qui fonctionne. Je n’ai pas l’impression que je dois m’adapter à chanter les chansons des autres.
Finalement, as-tu des projets à venir? Est-ce que ton projet solo va continuer?
J’aimerais ça, mais pas tout de suite. Je suis tellement sûr de celui-là que j’ai envie de continuer à le partager. Assurément, si je fais un deuxième album, j’aimerais que ce soit le même type de projet. Je vais continuer à écrire et à collaborer. Pour moi, c’est vraiment deux choses différentes, mais hyper-nourrissantes.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

