Le 30 avril dernier, à la Salle Michelle-Rossignol du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, Michel Rivard dévoilait Après on va où?, un théâtre musical en solitaire qui confirme la place singulière qu’occupe l’auteur-compositeur-interprète dans le paysage artistique québécois.
Quelque part entre le récital, le monologue et la confession poétique, ce spectacle intimiste aborde de front les grandes questions — la vie, la mort, le temps qui file — avec une tendresse désarmante et un humour qui désamorce toute lourdeur.
Six ans après Les origines de mes espèces, Michel Rivard retrouve ses complices Alexia Bürger à la dramaturgie et Marie-Thérèse Fortin à la mise en scène, pour poursuivre son exploration du théâtre musical. Le résultat est une œuvre d’une cohérence remarquable, où la parole et la chanson s’entrelacent sans couture apparente.
Un homme, un magnolia, mille questions
Le dispositif scénique est d’une simplicité trompeuse : une salle d’attente aux allures banales, un banc, un homme de 74 ans — « l’homme qui me ressemble », précise l’artiste avec une pudeur malicieuse. Accompagné de trois musiciens discrets mais essentiels, – François Richard aux claviers et à la direction musicale, Guillaume Bourque aux cuivres, Blanche Baillargeon aux chœurs et à la contrebasse -, il déambule d’une pensée à l’autre, guitare à la main, nous entraînant dans le fil de ses questionnements existentiels.
Le spectacle s’articule autour des deux semaines symboliques de la floraison du magnolia qui illumine la fenêtre de sa chambre. Entre un rendez-vous médical et le choix d’une urne dans un catalogue — scène à la fois grinçante et bouleversante —, entre un premier amour ressuscité par la mémoire et une marche en forêt avec son petit-fils de 7 ans, Michel Rivard tisse une toile où chaque fragment de vie résonne avec les autres.
La quête du « plus-grand-que-soi » traverse l’œuvre sans jamais verser dans le prêchi-prêcha. Le grand poète qu’est Michel Rivard ne prétend pas détenir de réponses ; il pose des questions, creuse ses doutes, confronte ses certitudes avec une honnêteté qui touche droit au cœur.



Un accueil largement favorable
Depuis sa première, une constante se dégage: le spectacle Après on va où? trouve un équilibre rare entre profondeur et accessibilité. Michel Rivard aborde des thèmes lourds — la fin de vie, la mémoire, le legs — avec une retenue qui évite toute lourdeur inutile.
Ce qui retient particulièrement l’attention, c’est la sobriété du dispositif. La mise en scène de Marie-Thérèse Fortin ne cherche jamais à surcharger le propos. Elle accompagne plutôt le texte, lui laisse de l’espace, ce qui permet aux silences de jouer un rôle aussi éloquent que les mots eux-mêmes. Cette économie de moyens devient ici une véritable force.
Sur le plan de l’écriture, le constat est tout aussi clair : Michel Rivard livre un matériau d’une grande précision. Les passages parlés comme les chansons s’inscrivent dans une continuité fluide, sans rupture artificielle. Tout semble à sa place, sans effet superflu. Les musiciens, discrets mais essentiels, participent pleinement à cette cohérence en soutenant la parole sans jamais prendre le dessus.
Certains y verront peut-être une œuvre de bilan — une lecture qui plane sans s’imposer. Mais ce qui ressort davantage, c’est la capacité du spectacle à toucher juste, en partant d’un récit profondément personnel pour rejoindre quelque chose de plus large. Après on va où? ne cherche pas à conclure, encore moins à trancher : il ouvre plutôt un espace de réflexion, délicat et habité, où chacun peut reconnaître un fragment de soi.



Le spectacle Après on va où? est présenté au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 9 mai 2026 et la tournée se poursuivra ensuite partout au Québec. Billets: https://www.michelrivard.ca/spectacles.html
- Textes, chansons et interprétation : Michel Rivard
- Mise en scène : Marie-Thérèse Fortin
- Musique sur scène : Blanche Baillargeon, Guillaume Bourque et François Richard
- Dramaturgie : Alexia Bürger
- Scénographie : Jonas Veroff Bouchard
- Lumière : Julie Basse
- Direction musicale : François Richard
- Vidéo : Eliot Laprise
- Costumes : Cynthia St-Gelais

Josée Laberge | Journaliste
Passionnée de musique depuis son jeune âge et ayant une formation de pianiste, Josée a des goûts musicaux très éclectiques. Dévorant la culture sous toutes ses formes, elle adore assister à des spectacles ou événements de tous genres, afin de partager sa passion pour la richesse de la culture québécoise et de ses nombreux artistes talentueux.

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Valérie Remise
