Originaire de Buenos Aires, en Argentine, la chorégraphe Diana Szeinblum travaille les corps comme une histoire, comme un recueil des passions et des découvertes de leur générosité. Adentro!, littéralement « au-dedans », ou mieux encore « à l’intérieur », invite à entrer dans la danse, à la ressentir et à la redonner.
Le spectacle commence avec un court métrage qui semble d’époque, où un jeune danseur en vêtements usés s’exécute seul sur une terre sablonneuse devant des spectateurs rassemblés au soleil sur une place publique. Est-ce dans la pampa des travailleurs qui a vu naître le tango et d’autres danses de ce pays lointain ? Le garçon est agile, s’exprime librement avec élégance. Il semble inventer ses mouvements à mesure, avec tant de grâce qu’il est rejoint par une femme du pays, peut-être sa mère ou sa voisine. S’amorce alors un duo improbable où chaque pas illustre la joie intérieure. La danse est riche et vivante, le folklore réunit et harmonise les vies de tout un chacun.
Viennent ensuite les trois danseurs qui s’avancent sur un sol immaculé, arborant des postures imaginées avec force, le torse bombé, presque arrogant. La seule femme suit les moments machistes… elle a même une barbe postiche qu’elle portera à la perfection pour se fondre un moment dans ce trio festif. Les mouvements s’enchaînent ; on y voit des attitudes de citadins, des doigts qui claquent à l’unisson, souvenir de castagnettes ? Le triangle fonctionne en harmonie et en découvertes. On aura aussi des talons lancés vers le ciel et des voltiges périlleuses qui retombent habilement sur les chevilles ! Un sentiment de passage de la tradition des rythmes connus à l’exploration des figures possibles du corps. Que de travail ! La musique d’Alex Krigier accompagne le rythme des corps en mouvement. Les mains tambourinent sur les thorax devenus caisses de résonance pour surprendre les amis et les entraîner vers d’autres gestes passionnants à découvrir.



Le rythme s’accélère enfin pour des prouesses acrobatiques inédites. Les trois interprètes sont athlétiques et inventifs. Bárbara Hang, Pablo Castronovo et Andrés Molina conjuguent leur talent d’interprètes et de chorégraphes, ce qui active véritablement la symbiose. On a l’impression de mieux les connaître à la fin, car leur exploration a impulsé nos propres possibilités de mouvement, de vie et de joie.
À voir pour la symbiose de ce trio innovateur, présenté les 29, 30 et 31 mai dans le cadre du Festival TransAmériques (FTA).

Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Jazmin Tesone
