Avec Macbeth, présenté du 29 mai au 7 juin 2026 à la TOHU, les finissant·e·s de l’École nationale de cirque transforment la célèbre tragédie de Shakespeare en un spectacle électrisant où prouesses physiques, humour et noirceur cohabitent avec une remarquable cohérence.
Les 22 interprètes de la cohorte 2026, guidé·e·s par leur metteur en piste Alex Trahan, portent à la scène l’histoire de Macbeth, un soldat qui croise trois sorcières lui annonçant une prophétie selon laquelle il deviendra roi. Dès lors, il s’engage dans une spirale d’ambition et de violence qui le mènera vers l’irréparable.
Bien que transposé dans l’univers du cirque, le spectacle rend un bel hommage au théâtre shakespearien. La scène circulaire entourée de gradins de la TOHU évoque d’ailleurs les théâtres emblématiques de l’ère élisabéthaine, notamment le célèbre Globe. À l’époque, l’expérience théâtrale ressemblait davantage à celle proposée ici qu’à celle des salles de spectacle contemporaines : le public mangeait, buvait, huait les méchants, applaudissait les héros et interpellait directement les comédiens. Cette énergie se retrouve dans la manière dont les artistes surgissent des gradins, interpellent la foule, encouragent les réactions du public et l’invitent régulièrement à participer. Agissant parfois comme maîtres de cérémonie, parfois comme animateurs de foule, les personnages créent une proximité qui contribue grandement à l’ambiance festive et survoltée de la représentation.
Photos de Macbeth – Partie 1 de 3










Une narration portée par les disciplines circassiennes
Le spectacle s’ouvre sur une scène apparemment dépouillée. Pourtant, les disciplines circassiennes s’y succèdent avec une remarquable fluidité, renouvelant constamment l’effet de surprise. Les accessoires se multiplient et les tableaux s’enchaînent sans temps mort, passant du mât chinois à la planche coréenne, des sangles aériennes à la roue Cyr, de l’antipodisme au trapèze ballant, pour n’en nommer que quelques-uns.
À l’exception de quelques éléments scénographiques, le décor demeure volontairement sobre. Dans ce récit qui traverse plusieurs lieux — champs de bataille, chambres royales ou forêts inquiétantes — cette simplicité laisse toute la place à l’imaginaire tout en mettant en valeur le travail des interprètes. La diversité des disciplines présentées témoigne de la polyvalence impressionnante des finissant·e·s, qui brillent autant dans les chorégraphies de groupe signées Natacha Filiatrault que dans leurs spécialités respectives.
Au-delà de la démonstration de la virtuosité des interprètes, l’intégration des disciplines à la narration est judicieuse : les sorcières apparaissent suspendues dans les airs grâce aux sangles aériennes, renforçant leur caractère surnaturel ; la poursuite de Banquo et de son fils par les assassins de Macbeth est transposée à bicyclette et en monocycle, évoquant la séquence équestre de la pièce originale ; tandis que l’affrontement final prend vie à travers la planche coréenne, dont les mouvements de bascule traduisent efficacement la confrontation des deux camps lors de cette ultime bataille.
Photos de Macbeth – Partie 2 de 3
















Une tragédie qui sait aussi faire rire
L’ambiance électrisante de la soirée est également portée par un univers sonore énergique qui oscille entre des sonorités rappelant le dubstep, des remix de morceaux connus et de la musique interprétée en direct par les artistes. Des voix préenregistrées, auxquelles sont ajoutés divers effets sonores, évoquent la présence des sorcières ou des fantômes. Les interventions au microphone soutiennent efficacement la compréhension des tableaux. Elles contribuent tantôt à clarifier l’action, tantôt à injecter une dose d’humour.
Bien que Macbeth mette en scène meurtres, suicide, folie et ambition destructrice, le spectacle ne se complaît jamais dans la noirceur. De nombreuses ruptures comiques et des gestes clownesques viennent régulièrement alléger l’atmosphère. Cette alternance entre tragédie et dérision crée un équilibre efficace qui rend l’expérience aussi divertissante que troublante.
Photos de Macbeth – Partie 3 de 3
















Avant qu’ils et elles ne prennent officiellement leur envol, saluons le travail de Metztli Albalat Alfaro, Alex Aufderklamm, Pauline Bonard, Batistin Boulai, Billy Cholewka, Aidan Cretarolo, Glenn Doyle, Zora Eichenberger, Philippe Gaglione, Ethan Hinshelwood, Solène Haefeli, Jade Hilles, Anna Layne, Frédéric Lauzon-Schnittka, Eva Louise Rhinelander, Raphaëlle Pelletier, Scott Raison, Adrianna Rodrigues, Léonie Salcines, Martina Salza, Nathan Schneider et Gilles Thuégaz.
Photos de Préambule














Collaborateur spécial : Journaliste

Benoit Leroux | Photographe
Grand consommateur de culture, Benoit Z. s’intéresse à beaucoup de disciplines. Le monde circassien est son principal terrain de jeu. Toujours curieux, ouvert et la caméra prête.
Journaliste : Nori Vaillancourt
