Quarante ans après sa dernière présentation, Un reel ben beau, ben triste revient sur les planches. La pièce coup de poing de la dramaturge abitibienne Jeanne-Mance Delisle a cette fois été mise en scène par Marc Béland. À l’affiche du Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 28 octobre, cette nouvelle mouture est cependant source de bien des malaises.
Une grande misère
La pièce est campée à Barraute, en Abitibi, dans les années 1950. Tonio Morin règne en tyran sur sa femme et ses filles. Il boit ses chèques de paye, prive sa famille de nourriture et entretient une relation incestueuse avec sa fille Pierrette. Son fils Gérald, surnommé Ti-fou par son entourage, calque les paroles de son père. En l’absence de Tonio, l’oncle Camille rend visite aux femmes de la maison et les convainc de faire arrêter le patriarche pour « refus de pourvoir à ses dépendants ». Ce qui devait être une délivrance amplifiera plutôt les malheurs des filles Morin.
Traumavertissement
Tant dans le programme, que sur le site Web ou dans la salle, on avertit les spectateurs que certains mots ou expressions pourraient les choquer. On y écrit que l’équipe artistique a pris la décision de conserver le texte tel quel puisqu’il est le reflet de la réalité de l’époque et du lieu mis de l’avant dans la pièce.
On peut aisément concevoir que chaque époque et chaque milieu ont un vocabulaire qui leur sont propres. Il est toutefois plus difficile de comprendre la façon dont on a choisi qu’il serait livré. Le père crie plus grande partie de son texte et les filles ricanent aux moments les plus inopportuns.
Une réception tiède
Marc Béland s’est entouré d’une distribution de choix. Frédéric Boivin, malgré sa stature moins imposante, parvient à incarner Tonio Morin de façon convaincante. Nathalie Malette transpire tout le désespoir et la résignation de Laurette. Christophe Payeur s’efface pour laisser toute la place à Ti-fou.
Malgré ces performances notables, le public a réservé un accueil timide à la version 2023 d’Un reel ben beau, ben triste. Le soir de la première, le malaise des spectateurs était palpable au moment de la tombée du rideau.
Un reel ben beau, ben triste
Texte : Jeanne-Mance Delisle
Mise en scène : Marc Béland
Distribution : Frédéric Boivin, Nathalie Mallette, Ève Duranceau, Jimmy Jean, Sarah Laurendeau, Jean-Sébastien Lavoie, Gabrielle Lessard, Benoît Mauffette, Christophe Payeur.
Texte : Nancie Boulay
Crédit photo : Ève B. Lavoie
