Le 4 juin 2026, dans la piscine du Centre sportif de l’UQAM, Dana Michel présentait You cannot can dans le cadre du Festival TransAmériques. Cette performance singulière explore la peur de l’eau, l’apprentissage de la natation et les barrières sociales à travers un langage mêlant mouvement, sons et installation.
Avoir peur de l’eau est une chose. Que ce soit à la suite d’un événement traumatique, d’un trouble d’apprentissage ou encore d’une véritable phobie des profondeurs aquatiques, on reste pantois devant cette performance artistique, sorte d’hybride entre danse et vocalise. On réalise rapidement que c’est une réflexion alambiquée sur l’accès à l’apprentissage de la natation en piscine, ce qui serait un indicateur de richesse, de classe ou d’un système social sclérosé.
L’endroit de cette performance est inévitablement chaud et humide. La piscine du Centre sportif de l’UQAM est au troisième sous-sol et les spectateurs sont complices, car il y a plusieurs consignes à respecter. On est tous fébriles et bon public. Le FTA reste un lieu de découverte et d’expérimentation hors du commun. La lenteur du déroulement peut être magnétisante et fascinante, car les mystères sont nombreux dans cette approche. La scène, c’est une salle d’eau, une piscine immense; les gens sont dispersés autour du bassin. Dana Michel possède un corps de déesse, sportive, sculptée par la danse et les étirements. Elle est vêtue d’un maillot de latex seyant, couleur marron, qui semble inconfortable tellement elle le réajuste sans cesse, ce qui résonne étrangement dans la salle silencieuse. Elle porte aussi des bas en dentelle blanche sur ses grandes jambes noires effilées. Coiffée de deux perruques et d’une casquette, elle semble vouloir se dissimuler sous un costume, la gêne ou la honte ?


Beaucoup de temps se passe sur le bord de la piscine. Elle grapille des oripeaux, s’arrose le corps avec un boyau d’arrosage et se met littéralement les pieds dans un immense chaudron en inox ! Elle hésite à agir, elle émet des sons incompréhensibles, mystérieux. À un moment, elle fait jouer un vinyle de sons ambiants, vibrations de machineries assourdissantes, mi-soupirs de désarroi…
En conséquence, on attend que l’action s’enchaîne. Bref, à quel moment décidera-t-elle d’entrer dans cet élément aqueux qui, visiblement, la révulse ? On dira que les 60 minutes du spectacle sont une sorte d’épreuve pour nous aussi… Elle finit par se laisser couler dans le bassin comme un petit canard, mais toujours dans l’hésitation. Balbutiements, instruments de flottaison nombreux, on a de la difficulté à comprendre et à voir le détail; peut-être que c’est sans importance finalement. On vit sa crainte et son apprentissage de l’eau douce en direct.


You cannot can: un défi pour l’artiste et pour le spectateur ! Au FTA du 3 au 7 juin.

Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : bozzo_courtesy of Kinosaki International Arts Center _ Toyooka City
