Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre Métropolitain ont lancé leur saison 2026-2027 en grand, le dimanche 20 septembre à la Maison symphonique, avec Yannick dirige Les Planètes, un concert placé sous le signe du ciel et des étoiles. De la fascinante création de la compositrice anichinabée Barbara Assiginaak jusqu’aux monumentales Planètes de Gustav Holst, nous avons assisté à un véritable voyage cosmique. Entre les deux, le remarquable Antoine Tamestit a fait étalage de toute sa virtuosité dans le Concerto pour alto de William Walton.
Le ciel selon Barbara Assiginaak
Il fallait une œuvre capable d’ouvrir les portes de cet univers céleste avant de partir à la conquête des planètes. Fidèle à une tradition instaurée par l’Orchestre Métropolitain, la saison s’est ouverte sur les premières notes d’une compositrice issue des Premières Nations. L’Anichinabée Barbara Assiginaak présentait en première mondiale Shpiming Nangokaa (Haut dans le ciel, il y a beaucoup d’étoiles), une création commandée par l’OM.
Évocatrice et atmosphérique, l’œuvre mise davantage sur les textures et les couleurs que sur une mélodie immédiatement identifiable. Bois, cordes, percussions et harpe façonnent un paysage sonore où nature et cosmos finissent par se confondre. L’utilisation parfois inhabituelle des instruments — jusqu’aux mains frottées sur les cordes de la harpe — accentue cette impression de pénétrer dans un territoire inconnu.
Une musique contemporaine, certes, mais suffisamment évocatrice pour être immédiatement accessible. Surtout, Shpiming Nangokaa trouvait parfaitement sa place dans ce programme : avant que Holst ne donne une personnalité à chacune de ses planètes, Barbara Assiginaak nous invitait d’abord à lever les yeux vers le ciel.
Tamestit, virtuose indiscutable
Changement complet d’univers avec le Concerto pour alto de William Walton et l’arrivée d’Antoine Tamestit. Difficile de remettre en question les qualités du soliste français. Antoine Tamestit possède une maîtrise exceptionnelle de son instrument et une capacité remarquable à en exploiter toute la palette expressive. Sous son archet, l’alto peut se montrer chaleureux, sombre, mélancolique ou éclatant, sans jamais perdre cette richesse de son qui le distingue du violon.
Derrière la virtuosité se trouve un musicien attentif aux nuances et au dialogue avec l’orchestre, particulièrement à l’aise dans le caractère tantôt lyrique, tantôt introspectif du concerto de Walton. La réserve se situe donc ailleurs : dans le choix de l’œuvre elle-même au sein de ce programme. Après l’univers céleste si bien installé par Assiginaak et avant le gigantesque voyage interplanétaire de Holst, Walton semble nous ramener momentanément sur terre. Aussi admirablement interprété soit-il, son concerto s’inscrit moins naturellement dans le concept qui semblait vouloir unir les deux autres œuvres.
L’altiste de grand talent a conclu sa prestation par un moment d’une tout autre intimité avec Flow, My Tears de John Dowland, accompagné par la harpiste Robin Best. Une parenthèse délicate avant que la Maison symphonique ne change complètement de dimension.


Prodigieuses Planètes !
Après l’entracte, quelques mesures auront suffi. Avec le rythme obstiné de Mars, celle qui apporte la guerre, Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre Métropolitain nous propulsent brutalement dans l’univers de Gustav Holst. Et cette fois, le voyage est autant physique que musical.
La puissance de l’orchestre frappe de plein fouet. Les percussions grondent, les cuivres rugissent, les cordes martèlent cette marche inexorable qui avance sans jamais relâcher son emprise. Dans l’acoustique généreuse de la Maison symphonique, Mars prend des proportions gigantesques.
C’est précisément dans une œuvre comme celle-ci que l’expérience du concert prend tout son sens. On peut connaître Les Planètes par cœur, les avoir entendues des dizaines de fois sur disque : rien ne remplace la sensation d’une telle masse orchestrale déployée devant soi.
Sept mondes, sept caractères
Mais la réussite de cette interprétation ne tient pas seulement à sa puissance. Après la violence de Mars, Vénus installe presque instantanément un climat de sérénité. L’orchestre respire autrement, les couleurs s’adoucissent et le maestro démontre toute sa capacité à transformer la personnalité de l’ensemble d’un mouvement à l’autre.
Mercure retrouve la vivacité et la légèreté avant l’arrivée de l’un des moments les plus attendus : Jupiter, celle qui apporte la gaieté. Ici, l’OM rayonne. Le célèbre thème central se déploie avec ampleur sans sombrer dans une solennité excessive. Le chef conserve le mouvement et l’élan de la musique. Cuivres, cordes et percussions participent à cette formidable montée qui donne à Jupiter son caractère jubilatoire.
Puis vient Saturne. L’atmosphère s’assombrit. La musique avance lentement, presque inexorablement, évoquant ce temps qui passe et auquel personne n’échappe. Après l’exubérance de Jupiter, le contraste est saisissant.
Avec Uranus, la magicienne, l’orchestre retrouve ensuite son côté théâtral, spectaculaire et presque malicieux. Chaque planète possède ainsi sa propre personnalité, et Yannick Nézet-Séguin prend manifestement plaisir à accentuer ces contrastes plutôt qu’à rechercher une uniformité d’ensemble.
Aux confins de l’univers
Puis arrive Neptune, la mystique. Après toute cette démesure orchestrale, Holst choisit de terminer son voyage non pas dans une gigantesque explosion, mais dans le mystère.
Les voix féminines du Chœur Métropolitain, placées hors scène, semblent provenir d’un ailleurs impossible à situer. Peu à peu, elles s’éloignent, s’effacent et finissent presque par se confondre avec le silence. Un moment suspendu.
C’est peut-être là que l’on mesure pleinement la réussite de cette interprétation. Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre Métropolitain n’ont pas simplement joué Les Planètes avec puissance : ils ont donné à chacun de ces sept mondes une couleur, une personnalité et une atmosphère distinctes.
L’orchestre s’est montré tour à tour féroce, délicat, lumineux, inquiétant, jubilatoire et mystérieux. Les différents pupitres ont été sollicités jusque dans leurs retranchements, avec une mention particulière pour les cuivres et les percussions, absolument spectaculaires.


Monumentalement prodigieuses !
Voilà finalement les mots qui résument le mieux ces Planètes. Une œuvre gigantesque portée par un orchestre en pleine possession de ses moyens et par un Yannick Nézet-Séguin qui, le temps d’une cinquantaine de minutes, nous aura véritablement fait quitter la Terre.
Et lorsque les dernières voix de Neptune se sont finalement perdues quelque part dans l’immensité de la Maison symphonique, il ne restait plus qu’à revenir doucement sur terre.
PROGRAMME :
- ASSIGINAAK – Shpiming Nangokaa (première mondiale, commande de l’OM)
- WALTON – Concerto pour alto
- HOLST – Les Planètes
DÉTAILS :
· Interprétation de l’Orchestre Métropolitain
· Chef d’orchestre : Yannick Nézet-Séguin
· Alto : Antoine Tamestit
· Chœur Métropolitain : préparé par Julie Dufresne & Pierre Tourville
· Production/Diffusion : Orchestre Métropolitain (OM)
· Sources : OM & Place des Arts

Josée Laberge | Journaliste
Passionnée de musique depuis son jeune âge et ayant une formation de pianiste, Josée a des goûts musicaux très éclectiques. Dévorant la culture sous toutes ses formes, elle adore assister à des spectacles ou événements de tous genres, afin de partager sa passion pour la richesse de la culture québécoise et de ses nombreux artistes talentueux.

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Crédit Photos : François Goupil
