Le nouvel EP de vice E roi, Pour les gens tristes et gentils (sorti en juillet), est un disque idéal à écouter pour souligner l’arrivée de l’automne. Il est rempli de noirceur et de magie, dans les synthés qui scintillent et qui augmentent avec drame ainsi que dans le thème récurrent de résilience.
«Je sais qui je suis / Je vais me battre comme un gentil» va le refrain de la première chanson, tandis que Rocky affirme que «J’suis le dernier dans l’équipe / Le moins fort dans le gym / Le dernier des plus forts / C’est écrit sur mon corps» L’imagerie des épées et d’agression est équilibrée avec un sentiment de faiblesse, ce qui rend le concept et la théâtralité plus amusante. Pendant les moments difficiles dans notre vie, on peut nous regarder comme des personnages fictifs et tout de suite le quotidien peut apparaître plus léger. Dans la chanson Sortir du lit, la motivation pour vaincre la déprime est projetée avec une énergie intense, mais toujours avec du confort dans les paroles. Ce n’est jamais game over, ils suggèrent. Tu n’es jamais seul.e!
Au festival St-Roch XP, à Québec (du 5 au 7 septembre), vice R roi, formé de Jayana Auger et Guillaume Lessard, ont joué deux spectacles. Un était dans une épicerie et l’autre à l’extérieur quand il faisait noir. Le deuxième était parfait pour introduire leur EP et leur musique pour ceux qui ne la connaissaient pas. Sur scène, ils dansaient et, parfois, faisaient semblant de se battre d’une manière ludique. Ils ont fait bouger le public et, à la fin, Jayana et Guillaume ont quitté la scène en marchant parmi la petite foule, une épée dans la main de Jayana.
On a parlé avec le duo avant la série de spectacles à St-Roch XP pour en savoir plus sur vice E roi et la créativité derrière le projet.
Pourriez-vous nous présenter et présenter vos motivations derrière votre musique?
Jayana: Faire de la musique est plus que la musique, c’est notre vie. C’est un projet multidisciplinaire parce qu’il touche tout ce qu’on aime. Ça nous permet de faire ce qu’on veut comme des vidéos, des photos et des spectacles. Si on n’a pas ça, on ne vivrait pas la vie de rêve qu’on a en ce moment.
Vous avez récemment sorti un nouvel EP, Pour les gens tristes et gentils (26 juillet). L’ambiance de ces chansons est beaucoup plus dramatique que celle de vos deux albums. Comment vos influences ont-elles changé depuis L’enfer chez les autres?
Guillaume: On faisait du folk orchestral depuis assez longtemps et on se disait que ce serait cool d’explorer d’autres avenues.
Jayana: On avait envie que ça bouge plus en spectacle aussi. Donc, c’est pour ça qu’on voulait aller dans la pop au lieu du folk.
Guillaume: De fil en aiguille, notre style a évolué, mais le côté orchestral est resté. C’est quand même un élément central de notre musique.
Il y a un thème de persévérance et d’agression dans les chansons du EP, particulièrement dans Se battre comme un gentil et Rocky. La chanson Pomme Z est aussi une version moderne de Roméo et Juliette. Est-ce que vous voyiez la vie un peu comme un film ou une pièce de fiction, ou est-ce que vous faites de la musique pour échapper à la réalité?
Guillaume: Pour ce projet-là, la musique est beaucoup plus purgatoire dans le sens qu’on a pris des choses qu’on a vécu dans les dernières années. C’est beaucoup plus proche de ce qu’on a vécu par rapport à L’enfer chez les autres qui parle de d’autres personnages. Pour les gens tristes et gentils est plus autobiographique.
Jayana: C’est vraiment une bataille. On se bat, par exemple, contre le temps qui passe et les algorithmes. Je pense qu’être musicien.ne est vraiment une bataille, le fait de continuer et de ne pas avoir la voix dans ta tête qui te dit d’abandonner tout le temps. Au niveau esthétique, on est deux personnes très geek et on avait envie de montrer à 100% qui on est sur ce projet-là. C’est pour ça que c’est plus cinématique et dans le style d’un jeu vidéo.


Avec qui avez-vous travaillé pour la création de cet EP et comment ont-ils influencé le son?
Jayana: On a commencé à faire la maquette et à trouver notre son. Ensuite, on est allés avec Blaise Borboën-Léonard, qui est notre réalisateur et qui a co-réalisé nos arrangements. Il a travaillé notamment avec Lydia Képinski et Simon Léoza dans le passé. Donc, il était vraiment quelqu’un d’important dans le projet pour définir le son. Sinon, il y a plein d’autres personnes avec qui on a travaillé, par exemple dans les cordes et les percussions.
La chanson Sortir du lit parle de la déprime et le fait de la vaincre. Vous avez tous les deux vécu des périodes où c’était difficile de trouver la motivation. Comment cette chanson est-elle née? Est-ce que le processus de création était tellement naturel ou, en partageant vos idées, est-ce que vous étiez comme ah oui, t’as raison?
Jayana: En ce qui concerne les paroles, c’était moi qui les ai écrites. J’étais inspirée par le moment où j’étais vraiment incapable de sortir du lit. Je me suis dit: commence par ouvrir les yeux, ensuite sors une jambe, puis lève-toi. Ça m’a aidé à sortir et je pensais que, si je le mets en chanson, ça pourrait aider d’autres gens aussi. Ce n’est pas un jour à la fois, mais vraiment une chose à la fois.
Guillaume: Pour l’instrumentation, on voulait quelque chose qui punch. On voulait être dramatique, mais pas mélodramatique. Les refrains sont poignants, mais on a quelque chose de plus doux dans les couplets. L’idée était d’avoir un gros synthé dramatique qui arrive.
Jayana: Comme le fait de se réveiller.
Vous venez du Saguenay–Lac-Saint-Jean, mais vous habitez à Montréal. Est-ce que la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean a influencé votre musique et votre écriture?
Jayana: Oui, surtout à la base. La personne qui nous a beaucoup influencés, au début, était Philippe Brach qui vient aussi de la région, avec Gabriel Desjardins qui est le réalisateur de nos deux premiers projets. Les cordes sont importantes pour notre côté orchestral et on a souvent travaillé avec le Conservatoire de musique de Saguenay quand on était au Lac Saint-Jean. Ça reste dans notre ADN, c’est sûr. Au niveau visuel, il y a quelque chose d’épique dans les paysages.
Vous êtes également Youtubeurs et les sujets de vos vidéos sont souvent très typiques de Youtubeurs. Y a-t-il un lien entre la création de ces vidéos et la création de votre musique?
Guillaume: Pas vraiment parce qu’on a commencé notre chaîne YouTube entre deux albums, soit quand la pandémie a commencé et qu’il se passait moins de choses. On a décidé de la lancer parce que c’est quelque chose que l’on consumait et on voulait vivre l’aventure.
Jayana: On a un côté improvisateur qui nous manquait, parce qu’on s’est rencontré dans un cours d’improvisation théâtrale. Le côté YouTube est un bon moyen d’engager avec la communauté d’une manière différente et de parler de choses plus personnelles.
Comment vous sentez-vous de faire partie de St-Roch XP cette année?
Guillaume: C’est la première fois. Donc, on a hâte.
Jayana: On est vraiment contents. C’est vraiment une belle opportunité, surtout parce qu’on vient de sortir notre nouveau son. C’est l’fun de voir que le festival nous fait confiance.
Selon vous, quelle est l’importance d’un festival comme celui-ci pour la musique québécoise?
Guillaume: C’est important parce que c’est accessible au public. Ça peut être compliqué de rendre la musique accessible au Québec donc le fait que le festival soit gratuit est cool.
Est-ce qu’il y aura une différence entre vos deux spectacles?
Jayana: Au niveau du lieu, peut-être. On s’adapte toujours au lieu et aux personnes qui vont être là.
Guillaume: Il y aura peut-être moins d’espace dans le premier, vu qu’on serait dans une épicerie. Le deuxième sera à l’extérieur donc ce sera plus facile. Aussi, ils sont à deux différentes heures de la journée. On sera vêtu en noir et on se sent un peu nu quand on est tout en noir et il fait grand soleil. Le deuxième est vers 19h40 donc ça va être un peu plus facile.
Maintenant que votre EP est sorti, quels sont vos plans ou vos espoirs pour l’avenir?
Jayana: On va jouer encore dans les festivals et on a deux chansons qui vont sortir et il y aura un album l’année prochaine. On va partir en France aussi pour une tournée. Donc, on a plein de shows qui s’en viennent!

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

