Jusqu’au 24 mars, Catherine Vidal et Guillaume Corbeil proposent une version résolument contemporaine d’un grand classique de Tchekhov. Présentée au Théâtre Prospero et campée par une enviable brochette de comédiens, cette adaptation de La Mouette marquera assurément le milieu théâtral québécois.
Si La mouette est encore jouée 126 ans après sa création, c’est que les thèmes qu’elle aborde traversent les époques. Il y est notamment question de tensions générationnelles, de triangle amoureux et du désir naissant, freiné ou rabroué.
Macha (Olivia Palacci) est amoureuse de Kostia (Matthis Savard-Verhoeven), jeune écrivain et fils d’Arkadina (Macha Limonchik), actrice célèbre qui se moque cruellement de lui, sans reconnaître son talent.
Mais Kostia est amoureux fou de Nina (Madeleine Sarr), une jeune comédienne à qui il offre sa première pièce, un manifeste pour un théâtre nouveau.
Or, Nina s’est amourachée de Trigorine (Renaud Lacelle-Bourdon), un homme de lettres renommé, amant d’Arkadina.
Dépoussiérer Tchekhov
Pour démontrer que cette œuvre est toujours d’actualité, les créateurs ont choisi de l’ancrer dans le présent, tant dans le fond que dans la forme. Le texte a subi une cure de rajeunissement sous la plume de Guillaume Corbeil. Les personnages s’expriment en empruntant des expressions québécoises et lisent même le magazine Clin d’œil!
De son côté, Catherine Vidal a déridé la mise en scène en l’abordant de façon moderne et complètement inédite. Les personnages accueillent les spectateurs en les invitant à monter sur scène dans une ambiance de kermesse.
Ce bris du quatrième mur est bien présent tout au long de la pièce alors qu’on s’adresse directement au public, le questionnant ou le prenant à témoin.
Une distribution cinq étoiles
Macha Limonchik est brillante dans les traits de l’actrice narcissique constamment en quête d’attention. Mattis Savard-Verhoeven arrive à nous faire ressentir tout le tournement intérieur de Kostia.
Cela dit, tous les rôles, du plus flamboyant au plus effacé, sont magnifiquement interprétés.
Une réussite sur toute la ligne
Terminons en disant qu’absolument tout est savoureux dans cette proposition.
D’abord, l’accueil des spectateurs dans une ambiance de fête foraine qui met habilement la table pour la suite.
Puis, l’idée de transplanter la pièce dans le présent prouve que l’histoire est indémodable.
Ensuite, cette mise en scène audacieuse fait de cette tragi-comédie une expérience festive.
Et finalement, le travail extraordinaire des comédiens qui achève de rendre cette expérience inoubliable.
La mouette jusqu’au 30 mars à Montréal
Création du Théâtre français du Centre national en coproduction avec le théâtre Prospero et Cœur battant, la pièce La mouette tient l’affiche à Montréal jusqu’au 30 mars.
Tous les soirs au théâtre Prospero affichent complet, mais des supplémentaires ont été ajoutées le samedi 16 mars à 20 h et le dimanche 24 mars à 16 h.
Le spectacle sera également présenté au Théâtre français du Centre national des Arts du 11 au 13 avril 2024.
Texte : Anton Tchekhov
Traduction : André Markowicz, Françoise Morvan
Adaptation : Guillaume Corbeil
Mise en scène : Catherine Vidal
Avec : Simon Beaulé-Bulman, Nathalie Claude, Frédéric Desager, Renaud Lacelle-Bourdon, Macha Limonchik, Igor Ovadis, Olivia Palacci, Daniel Parent, Madeleine Sarr, Mattis savard-Verhoeven
Crédit photo : Maxim Paré Fortin
Texte : Nancie Boulay

