La pièce de théâtre Taverna Miresia était présentée au Festival TransAmériques (FTA) du 29 au 31 mai 2025 à 19h au Théâtre Jean-Duceppe.
Mario Banushi, né en 1998 en Albanie, vit maintenant en Grèce depuis 2004. Il a étudié au Conservatoire d’art dramatique d’Athènes. Sa jeune carrière d’acteur, de metteur en scène et de réalisateur se développe jusqu’ici autour des thèmes comme la ritualisation des souvenirs et des émotions à partir de la création d’images dessinées par son imaginaire.
Dans Taverna Miresia, Mario, Bella, Anastasia, la scène est une véritable salle de bain au carrelage blanc, modeste et parsemée de souvenirs. L’eau coule pour purifier, et l’intimité est un peu contrainte, la nudité est frontale et parfois brutale. Des personnages toujours muets agissent d’abord comme au salon funéraire: il y a en effet un renfoncement dans le plancher dissimulant avec un cadavre sous la terre. L’effet est assez mystérieux comme la veillée au corps d’un défunt. On en sortira de terre un vêtement masculin comme une épitaphe qui sera accroché au mur… Bientôt, après s’être craché de la nourriture au visage, on en catapulte avec véhémence sur le mur, on bascule ensuite dans une frénésie de gestes provocants, de corps dénudés et de gestes intimes comme la tante bourgeoise, portant jarretelles et string, qui urine dans une toilette turque sans pourtant relier les actes avec le but poursuivi.



Banushi ayant vécu la migration vers la culture d’un pays voisin, albanais souvent stigmatisé, la perte d’un père absent est ici le centre du propos. La profondeur de l’argument gagnerait à être articulée au-delà des images provocantes. Malgré les corps qui s’exhibent parfois avec insistance, on reste pantois et surtout peu convaincu. Les protagonistes agissent dans le silence comme s’ils étaient des esprits dans des corps malhabiles ou difformes. Seul le lamento en albanais de la chanteuse nous accompagne dans le parcours ardu des larmes. La nudité et l’irrévérence sont utilisées comme une parure donnant une vérité à l’intime, à la violence ambiguë, à une forme d’autoérotisme, sans toujours atteindre son but. Les femmes sont présentes comme des jalons vers un au-delà de leur forme physique et sensorielle, mais aussi comme des espèces de liens vers le spirituel. On y voit même, nue et couverte de boue, une séquence d’un « derviche tourneur », héritage des soufis pour s’approcher de la connaissance intime de Dieu, main droite vers le ciel et la gauche vers le sol et, ça donne vraiment le tournis, sans pourtant nous émouvoir…
Une expérience pour public aguerri.




Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Theofilos_Tsimas
