Fraîchement nommée marraine de la Société canadienne du cancer (SCC) au Québec, Léane Labrèche-Dor met sa voix au service d’une cause qui la touche profondément. Elle s’est confiée en entrevue le 25 novembre à la Maison Jacques-Cantin.
Comment prends-tu la nouvelle que tu es la marraine de la Société canadienne du cancer ?
Ça va se déployer de différentes façons. Ce n’est pas un mandat précis avec, chaque année, une date et une action définie. Il y a évidemment une présence attendue dans les événements déjà planifiés par la Société canadienne du cancer, comme le Bal de la Jonquille ou le Gala des Grands Chefs, qui sont tous des événements de levée de fonds. Je vais être là et offrir mon apport.
Mais ce sera aussi différent, parce que c’est un mandat qui nous accompagne au quotidien. Chaque fois que je peux parler de la Société canadienne du cancer, chaque fois que je peux mettre en lumière pourquoi on récolte des dons, à quoi ils servent et comment cet argent aide concrètement les personnes atteintes du cancer et leurs proches, ça fait aussi partie de mon rôle. Ce n’est pas seulement d’être présente au Marathon Beneva. Je pense que ça va réellement se déployer toute l’année, dans chaque petite occasion que j’aurai de mettre la lumière sur la cause.
La nouvelle d’aujourd’hui contribuera certainement à accroître la portée de la Société canadienne du cancer…
C’est ce qu’on souhaite. Surtout qu’en ce moment, on entre dans la campagne de financement du temps des Fêtes. C’est sûr que cette nouvelle peut ouvrir un peu la porte et rappeler aux gens qu’il est important de donner. Plus on donne, plus on augmente les chances de vivre un jour dans un monde — on se permet de rêver — sans cancer. Parce que la Société canadienne du cancer repose majoritairement sur les dons pour faire avancer autant la recherche que les services d’hébergement. L’apport des citoyens est incroyable. C’est pour ça que ça s’appelle une société : elle a besoin de la société pour avancer.
C’est important, je pense, qu’on puisse rappeler, à travers les médias, quand se déroulent les campagnes de dons — et ça peut être à l’année. Il n’y a jamais un moment où un don serait refusé parce que ce n’est « pas la bonne campagne ». Mais en ce moment, ça tombe pile avec le début de la campagne des Fêtes. On incite donc les gens à donner pour aider toutes les personnes touchées par le cancer, de près ou de loin, à profiter le plus possible de cette période, qui peut être plus difficile lorsqu’on traverse la maladie.
Isabelle Girard est la directrice, Communications pour le Québec et le Canada francophone de la SCC.


Parle-moi de ton expérience avec le cancer en général, tu as plusieurs proches qui ont été atteints du cancer.
Je pense que cette situation n’est pas particulière à moi. La plupart des gens connaissent une, deux, trois, voire plus de personnes touchées par le cancer. Pour ma part, je pense que la Société canadienne du cancer m’a approchée comme marraine en connaissant mon historique : j’ai perdu ma mère très jeune à cause de cette maladie. Le fait que mon père (Marc Labrèche) soit connu du public a aussi contribué à rendre ce lien logique et pertinent.
Chaque cancer est différent, chaque personne est différente, et chaque expérience est unique. Ce que j’ai vécu à 12-14 ans ne serait pas la même chose aujourd’hui, car il y a eu d’énormes avancées. D’un autre côté, je vois des réalités très différentes chez d’autres proches, comme mon beau-père, à sa quatrième récidive de cancer. Les traitements sont très différents de ceux que ma mère a reçus. Je suis pleine d’espoir : continuer à investir en recherche et améliorer le dépistage précoce augmente considérablement nos chances de succès en tant que société.
J’ai l’impression qu’il y a quand même beaucoup de personnes dans la société qui ont survécu à un cancer. Les chances de rémission sont réelles, même si la maladie peut toujours revenir.
Ce que je constate aujourd’hui, c’est qu’il y a beaucoup plus de gens avec des histoires de succès, et donc beaucoup plus d’espoir. La manière de recevoir un diagnostic a également changé; mes deux grands-pères ont été diagnostiqués en 80 et en 90, et le diagnostic était presque fatal directement. Aujourd’hui, les gens savent qu’ils ont des chances de s’en sortir.
C’est vraiment porteur d’espoir, et c’est grâce à la science. En 2025, j’ai envie de lever mon chapeau à la science et de lui redonner ses lettres de noblesse, car elle est parfois ignorée dans de nombreux domaines. Les chercheurs sont là pour bien faire et trouver des solutions. S’ils ont les moyens et les ambitions nécessaires, ils peuvent réellement parvenir à de grandes avancées. C’est sur cette confiance et cette action collective que je souhaite axer ma participation avec la Société canadienne du cancer, pour contribuer ensemble à un avenir meilleur pour tous.



Avec le fait que ta maman a eu le cancer, avais‑tu des craintes de l’avoir aussi un jour ?
À 100 %. Il y a une part de génétique dans le cancer, donc je me sens peut-être plus à risque que bien du monde. Deux personnes sur cinq sont touchées, c’est presque 50 % de la population. Je vis avec ce stress, mais il est bien moindre que celui que je ressentais quand ma mère venait de mourir, car la réalité d’aujourd’hui n’est plus du tout la même qu’à l’époque. Je ne souhaite à personne que j’aime — proches, moi-même — de traverser ça. Je vois des amis qui sont parents et dont les enfants reçoivent des diagnostics, et c’est un monde complètement bouleversant. J’ai des amis de l’âge où ma mère avait été diagnostiquée, et d’autres plus âgés que lorsqu’elle est morte. Ça relativise vraiment tout.
Mais je vis toujours avec cette peur, et je sais que je ne suis pas la seule. Beaucoup de gens en parlent avec leur psy, disant qu’ils craignent constamment d’avoir un cancer. C’est un mal du siècle, encore l’une des principales causes de mortalité. Ce petit stress est normal, et il me motive encore plus à m’associer à la Société canadienne du cancer.
Présente-nous la Maison Jacques-Cantin que nous venons de visiter …
La Maison Jacques-Cantin. Je n’avais aucune idée que ça existait avant de commencer à discuter avec la Société canadienne du cancer. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai dit oui d’emblée : beaucoup de gens ne savent pas que ça existe, ni tout ce qui est offert, comme la ligne d’écoute d’aide et de conseil, disponible 24 heures sur 24, qui guide les personnes qui viennent de recevoir un diagnostic et ne savent pas par quel bout prendre les choses.
C’est incroyable de voir les bénévoles qui sont là et la Maison elle-même, juste d’avoir pensé à offrir un hébergement pour les gens qui viennent de l’extérieur. Les hôpitaux sont centralisés dans les grandes métropoles, donc quelqu’un qui arrive d’un petit village doit se déplacer. Un traitement n’est jamais une demi-journée : c’est de longue haleine. La maison offre un hébergement à coût très modique, permettant aux personnes atteintes de suivre leurs traitements tout en réduisant le stress financier et logistique.


Vivre avec d’autres résidents qui traversent la même réalité permet aussi de se soutenir et de se comprendre, ce qui n’est pas forcément facile à la maison. Certains réagissent comme ma mère l’a fait à son diagnostic : « je ne veux pas que ça déborde dans ma famille, je ne veux pas que mes enfants subissent les conséquences ». Inévitablement, on en subit, mais ici, entre résidents, on peut se permettre un peu plus de vulnérabilité. Les bénévoles et le personnel prennent en charge tout ce qui entoure les traitements, y compris la nutrition adaptée et les déplacements vers les hôpitaux, ce qui allège considérablement la charge mentale des patients.
Mon rôle de marraine est minime comparé à tout ce personnel. Ce que je peux faire, c’est montrer que la maison existe, mettre en lumière le travail incroyable des équipes et les soutenir financièrement pour qu’elles puissent continuer leur mission. Voir tout ce que la Maison Jacques-Cantin accomplit au quotidien me touche profondément. Si je peux simplement contribuer à faire connaître ce lieu et à aider ces gens à continuer leur travail, ma mission est accomplie.
La Maison Jacques-Cantin, qui depuis 35 ans accueille avec chaleur et à coût abordable les personnes atteintes de cancer et leurs proches devant se déplacer à Montréal pour recevoir des traitements.












J’ai aussi le sentiment que certaines personnes voudront partager leur histoire avec toi, surtout celles qui te suivent déjà.
Ça se peut, mais c’était déjà le cas, parce qu’il y en a plusieurs qui savaient que j’avais vécu ça plus jeune, et certains m’en ont parlé. Ça tombe donc sous le sens. C’est difficile, comme personnalité publique, de faire un choix sur un organisme, parce qu’il n’y en a pas un qui vaut plus qu’un autre. Tous les organismes partent avec le désir sincère d’aider X, Y, Z. Je trouve que le fait d’avoir ce lien avec la maladie, et que les gens le sachent, fait en sorte que tout prend un certain sens. Ça me donne peut-être aussi plus de marge de manœuvre pour être associée à la Société canadienne du cancer. Il y a comme plus de conjonctures qui vont faire en sorte que, peut-être, cela aura un certain impact dans la tête des gens.

Frédéric Lebeuf | Journaliste & Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
