La grande finale de Révolution sera présentée le dimanche 28 juin à 19 h 30 sur TVA et couronnera les danseurs qui auront su se démarquer tout au long de cette saison intense. Lors d’un visionnement de presse de la demi-finale tenu le 17 juin dernier, nous avons rencontré Lydia Bouchard et Vincent Noiseux pour discuter de la compétition, de la demi-finale et de la finale à venir.
Parmi Merry, Morph, Véronique et Laurent et Erismel, qui décrochera l’une des quatre places en grande finale diffusée le 28 juin ? Votez dès maintenant pour votre performance préférée et courez la chance de voir l’artiste ou les artistes récolter la bourse de 1 000 $, offerte par le Toyota bZ 2026 100 % électrique.
Lydia Bouchard
Tu as dit durant la demi-finale que la saison 7 de Révolution te scie en deux. Qu’as-tu pensé de cette nouvelle saison ?
Je pense que le niveau monte d’année en année. On a eu des années très fortes. Je pense qu’on est très riches à chaque fois que les gens ont la générosité de se présenter avec autant de vérité. Ça me scie en deux à chaque fois. Je pense que je suis toujours dans le moment présent de tout ça. À chaque année, je le revis comme si j’étais toute nouvelle. Puis cette année, je trouve qu’il y a quand même un niveau technique et de raffinement exceptionnel.
Parle-moi des quatre finalistes. Qu’est-ce que tu aimes le plus en eux ?
Erismel, c’est un danseur d’une physicalité impressionnante comme j’en ai rarement vu dans ma vie. C’est un athlète, mais il a aussi un niveau d’interprétation rare. C’est quelqu’un qui a une histoire extrêmement inspirante.
Il y a Merryn Kritzinger, qui est une danseuse d’expérience, qui est quand même une doyenne dans le milieu de la danse contemporaine à Montréal. Elle enseigne même à l’École de danse contemporaine de Montréal. Qu’elle soit rendue là dans sa carrière et qu’elle vienne nous visiter, c’est une marque de confiance de sa part et de la communauté aussi. Le fait qu’on ait des gens aussi illustres, c’est assez niche, assez underground quand même. Qu’on ait cette représentation-là, c’est extraordinaire.
Véronique et Laurent sont deux danseurs qui ont performé partout dans le monde, notamment chez Preljocaj, une compagnie illustre. On parle d’un niveau international. Ce sont aussi deux chorégraphes magnifiques. Aucun de ces danseurs de cette trempe-là n’arrive en mode « j’ai déjà tout fait, ce n’est pas si important ». Ils viennent et ils mettent leur trip sur scène avec une vérité qui me scie en deux.
Et puis Morph… est-ce qu’on peut parler de Morph, qui a genre 17 ans ? Il a vécu une mononucléose en début de saison. Je ne sais même pas comment il a fait pour faire ça, mais son talent vient d’une autre vie. Il y en a des comme ça, et lui en est un.
La finale, pour moi, est parfaite. Est-ce que le public est d’accord avec toutes nos décisions cette saison ? Non, et en même temps, je n’espère pas, parce que ça veut dire que vous avez des opinions sur la danse. Tout le monde gagne à avoir des opinions sur la danse. Je pense que plus les gens sont passionnés de Révolution, plus ça devient comme notre hockey : des opinions pointues, beaucoup de passion. Quand je vois les passions s’élever, je trouve ça beau.
Le numéro de Merryn en demi-finale, où elle aborde sa dépendance à l’alcool, t’a visiblement touchée. Qu’est-ce qui t’a le plus rejoint dans ce moment ?
Ce qui me touche, c’est que quelqu’un tolère ça. Merryn est une performeuse extrêmement touchante. Il y a quelque chose dans sa façon de performer qui me touche profondément.
On s’entend, on est dans un show télé de TVA. Prendre son histoire personnelle, quelque chose d’aussi délicat, et choisir de la mettre sur scène à heure de grande écoute. Ce n’est pas rien. Ce n’est pas que cette réalité est honteuse — c’est une maladie à plusieurs égards — mais ça suscite beaucoup de honte. Et elle a choisi de se montrer là-dedans. Pour moi, c’est comme voir la personne à la fin du marathon qui a le pire temps, mais qui se rend à la ligne d’arrivée quand même, sans énergie dans les jambes. C’est quelqu’un qui met tout sur la table. Et Merryn, je pense qu’elle a fait ça ce soir-là.
Oui, il y a des moments de performance où je me dis qu’il y a des états de grâce sur scène. Je pense qu’elle en a vécu un, et je pense qu’on en a vécu un avec elle.
Est-ce qu’il y a un participant non finaliste que tu aurais aimé voir en finale ?
Mon regret de la saison ? C’est un regret qui va m’empêcher de dormir pour toujours. Et ce n’est pas parce que je regrette d’avoir choisi l’autre personne. J’aimerais ça qu’on vive dans un monde où tout le monde est allé en finale. Ce serait Superstarr et Malik. Ils sont extraordinaires, les deux.
Malik a fait quelque chose cette année qui m’a beaucoup impressionnée, dans sa présence et dans son choix de se dépasser profondément humainement. Il aurait pu gagner aussi. Et les gars de Superstarr, j’ai travaillé un peu en coaching avec eux en studio sur Évo. Je suis subjuguée par leur talent. Ils sont extraordinaires. Ils sont tellement jeunes. Je leur souhaite de revenir avec une ouverture et une humilité extraordinaires dans le travail. Je leur souhaite longue vie.





Qu’est-ce que tu regardes en premier lors d’une chorégraphie qui te fait dire que c’est un beau numéro ?
La présence. Je pense qu’à partir du moment où ils partent dans le bas de la passerelle, on sent l’énergie de quelqu’un. Tu sais, les vraies stars, que ce soit dans n’importe quelle sphère, quand tu rentres dans une pièce, l’énergie et la couleur changent, on dirait. Et ça, je pense que ça ne ment pas et que ça ne s’explique pas. Je le sais que ça va être bon quand c’est bon.
Après Révolution, est-ce que vous revoyez les danseurs ?
C’est une bonne question. On revoit toujours pas mal tout le monde parce qu’on vit dans le même milieu. C’est un petit marché. Je connais déjà la majorité des danseurs avant Révolution. Il y en a que j’apprends à connaître, et certains que je suis très contente de pouvoir engager.
La vie continue. Mon objectif, c’est que tous ces gens-là réussissent à vivre de leur art. Et de toute façon, je veux profiter de leur talent. Comme metteur en scène, je serais bien folle de m’en passer. Il y a énormément de gens qu’on revoit, et souvent, on ne parle même pas de Révolution. C’est comme une bulle à part, protégée avec beaucoup de délicatesse et de respect. Les gens sont élégants. Ce qui se passe dans Révo reste dans Révo. C’est une île.
Je pense qu’on a tous une fierté de partager ce moment-là de l’histoire de la danse au Québec. Je ne sais pas combien de temps cette bulle va durer, mais elle a eu un impact. Ce n’est pas toute l’histoire de la danse au Québec, mais c’est un jalon important.
Qu’est-ce que tu dirais aux jeunes qui dansent, peu importe leur aspiration ?
« Danser, sinon nous sommes perdus. » C’est Pina Bausch qui disait ça. Peu importe l’âge, peu importe le corps, moi je suis vraiment le linguine de la danse. Si tout le monde peut cuisiner dans la marmite, tout le monde peut danser et devrait danser.
C’est bon pour les personnes âgées, pour les enfants, pour les ados. C’est un exutoire. C’est bon pour les parents trop occupés qui veulent lâcher leur fou et habiter leur corps. Je ne peux pas prêcher plus pour la danse. Donc je leur souhaite ça.
Vincent Noiseux
Comme c’était tout nouveau pour toi cette année, comment as-tu vécu cette expérience ?
Pour moi, c’était comme un énorme cadeau de revenir ici, au Québec. Même si je suis déménagé à Los Angeles, je reviens régulièrement et je suis demeuré actif dans l’industrie de la danse ici. Mais me retrouver sur le plateau de cette émission de télévision au Québec, assis dans ce fauteuil et voir toute l’étendue du talent, c’était très émouvant.
C’est au Québec que tout a commencé. C’est probablement ici que s’est déroulée la plus grande partie formatrice de ma carrière de danseur. De me reconnecter avec ça, puis de voir des danseurs qui ont ce même désir de se surpasser, ce même désir de dépassement que j’ai eu et que j’ai encore aujourd’hui, c’était très fort.
Même si nous sommes dans des positions différentes sur le plateau — eux sur scène et nous dans nos sièges — cette passion-là est commune et nous la vivons tous très intensément. Ça a été un magnifique cadeau de reconnecter avec ma passion pour la danse, mais d’une nouvelle façon.
Parle-moi des quatre finalistes. Qu’est-ce que tu aimes le plus en eux ?
Honnêtement, je pense qu’on a une finale digne d’un très grand spectacle, pour lequel les gens seraient prêts à payer cher. Le niveau est hallucinant dans Révolution. On a des candidats authentiques, qui nous ont démontré toute la saison à quel point ils sont connectés à leur art et capables de l’utiliser pour transmettre un message.
Morph, je pense que pour beaucoup de gens, a été une surprise incroyable. Il s’est présenté dans le style popping et nous a montré une version de cette danse que les gens n’avaient jamais vue auparavant, nous y compris. À un si jeune âge, démontrer une telle maturité émotionnelle et livrer des performances aussi bouleversantes, c’est exceptionnel. Il mérite pleinement sa place.
Véronique et Laurent, pour moi, c’est le partenariat de rêve. Si j’avais à former un duo, je voudrais qu’il ressemble à ça. C’est d’une fluidité remarquable. Ils sont en parfaite symbiose. On a parfois l’impression qu’ils ne forment qu’un seul corps. Ils partagent probablement une partie de leur cerveau aussi ! Il y a une maturité extraordinaire dans leur travail. Leur expérience professionnelle est évidente, mais ce qui était magnifique, c’était de les voir profiter du moment sans même sembler penser à la « compétition ».
Erismel est le genre de danseur masculin que j’aimerais être. Même en étant moi-même danseur, quand je le regarde, je me dis : « J’aimerais danser comme ça ». Il possède une combinaison rare de force et de délicatesse. Il est tout en puissance, capable d’exécuter des sauts incroyables et d’atterrir avec la légèreté d’un chat. Sa sensibilité est plus subtile que démonstrative, mais c’est précisément ce qui le rend aussi beau à regarder.
Puis Merryn, qui possède une personnalité tellement attachante. Dans la vie de tous les jours, elle est lumineuse. Sur scène, elle devient complètement investie et peut être d’une poésie incroyable dans sa façon de bouger. Elle a une grandeur d’âme exceptionnelle.
Honnêtement, nous avons un top 4 qui dépasse toutes nos attentes dans Révolution. On savait dès le début de la saison qu’on avait énormément de talent, mais ce qu’on va voir en finale, c’est du grand art.
Y a-t-il une histoire personnelle qui t’a particulièrement touché lors de cette demi-finale ?
Il y en a eu plusieurs, pour différentes raisons. Mais celle qui est venue me chercher de la façon la plus personnelle, c’est celle d’Erismel.
Il a quitté Cuba et laissé sa famille derrière lui. On comprend que la réalité là-bas est différente et que davantage d’opportunités s’offraient à lui ici. Pour moi, le contexte était différent lorsque je suis parti, davantage lié à ma carrière, mais le fait de laisser sa famille derrière soi pour poursuivre ses objectifs et évoluer n’est jamais facile. Ça demande beaucoup de sacrifices, énormément de courage, et c’est souvent déchirant.
Quand j’ai vu comment il a illustré ce départ-là, ce regard vers l’arrière tout en avançant vers l’avant, avec cette forme de culpabilité qui l’habite, ça m’a profondément touché. Je me suis revu au moment où j’ai dit au revoir à mes parents, à ma famille et à ma petite filleule, qui a aujourd’hui 18 ans, mais qui n’avait que trois ans à l’époque. Ce n’est pas facile. Alors oui, cette histoire m’a énormément touché.




As-tu eu l’impression d’être le juge le plus « à l’aveugle », puisque Lydia et Mel Charlot étaient déjà bien implantées dans l’univers de Révolution ?
Il y a une partie de ça, oui. Cela dit, ayant travaillé et enseigné ici pendant plusieurs années, il y avait quand même des danseurs que je reconnaissais et que j’avais déjà croisés dans le milieu.
C’est certain que, du point de vue de l’expérience, les filles, qui avaient déjà vécu l’aventure, étaient peut-être un peu mieux préparées mentalement que moi. Mais même elles disaient parfois qu’elles avaient l’impression de vivre ça pour la première fois, même si c’était la septième saison de Lydia et la troisième de Mel. Je pense qu’on se laisse tous prendre au jeu. C’est tellement intense dans le moment présent que même quand on l’a déjà vécu, ça demeure nouveau. L’intensité est tellement surprenante et parfois déstabilisante que je ne sais pas s’il existe réellement une bonne façon de s’y préparer.
Au final, c’était peut-être même mieux pour moi de ne pas avoir d’attentes. C’était parfois déstabilisant, mais d’une très belle façon.
Quand tu regardes une prestation, qu’est-ce qui fait qu’elle se démarque des autres ?
Pour moi, c’est l’authenticité. Je veux voir que le danseur est connecté à ce qu’il fait. Parce que c’est facile, parfois, quand on sort d’une formation où on s’entraîne beaucoup et où on travaille davantage les aspects techniques et l’exécution. Mais quand on se présente sur scène dans le cadre de Révolution, moi, je veux voir que tu es investi aussi au niveau des émotions.
Je veux que ce soit authentique. Je veux sentir cette connexion-là avec soi-même, avec son corps. Ça peut sembler un peu abstrait pour certaines personnes, mais je pense que pour nous, avec l’expérience, l’œil qu’on a développé et tout ce qu’on a vu au fil des années, on est capables de percevoir ça assez rapidement. Et quand cette connexion est présente, ça nous touche automatiquement davantage.
Comment vis-tu l’après-Révolution ?
C’est quand même un retour à la réalité. Dans le milieu de la danse, on vit souvent de très grandes émotions avec énormément d’intensité. Je compare souvent ça à un sport extrême. C’est un véritable rush d’adrénaline. Révolution, pour moi, c’était exactement ça. Après la saison, j’ai eu besoin d’un moment pour retrouver mes repères et revenir les deux pieds sur terre. Mais je le fais avec beaucoup d’inspiration.
Cette expérience m’a énormément nourri. Elle m’a donné envie de danser encore davantage, de créer aussi. On est là pour offrir des commentaires, mais on reçoit tellement de la part de ces danseurs. Aujourd’hui, je prends tout ce bagage-là et je l’utilise pour continuer à créer, à danser et à alimenter cette passion qui m’habite. Je vais avoir 41 ans, mais on ne s’arrête pas. On continue de danser.

Frédéric Lebeuf | Journaliste & Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.

