Après plus de 100 représentations, la comédie musicale Pub Royal a fermé temporairement ses portes au Québec le 18 janvier dernier. En avril prochain, l’équipe retournera en France pour une tournée européenne qui comprend aussi la Suisse et la Belgique avant de s’installer à Trois-Rivières du 28 au 31 mai et ensuite à Montréal du 6 au 10 août ainsi que du 3 au 21 décembre.
Présenté pour la première fois en décembre 2023, Pub Royal raconte l’histoire de Jonathan Doyer, un courtier d’assurance qui se trouve dans un bar après avoir vécu un problème avec sa voiture. Incapable de sortir, lui et les spectateurs sont transportés dans un univers qui est exagéré, mais réaliste à la fois. À travers les chansons des Cowboys Fringants, les personnalités des personnages du pub prennent vie, ce qui fait en sorte qu’on a deux heures d’hommage et de découverte.
On a parlé avec Richard Charest (Jonathan Doyer) et Alexia Gourd (La Catherine) avant leur dernier spectacle au Grand Théâtre de Québec, le 18 janvier, pour en savoir plus sur leur expérience dans la comédie musicale des Cowboys Fringants.
Les sentiments
Ça fait plus d’un an que le Pub Royal a ouvert ses portes. Comment vous sentez-vous, surtout parce qu’aujourd’hui est la dernière date à Québec en 2025?
Richard: Je me sens un peu fébrile parce que je suis né à Québec. C’est ma ville natale, donc c’est vrai que ça me rappelle de beaux souvenirs. J’ai plein de souvenirs d’enfance quand j’ai des spectacles ici. Il ne reste qu’un spectacle à donner avant de partir en France en avril, donc j’ai un mélange d’excitation et de nostalgie.
Alexia: Je dirais que je suis quand même fatiguée parce que c’était une grosse run à Montréal. En même temps, j’ai énormément de gratitude dans mon cœur pour ce show et l’équipe avec qui l’on travaille. C’est vraiment beau d’avoir vu ce show évoluer et grandir. Je suis très touchée de ce qu’on arrive à continuer à construire en équipe.
Quelle est votre relation avec votre personnage maintenant ? Par exemple, vu que vous avez passé beaucoup de temps dans leur peau, est-ce que vous la voyez d’une manière différente?
Richard: Puisque ça fait plus de 100 représentations, on met beaucoup de notre personnalité dans les personnages. On affine notre rapport avec les autres personnages, mais entre moi-même et mon personnage, il y a beaucoup de tendresse qui s’installe. Jonathan a son chemin, il évolue et progresse, donc j’ai l’impression parfois d’être, simplement dit, comme un témoin. C’est très agréable comme sensation.
Alexia: Au début, on a construit ces personnages et on a continué de les construire, pendant un certain temps, pour arriver à ce qu’on a aujourd’hui. Je vois tous les personnages comme des archétypes. Ce qui est vraiment intéressant et le fun dans le fait d’être rendue à autant de représentations, c’est qu’on peut se mettre dans la peau de ces personnages de façon beaucoup plus confortable. Ça nous permet de vraiment être dans le moment présent et dans les réactions des autres. Les personnages sont encore en mouvement à l’intérieur du pub maintenant qu’ils sont intégrés. Ça nous permet de les explorer de plein de façons différentes.


Quel est votre moment préféré du spectacle et est-ce que c’est le cas depuis le début?
Richard: Ohh, il y en a plusieurs.
Alexia: J’ai toujours beaucoup aimé la scène Shooters parce que c’est vraiment rassembleur, quand tout le monde chante et danse. On est tous en contact, les comédiens, les danseurs et les acrobates. J’ai tellement de plaisir à le faire. Aussi, les deux derniers shows, dans le numéro de La Catherine qui s’appelle Pub Royal, il y avait des nouveaux danseurs. J’ai beaucoup de plaisir à redécouvrir ce numéro à travers leurs intentions et leur énergie est touchante
Richard: Je suis d’accord avec Alexia. Il y a aussi La Traversée au début du deuxième acte qui est très très festive. On sent qu’on laisse le public à la fin du premier acte, puis on les récupère tout de suite avec une grosse chanson. C’est très agréable.
Quelles ont été les réactions du public envers vos personnages? Est-ce que leurs perceptions ont changé?
Richard: Comme Alexia a dit, on est comme des archétypes sur scène. Je pense que la réaction du public est aussi en fonction de l’évolution de nos interactions.
Alexia: C’est intéressant aussi que le personnage de Jonathan commence comme l’antihéros et se transforme en héros finalement. C’est vraiment un gros coming of age.
Richard: Il y a un beau lien qui développe. Au début, il a de la méfiance parce qu’il ne sait pas ce qu’il fait au pub. L’état d’esprit du groupe qu’il forme avec les autres membres du pub est touchant.
Alexia: Je pense que La Catherine est un personnage qui me donne énormément de liberté, ce qui est un beau cadeau pour un.e artiste. Je suis toujours reconnaissante. Ce que je trouve intéressant aussi c’est que La Catherine est un personnage qui existe dans les chansons des Cowboys Fringants. La chanson La Catherine n’est pas dans le spectacle, donc le personnage était vraiment écrit autour de cette chanson. La chanson Pub Royal est comme une suite logique. Maintenant, c’est drôle parce que c’est comme si le spectacle créait une association dans la tête du public. Ils voient un lien entre ces deux chansons à travers ce qu’on a brodé dans le spectacle. Je trouve ça vraiment intéressant.
La musique
Pub Royal était présenté pour la première fois pendant une période émotionnelle pour les fans des Cowboys Fringants, à la suite de la mort de Karl Tremblay. Est-ce que la musique des Cowboys Fringants avait déjà une place importante dans votre cœur, même avant de faire partie du spectacle?
Richard: Moi, je serai très honnête. J’ai beaucoup travaillé à l’étranger, depuis le début des années 2000, donc je n’étais pas très familier avec la musique des Cowboys Fringants. Je connaissais quelques chansons incontournables qui passaient beaucoup à la radio, comme Les étoiles filantes. J’ai découvert leur répertoire à l’audition et j’ai instantanément été touché par l’écriture. Ce que je me promets de faire, c’est d’écouter tous leurs albums en ordre. On va avoir une belle pause avant la tournée en France, donc j’aimerais les écouter en continu.
Alexia: Je pense que j’ai eu plusieurs rencontres différentes dans ma vie avec les Cowboys Fringants, mais pour moi la musique est tellement emblématique de l’époque où j’étais à l’école secondaire. L’album Break syndical est sorti et c’était hyperpopulaire. Il jouait systématiquement à la radio étudiante, donc je beaucoup associe Les Cowboys Fringants avec cette période de ma vie, même si je n’étais pas tellement familière avec leur musique. Je ne sais pas non plus si j’avais la maturité de comprendre la richesse des paroles. Comme Richard a dit, j’ai vraiment découvert la musique à travers ce spectacle et j’étais complètement ébahie par le travail de l’écriture et de la musique. C’est extrêmement riche.
Selon vous, quelle est l’importance de Pub Royal dans le contexte de la musique des Cowboys Fringants? Par exemple, je trouve que leur musique a toujours bien représenté le quotidien et il y a toujours les personnages dans les chansons. Cette comédie musicale est un peu comme une exagération de la vie, toutes les choses sont un peu plus excessives et absurdes.
Richard: C’est bien résumé, mais je pense qu’en ce moment ce spectacle est d’autant plus nécessaire parce que c’est difficile de monter la production et d’attirer les gens dans la salle. On a ce grand privilège de faire partie d’un spectacle qui génère beaucoup d’attention. C’est aussi un spectacle qui est au carrefour du théâtre musical, de jeu, de chant, de l’œuvre des Cowboys Fringants et du monde de cirque. C’est large et il y a beaucoup d’enfants dans la salle, même des très jeunes et avec de grands sourires. Je pense que ça remet en perspective certaines chansons des Cowboys Fringants, maintenant qu’on a créé un univers visuel avec les personnages incarnés sur scène.
Alexia: Il y a une grande fierté dans le fait que Pub Royal est un show québécois qui est emblématique d’un groupe, maintenant culte, qui aborde des thèmes de la société québécoise et des valeurs qui nous ressemblent. Je pense que ça prouve qu’on peut faire des productions qui ont du succès et qui fonctionnent.



L’Europe
En avril, vous allez voyager en Europe pour une tournée. D’après vous, quel est le rôle de Pub Royal pour la représentation de la culture québécoise?
Richard: Les Cowboys Fringants sont représentatifs d’une génération et d’une société. Partir en Europe est aussi un grand respect pour le public français, parce qu’on apporte un petit morceau de notre pays. On parle la même langue, donc ça va créer des ponts. J’en suis certain parce qu’il y a déjà une fanbase très grande des Cowboys Fringants en France et je pense que ça va ouvrir un peu plus maintenant que Pub Royal existe et qu’il passe en Europe.
Alexia: Depuis le décès de Karl, Les Cowboys Fringants n’ont pas eu l’occasion d’aller jouer en Europe. Donc, il y a quelque chose de beau dans le fait que Pub Royal nous permet de continuer à faire évoluer la musique au public européen francophone et à rester connectés au groupe. Leur univers continue à vivre.
De quoi avez-vous le plus hâte?
Richard: Je reviens dans un pays où j’ai habité pendant plusieurs années. J’ai tourné beaucoup là-bas avec différents spectacles aussi. C’est une continuation de notre passage en avril dernier à Paris, qui était très révélateur de l’amour que les Français ont envers les Cowboys Fringants. J’ai hâte de redécouvrir ça dans les salles plus grandes. C’est très excitant.
Alexia: On est allés à Paris et on a eu un très bel accueil. Le public était très enthousiaste de façon différente d’ici. Ça a été vraiment le fun et j’ai hâte de retrouver toute cette ambiance. Ce sera une belle aventure.
La Catherine et Jonathan Doyer
Avez-vous une phrase préférée que vous dites pendant le spectacle?
Richard: Ohh, c’est une bonne question. Il y a une phrase dans la chanson Les maisons toutes pareilles que Jonathan interprète pendant le spectacle. Je trouve que la phrase «c’est donc ben plate d’être lucide» a quelque chose qui est venu me chercher. Je ne peux pas l’expliquer exactement, mais c’est très proche de moi. Sinon, il y a le dialogue dans Si la vie vous intéresse, du premier acte, entre Siriso et Jonathan et je trouve que la montée dramatique est belle. C’est agréable à jouer.
Alexia: Comme dans l’introduction de Les maisons toutes pareilles, dans Pub Royal tout le monde peut chanter. Il y a quelque chose de vraiment beau dans le fait qu’on vient tous de milieux différents, mais finalement on travaille tous ensemble dans cette histoire. Dans Pub Royal, on a l’impression que tout est possible dans cet univers-là. À la fin, je dis que le Pub Royal m’a sauvé. On a évolué comme une équipe pendant deux ans et on a tous notre identité, sur la scène et hors la scène. À un moment ou à un autre, Pub Royal a été sauveteur pour nous. C’est un lieu où on se sent confortables et en sécurité. Donc pour moi, cette phrase-là me parle beaucoup.
Est-ce qu’il y a une partie de votre personnage à laquelle vous vous identifiez le plus? Si oui, laquelle?
Richard: J’ai la sensation parfois que je me sens un peu décalé de façon générale dans la vie et dans les situations où il y a plein de gens. Donc, je trouve ça chez Jonathan, ainsi que le petit côté awkward et clumsy. Ça me ressemble pas mal.
Alexia: Pour La Catherine, c’est comme si elle n’avait pas d’âge. Elle a une énergie très jeune et un cœur d’enfant. Cependant, on comprend qu’elle est quelqu’un qui a vécu plusieurs vies lourdes. Je pense qu’être comme quelqu’un qui a plusieurs âges en même temps me ressemble, d’autant plus qu’on crée un personnage. C’est sûr que, malgré tout, il y a des parties de nous qui sont là-dedans.
Si vous pouviez changer une caractéristique de votre personnage, que changeriez-vous?
Alexia: Moi, je ferais plus d’acrobaties pendant le spectacle! Je suis danseuse aussi et j’aime faire de l’acrobatie. Dans le spectacle, j’en fais moins que d’habitude, ce qui était un beau défi en soi.
Richard: Et moi, je chanterai plus de chansons! J’étais à la recherche d’un rôle beaucoup plus joué que chanté. Je suis très reconnaissant, mais la prochaine étape sera de chanter un peu plus.
Spectacles à venir
Zénith, Nantes (fr) – 7 avril
Arkéa Arena, Bordeaux (fr) – 8 avril
Halle Tony Garnier, Lyon (fr) 9 et 10 avril
Zénith, Lille (fr) – 12 avril
Arena, Genève (ch) – 15 avril
Zénith, Strasbourg – 16 avril
Forest National, Bruxelles (be) – 17 avril
Le Dôme – Palais de Sports, Paris (fr) – 18 et 19 avril
Amphithéâtre Cogeco, Trois-Rivières – 28 au 31 mai
Place des Arts, Montréal – 6 au 10 août
Place des Arts, Montréal – 3 au 21 décembre

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

Benoit Leroux | Photographe
Grand consommateur de culture, Benoit Z. s’intéresse à beaucoup de disciplines. Le monde circassien est son principal terrain de jeu. Toujours curieux, ouvert et la caméra prête.
Photos individuelles : Alexia – Crédit : @happy_app1epie / Richard – Crédit : JF Savaria

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