À la programmation de la plupart des festivals de la province cet été, Pelch, la jeune sensation pop québécoise de l’heure a pris quelques instants de sa nouvelle réalité pour en discuter avec nous, après un hiver actif sur les réseaux sociaux.
Tu as passé l’été dans les festivals et ce n’est pas encore terminé ! Comment vis-tu cette première année de festivals ?
Je l’appréhendais un peu, dans le sens où je savais qu’il y avait une énergie spéciale dans les festivals, ce n’est pas comme les spectacles en salle. On a fait une vingtaine de shows cet hiver, c’est vraiment différent, l’énergie est différente. Le monde est sur le party, ils ont le goût d’être là. Ce sont aussi les employés, les bénévoles ; directement quand tu arrives pour faire tes tests de son, tu les rencontres, ils sont excités. Ils ont travaillé pendant des mois pour cet événement-là et ils sont fiers. C’est la même chose quand tu arrives pour jouer… Ma première fois, c’était au FestiVoix. C’était la plus grosse foule que j’avais vue. C’était super bien organisé, super professionnel. Quand je suis arrivé là-bas, j’étais « shaké » de ça. Le public, c’était complètement fou. Les festivals, c’est un mélange de stress, d’excitation, mais c’est vraiment « hot ». C’est une ambiance complètement différente des spectacles que j’ai fait en salle.
Quelle était la capacité moyenne de tes spectacles en salle ?
Ça dépend des salles, je ne connais pas les chiffres exacts, mais entre 100 et 300 personnes. C’était presque tout le temps complet, alors c’est vraiment « hot ». Même si c’est petit, quand c’est rempli, tu as comme une intimité qui est différente. La plupart des gens connaissaient mes chansons, ils n’étaient pas là par hasard, ils chantaient vraiment avec moi. La première fois que j’ai vu des gens chanter avec moi, c’était une expérience en soi. Tsé, j’ai écrit ces chansons-là dans ma chambre, tout seul, et là, je me ramasse… Pow ! Une gang qui chante avec moi. C’est un sentiment spécial quand tu réalises qu’il y a de vraies personnes qui t’écoutent. Sur Spotify, tu vois des chiffres, mais ça ne veut rien dire… Là, tu rencontres quelqu’un, tu parles avec et il te parle de ta chanson et tu te dis OK, il y a vraiment quelqu’un au bout du fil.

De passer de cette intimité-là à des milliers de personnes après, ça doit être spécial ?
C’est comme la prochaine étape. C’est différent, parce que les 200 personnes en salle, disons, je sais qu’elles me connaissent, elles ont acheté des billets et ne sont pas là par hasard. En festival, il y en a qui viennent voir l’artiste avant ou après toi, surtout dans les grosses formules, alors ils ne savent pas qui je suis. L’interaction avec la foule est différente. C’est sûr qu’il y en a qui sont là pour m’écouter aussi, mais tu peux rejoindre le public de d’autres artistes, donc tu te retrouves avec pleins de types de personnes, parfois plus vieilles, plus jeunes, tu es moins habitué. Il faut que tu testes tes blagues, que tu navigues là-dedans.
Tu navigues là-dedans depuis le début de l’été, justement. Comment trouves-tu que ça se passe ?
Au début, j’étais ultra stressé. Je ne savais pas si j’avais du fun… Bien, oui, c’est sûr, mais il fallait que je pense à mon affaire. Je n’avais pas le temps de me dire « Hey, c’est cool ce que je fais ! » J’étais toujours en questionnement à savoir ce que je faisais. Le 6 août, on a fait la première partie de Marc Dupré au Festival du bleuet à Dolbeau-Mistassini. Il y avait comme 5 000 personnes, je pense, encore là, j’avais un public complètement différent. C’était des gens qui étaient là gratuitement, un public plus âgé. Je voyais qu’il y avait du monde qui me connaissait en avant, mais en arrière… il fallait que je pousse un peu plus mes interactions. Ça a super bien fonctionné, j’étais plus à l’aise. C’était un de mes meilleurs shows ! Si j’avais fait ça en premier, ça aurait peut-être été plus difficile. Au Festival d’été de Québec, j’avais tous mes amis qui étaient là, ça me donnait un sentiment spécial là aussi — c’était une étape de plus parce que là, c’est eux qui étaient là pour me voir. Il y a un de mes meilleurs amis qui était au Portugal depuis 5 mois, alors c’était le premier vrai spectacle qu’il voyait, il ne m’avait jamais vu en salle. Je fais juste ça depuis huit mois, mais toute ma vie, il m’a vu jouer de la musique et m’a supporté là-dedans. Là, il arrive et je suis rendu sur la scène du Festival d’été de Québec (FEQ).

Tu dis que ça ne fait pas super longtemps que tu fais ça publiquement. Sur les réseaux sociaux, tu as commencé par avoir un public via tes vidéos TikTok puis, peu à peu, tu t’es mis à partager ta musique. D’où est venu ton intérêt pour la musique et l’envie de la partager sur les réseaux sociaux ?
Ça a commencé par Snapchat, j’avais des groupes avec des amis et je faisais des jokes, on s’envoyait des vidéos – un peu comme ce que je fais sur TikTok. Les gars trouvaient ça drôle. Quand j’ai découvert TikTok il y a deux ans, j’ai commencé à faire la même chose. J’aimais ça faire des vidéos, arrêter, couper, je pouvais dire n’importe quoi et c’est un peu comme ça que les vidéos ont gagné en popularité. J’ai toujours fait de la musique, mais j’avais d’autres jobs, j’étais dans la construction. Je ne voulais pas être humoriste alors quand j’ai vu que ça fonctionnait, je me suis dit que j’allais continuer et intégrer tranquillement ma musique. Au début, ce n’est pas ce que je voulais faire dans la vie, je voulais juste partager ma musique genre sur YouTube, la montrer à mes amis. Après ça, j’ai sorti une chanson qui a fonctionné et ça a tout changé. Il y a deux ans, jamais tu ne m’aurais dit « Hey, tu vas faire de la musique et tu vas faire le FEQ ». Je t’aurais ri en pleine face. C’était impossible, il n’y avait même pas de chemin qui m’aurait mené là. C’est arrivé par hasard, par l’humour, mais TikTok a aidé à amener ma musique.
Ça semble avoir bien fonctionné tout de même, donc c’était une belle tentative.
Ouais ! De nos jours, tu n’as pas le choix de promouvoir ta musique par ta personne. Tous les artistes qui réussissent, ils parlent de comment ils se sentent, de quels voyages ils ont fait. Les gens veulent savoir ce que tu fais, ils veulent tout savoir et en faire partie, ils ne veulent pas juste ta musique. Tu n’as pas le choix d’essayer de suivre, sinon, tu n’es pas dans la compétition.
En parlant de compétition, tu jouais au hockey. Est-ce quelque chose que tu aurais aimé pousser plus ? Si tu avais eu à choisir, tu aurais choisi une carrière en musique ou professionnelle au hockey ?
C’est une bonne question, c’est la première fois qu’on me la pose. Je me le suis souvent demandé quand je jouais au hockey et c’est à 100 % sur que j’aurais choisi la musique avant le hockey. Même si je ne faisais pas de musique dans ce temps-là, je me suis toujours dit qu’une carrière dans la musique, ça a l’air vraiment plus fou. Aujourd’hui, j’ai des chums qui jouent dans la NHL et je les vois aller, puis je me dis « Ouais, c’est sûr que je n’ai pas réussi à leur niveau », si tu compares ça, je suis plus dans le junior majeur de la musique que dans la NHL — c’est drôle à dire. Mais à ce moment-là, je faisais juste ça. Je jouais depuis que j’avais 5-6 ans, j’ai arrêté à 18 ans, quand j’étais junior AAA. J’étais tanné, j’avais juste fait ça.
Donc, ça a été le hockey avant la musique dans ta vie.
100 %, mais j’ai commencé à faire de la musique un peu à cause du hockey. J’ai joué deux ans en Ontario et j’ai commencé à gratter de la guitare dans les dortoirs. Il y avait des heures d’études et moi, je n’étais pas un gros étudiant. On ne pouvait pas aller jouer aux jeux vidéo, on était dans notre chambre et on était censés faire des devoirs. J’avais trouvé une guitare, celle d’un gars sur l’étage du haut, puis un moment donné, je m’en suis acheté une et j’ai commencé à gratter la guitare et c’est de même que ça a commencé. C’est là-bas que j’ai commencé à écrire des chansons en anglais parce que je voulais qu’ils me comprennent. Si je n’avais pas joué au hockey, je n’aurais pas fait de musique — pas comme je le fais aujourd’hui, en tout cas.

Est-ce qu’écrire ou chanter en français t’intéresse ?
Écrire oui, ça me tente, mais probablement plus pour d’autres. J’ai déjà sorti une chanson en français qui s’appelle « Tout seul ». Au Québec, si tu débutes en français, tu vas être associé à ça. On ne veut pas me donner cette image-là, parce que je veux vraiment le faire en anglais, c’est ce que j’aime et qui me passionne. Je n’écoute pas de musique en français dans mon auto, les fenêtres baissées, donc c’est sûr que je n’ai pas tant le goût d’en faire après. Je comprends qu’il y a un marché pour ça et je sais qu’il y a beaucoup de gens qui réussissent bien là-dedans. Si ma carrière fonctionne bien et que j’ai une image qui est solide, après ça, je peux faire un peu ce que je veux. J’aimerais faire quelques chansons et qu’elles jouent sur les radios au Québec, mais pour l’instant, ça va rester en anglais.
En musique, quel serait ton prochain objectif, la prochaine chose que tu aimerais réaliser ?
Ça va tellement vite, je ne sais même plus où je suis rendu. Mon objectif, c’était pas mal le FEQ et on l’a fait. J’avais écrit dans un cahier de « manifestations » que je voulais le faire. J’avais écrit ça à répétition et j’avais aussi écrit que je voulais 1 million d’écoutes, dans le temps où j’en avais zéro. Finalement, la première chose que j’ai eue, c’est le million d’écoutes. Je l’ai demandé ! Alors je vous dis : « be careful what you’re asking for ».
Sinon, j’aimerais faire Osheaga l’année prochaine, ce serait mon objectif. Pour quelqu’un qui grandit dans les alentours de Montréal, c’est LE festival cool pour la musique pop ! Ou bien le Festival de Jazz. On aimerait aussi faire des petits shows aux États-Unis l’année prochaine. J’avais fait mon premier « showcase » au Hotel Café, à Los Angeles, j’aimerais y retourner. Peut-être quelque chose dans les environs de New York, se déplacer et voir si on est capable de rencontrer des gens.
Finalement, j’aimerais continuer à travailler sur mes plateformes, faire grossir mes réseaux sociaux. Pour y arriver, il faut que je sois plus actif. Je ne suis pas un influenceur, mais aujourd’hui, tu n’as pas le choix de poster des photos alors je me concentre à faire ça. Je dois être assidu.
À plus grosse échelle, y a-t-il quelque chose que tu te dis « Hey, j’aimerais atteindre ça » ?
J’aimerais qu’une de mes chansons anglophones soit à la radio, parce que c’est vraiment plus difficile en anglais. Ouvrir la radio et qu’une de mes chansons joue… ça m’est arrivé avec celle en français, ce n’était pas MA chanson, c’était une collaboration. À grande échelle, si je peux voyager, faire une tournée en Europe, en Australie ou aux États-Unis, j’aimerais vraiment ça. Tu pars en gang, en autobus de tournée et tu vis plein d’expériences. Tsé, j’en rencontre plein d’autres groupes, d’autres musiciens et ce qu’ils me racontent, c’est vraiment le summum de la vie d’artiste. Faire une tournée internationale serait mon objectif.


Donc, ultimement, tu aimerais vivre entièrement de ta musique ?
Depuis cet été, je ne fais que ça. J’aide mon père à travailler, mais on s’en va vers ça. J’ai fait pas loin de 40 spectacles cette année ! J’aurais le temps de faire autre chose, mais si je veux faire de la musique de qualité, il faut que je fasse comme ceux qui font de la musique de qualité… ne faire que ça ! Quand je dis que j’en vis, je n’en vis pas fort ! (Rires) Je survis, mais c’est correct, ça fait partie du cheminement.
Plus tôt, cet été, tu as lancé une nouvelle version de ta chanson How Many Kids, en collaboration avec BLEM. D’où est venue cette idée ?
C’est BLEM, un DJ d’ici, qui m’avait écrit sur Instagram qu’il aimait ma chanson. Sans me le dire, il a commencé à travailler sur un remix, puis il me l’a envoyé. J’ai écouté ça dans mon auto et j’ai trouvé ça vraiment « sick » ! Ça donnait une tout autre énergie. Après ça, il m’a invité dans un bar au Dix30 où il mixait cette soirée-là et il a fait jouer la chanson. Je trouvais ça drôle, puis là, quand le refrain est arrivé, j’ai vu le monde qui chantait ! C’est une bonne opportunité de pouvoir jouer dans les bars et au niveau marketing, BLEM est plus connu que moi à l’international donc ça me permet de rejoindre d’autres gens, de collecter un peu de sa communauté. C’est un bon move pour nous. Après cette soirée, je me suis dit « OK, c’est vraiment une bonne idée. » C’est comme ça qu’on a décidé de sortir la chanson. Je suis vraiment satisfait du résultat, ça a super bien fonctionné. Après 15 jours, on avait déjà plus de 100 000 écoutes.
Une question que tu dois souvent te faire demander… vivre à la campagne ou vivre en ville ? (En référence à un questionnement dans la chanson How Many Kids)
Ha ha ha !!! C’est bon ça, je ne me suis jamais fait poser la question. On me demande surtout combien d’enfants je veux, c’est ça le « trend » en ce moment. Je dirais que pour moi, c’est vivre à la campagne. Si c’est nécessaire pour moi d’être en ville, j’y aurais un pied-à-terre, quelque chose de petit, puis un chalet quelque part. J’aimerais mieux vivre dans un chalet, avoir un gros terrain, pas de voisin et retourner en ville quand j’en ai besoin. Donc pour le travail, un pied-à-terre en ville, mais le « country side » for sur. J’ai grandi à Sainte-Julie, sur une ancienne ferme, donc c’est vraiment plus moi.
Parlant de « trends »… Quelques « Ça ou ça ? » comme c’est populaire en ce moment
Ketchup sur tes frites ou tes frites trempées dans le ketchup ?
Frites trempées dans le ketchup, à 100 % ! Sinon, tu ne contrôles vraiment pas la quantité de ketchup que tu mets.
Te lever tôt ou te coucher tard ?
Hiiii ! Ça, c’est une bonne question. J’aimerais me lever tôt, pour vrai. J’ai passé de bons moments à me lever tôt et à faire des activités, mais je finis toujours par me coucher tard, donc… je dirais me coucher tard.
TikTok ou Instagram ?
Ouf… OK, je vais donner une explication longue. Selon moi, Instagram est une meilleure plateforme et est plus complète. TikTok, c’est bon pour te faire connaître, c’est du talent à revendre directement sur ton téléphone. Le problème, je pense, c’est que le monde passe trop de temps là-dessus. J’ai l’impression qu’ils ont trouvé un algorithme pour rendre l’application addictive. J’ai vraiment une question éthique avec TikTok, mais je pense aussi que c’est bon pour faire découvrir des talents et je suis redevable de ça pour ma musique. Instagram, c’est plus sensé pour moi.
Cuisiner ou commander du Uber Eats ?
Ahhhhh ! (Rires) Écoute, je vais dire cuisiner… même si je ne le fais pas. Moi, je commande du Uber Eats tout le temps ! Il faudrait que je cuisine et je sais qu’il y a une passion à développer, mais ouais, malheureusement, Uber Eats pour moi. Finalement, je commande sur Uber Eats, je passe mon temps sur TikTok et je me couche tard ! Tout ça, en campagne !

Tu seras au Festival de la poutine de Drummondville le samedi 27 août prochain. Quelle est ta poutine par excellence ?
J’ai deux options. J’ai mangé de la poutine avec du porc effiloché qui était complètement débile, mais la poutine standard… Pour moi, une bonne poutine, tu n’as pas besoin de rien ajouter. Sauf que quand il y a de la viande, saucisse ou porc effiloché, ça fait juste rajouter des points. N’importe quelle viande, en fait. Justement, je vais devoir me mettre à courir avant d’aller là !
Pour conclure, qu’est-ce que tu aimerais que les gens sachent ou retiennent de toi ?
Je veux que les gens voient ma passion et mon amour pour la musique à travers mes blagues et ce que je fais. Je veux qu’ils ressentent les efforts que j’y mets. Mon objectif, au bout de la ligne, c’est qu’il y ait le plus d’oreilles possible qui écoutent ma musique. Moi, quand je trouve une chanson que j’aime et que je l’écoute en boucle dans mon auto, je ressens un sentiment… Ce sentiment-là, c’est ce que je veux faire vivre aux gens. Quand tu te retrouves dans ton auto, les fenêtres baissées et que tu tombes sur une chanson qui te fait oublier que ton chien n’a pas mangé depuis ce matin, que tu es stressé parce que tu travailles tôt demain… c’est ce moment-là que je veux partager avec eux.
De créer une petite bulle pour les gens qui t’écoutent ?
Ouais, exactement.

C’est ce qu’on te souhaite. Je suis d’ailleurs certaine que tu as déjà bien commencé à y arriver. Je pense que tu as tout pour toi pour réussir à atteindre tes prochains objectifs. On se dit à samedi !
Pour en savoir plus sur Pelch ou pour connaître ses prochaines dates de spectacle
Photos : Daniel Dorta / Dorta’s Photography | Festival d’Été de Québec 2022


J’aime tellement cette entrevue et toutes les autres
Catherine nous donne le goût d’aller voir des spectacles
Elle nous fait connaître de nouveaux artistes