Après plus de 32 ans loin des planches, Patrice L’Écuyer est revenu au Théâtre Maisonneuve le 18 novembre comme s’il n’était jamais parti, devant un public impatient et prêt à lui offrir une véritable soirée d’amour. Et il a répondu par ce qu’il sait faire de mieux : partager les grandes et petites tranches de sa vie, ponctuées d’anecdotes savoureuses.
Dès son entrée, on retrouve le Patrice que l’on connaît : bienveillant, vif, un brin nerveux — juste assez pour être terriblement attachant. Il ne joue aucun personnage. Droit et détendu, avec ce sourire franc qui fait désormais partie du patrimoine culturel québécois, il reprend son rôle naturel de conteur, capable d’entrer en contact avec le public en quelques secondes.
Le cœur du spectacle repose sur ses anecdotes personnelles et professionnelles, racontées avec cette douceur moqueuse qui lui est propre. Il revisite ses débuts, ses moments de gloire, ses bourdes et ses souvenirs de plateau, sans oublier quelques épisodes plus délicats de sa carrière.
L’un des passages les plus cocasses : Geri Halliwell — oui, l’ex-Spice Girl — aurait eu un faible pour lui et aurait tenté à deux reprises de le rencontrer. Pour étayer ses dires (ou nous laisser juger par nous-mêmes !), il projette une vidéo de leur entrevue à son talk-show, L’Écuyer.
Il revient aussi sur ses participations aux Bye Bye, ses années à la Ligue nationale d’improvisation — précisément une tournée en Belgique, où certaines blagues étaient grivoises malgré l’interdiction de Robert Gravel d’en faire —, et l’émission Les détecteurs de mensonges. Fidèle au jeu, il présente trois affirmations au public, dont une inventée. Après avoir raconté ces trois histoires — la première mettant en vedette Jean Lapointe, la seconde Janette Bertrand et la dernière Mike Ward et la reine Elizabeth II —, les spectateurs doivent deviner laquelle est fausse. Simple, efficace et franchement amusant.



L’autodérision reste son arme la plus affûtée : jamais méchante, toujours bien dosée. On a l’impression d’être assis avec lui dans sa cuisine, à jaser autour d’un café. Vers la fin du spectacle, le ton change lorsqu’il évoque l’écrasement d’avion qui a coûté la vie à Marie-Soleil Tougas et Jean-Claude Lauzon, événement qui explique pourquoi il demeure depuis très discret sur sa vie privée. Il raconte ce douloureux épisode avec sincérité et comment un journaliste à potins avait réussi à obtenir le numéro de la pourvoirie où il se trouvait avec Gaston Lepage peu après le drame. Un moment à la fois vrai et sobre, profondément émouvant.
Le spectacle, sans artifices, laisse toute la place à l’homme et à sa parole. La mise en scène reste minimaliste, ponctuée seulement de quelques images — et c’est tant mieux. Patrice L’Écuyer avance avec calme, solide et sûr de son rythme. Ses transitions sont fluides, ses punchlines bien placées, ses silences parfaitement maîtrisés.
On quitte la salle avec le sentiment d’avoir partagé une soirée avec un ami discret, mais qui fait un bien fou. On ne rit peut-être pas aux éclats en continu, mais on sourit presque tout le temps. Le spectacle dégage une humanité rare, celle d’un artiste qui revient par amour du métier, pas par obligation. Après 32 ans d’absence sur scène, il ne réinvente rien. Mais il réussit l’essentiel : toucher, amuser et rassembler. Un retour tout en douceur, mais diablement efficace. Et si jamais il décide de remonter sur scène avant 2056, personne ne lui en voudra.

Serge Larivière | Journaliste
Passionné de musique, Serge ne jure que par les succès d’ici et d’ailleurs des années 80, 90 et début 2000. Avec les années, il s’est toutefois découvert une nouvelle passion pour tout ce qui touche l’humour québécois. On comprend, il adore rire et faire rire les gens.

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Eric Myre
