Depuis son inauguration en 1963, la Place des Arts est un épicentre culturel majeur non seulement pour le Québec, mais aussi pour tout le Canada, avec des audiences de plusieurs provinces et même de pays. Ce rôle central apporte la responsabilité significative de refléter, dans sa programmation, sur les récits qui façonnent notre culture et notre société.
Les histoires partagées dans la culture québécoise et auxquelles on choisit de donner la voix dans des institutions artistiques et éducatives ont souvent évité la vérité du contexte colonial violent sur lequel le Canada a été construit, négligeant les réalités et les perspectives des communautés autochtones encore profondément affectées. Pour qu’il y ait réparations et réconciliations, l’écoute de perspectives autochtones est nécessaire.
Il y a une semaine, le 9 et le 10 novembre, des centaines d’individus se sont réunis à la Place des Arts pour l’édition 2024 du Micro ouvert autochtone, pour écouter et célébrer les Premières nations et communautés inuites du Canada. Nina Segalowitz, artiste Inuvialuit et chanteuse de gorge, était la commissaire d’événements pour le Micro ouvert de cette année et celui de 2023. Clothilde Cardinal, directrice de la programmation de la Place des Arts depuis 2014, partage comment son équipe et elle soutiennent cette collaboration avec l’artiste importante qu’est Segalowitz et l’ampleur cruciale du Micro ouvert autochtone dans le paysage culturel montréalais.
«C’est un événement dans lequel toute l’énergie est mise», explique Cardinal. «On leur donne un micro, c’est eux qui le prennent, ils parlent, ils nous parlent, on participe à plein d’activités, il y a plein de moments où on peut être en touche avec eux, puis c’est vraiment, vraiment très ouvert.»
Complètement financé par la Fondation de la Place des Arts, celui-ci offre un programme d’éducation et ouvre un espace sécuritaire pour favoriser la communication et l’échange. Plusieurs activités sont offertes en plus des performances du micro-ouvert, et des artisans s’y trouvent.
Cardinal insiste sur l’importance de cette ouverture. «Il faut être accueillants. Il ne faut pas regarder (les peuples autochtones) avec curiosité, ce sont nos semblables (…). Ils ont énormément à nous apprendre, en matière d’environnement, en matière de solidarité, en matière d’approche à la vie en général. Si on tend l’oreille, si on regarde ce qu’ils ont écrit… Il y a beaucoup de livres. L’éditeur (des éditions Andara) nous a dit, la première année qu’on la fait venir, qu’il y avait plus de livres qu’au Salon du livre de Montréal, on en est extrêmement fiers. Les gens partent avec beaucoup de livres et d’artisanats, mangent la nourriture extraordinaire de Messy Kitchen, avec un chef autochtone.»
Livres, nourriture et artisans contribuent à ces découvertes culturelles traditionnelles et contemporaines. L’aspect culinaire de l’édition 2024 a été servi par l’équipe Messy Kitchen, une compagnie de Kahnawake établie en 2016 par la chef autochtone Anna Lazare.
Cardinal ajoute, «Ils sont là un bon moment et repartent avec un livre pour continuer leur découverte des cultures autochtones.»
Étant un rassemblement multiculturel des dix nations, avec des kiosques dynamiques et une configuration fluide qui favorise le mouvement et les échanges, le Micro ouvert autochtone prend en connaissance la navigation de l’espace pour créer un espace de dialogue, de découverte et de célébration.
Depuis les trois dernières années, une aînée est sur place pour favoriser l’accessibilité de l’événement, portant parfois des sujets difficiles pour les communautés autochtones qui ont ainsi besoin de se recentrer. Le healing room est seulement accessible aux visiteurs autochtones, pour qu’ils retrouvent un sens de paix et de familiarité dans un environnement respectueux de leurs besoins.
Comme institution importante dans le paysage des arts canadien, la Place des Arts approche le Micro ouvert autochtone avec sensibilité et écoute, reconnaissant la responsabilité politique et historique des arts et de leurs plateformes. Situé sur le territoire de Tiohtià:ke non cédé des Kanien’kehaka, historiquement un lieu de rassemblement pour les dix nations, l’événement favorise les échanges entre les Premières Nations, les Inuits et des participants de plusieurs coins du Canada et du Québec.
Nous vous encourageons à poursuivre votre exploration des cultures autochtones traditionnelles et contemporaines et nous nous retrouverons au Micro ouvert autochtone 2025, les 1er et 2 novembre, à la Place des Arts.

Alice Larrivée | Journaliste
Après avoir photographié un premier spectacle sur la scène underground en 2023, l’ambitieuse artiste qu’est Alice aujourd’hui documente la mode et ses artistes préférés pour BP Arts Média. À la fois photographe, réalisatrice et écrivaine, elle s’inspire du cinéma, du photojournalisme, du désordre et de la street photography à travers son travail visuel. Alice a commencé en 2024 un baccalauréat en beaux-arts de Production cinématographique (BFA) à Concordia et travaille principalement comme photographe pour le compte d’artistes musicaux et du milieu de la mode. Elle adore Rimbaud, Tarkovsky et Jim Morrisson.

Photos : Courtoisie
Crédit Photo : Thibault Carron
