Le 20 août 2026, le spectacle Michael Jackson Legacy était présenté au Casino de Montréal. Cette production plonge le public dans l’univers du Club 30’s, un speakeasy des années 1930 où le temps s’est arrêté. Un endroit qu’aurait fréquenté Michael Jackson (MJ) et où il aurait, par le fait même, laissé une partie de son génie musical et de son histoire.
Inspiré du film Moonwalker, l’esprit d’épouvante et d’hantise trouve bien sa place au cours de la soirée. On entre en contact avec les danseurs et chanteurs avant même que le spectacle ne commence. Ils viennent à la rencontre du public en salle et nous convient à une soirée des plus iconiques et festives.
On comprend à travers le spectacle que plusieurs événements ont eu lieu dans ce club et on y redécouvre la musique de MJ, tout en retrouvant les détails les plus mémorables et indispensables de sa carrière et de ses looks. La qualité des chorégraphies et la précision mise dans les numéros afin d’y faire vivre la présence de ce chanteur tant reconnu et aimé demeurent parmi les aspects les plus impressionnants du spectacle.


Les danseurs énergiques nous remémorent des scènes mythiques de la carrière de Michael et nous rappellent certains passages de vidéoclips incontournables contenant des messages et des paroles encore tellement d’actualité aujourd’hui. Quelques instants du spectacle vont même jusqu’à nous tirer quelques larmes. On nous plonge néanmoins dans une grande célébration, une grande fête remplie de surprises et de talent.
Les performances sont autant touchantes qu’époustouflantes et que dire de la prestation des chanteurs, qui offrent des harmonies incroyables et des numéros aussi intimes et jazz que pop et éclatés. Chose certaine, vous connaîtrez sûrement l’entièreté des chansons du spectacle et les extraits soigneusement choisis vous mettront à l’aise de danser et chanter en chœur avec les hôtes de la soirée. La musique de Michael réussit à rassembler tant les plus grands fans que ceux qui souhaitent simplement passer un bon moment. Ses chansons demeurent encore aussi pertinentes et innovatrices aujourd’hui, et c’est ce que les interprètes (De’ Aundre Woods, Elisabeth Gauthier-Pelletier, Chloé McNeil et Elizabeth Lauzon) réussissent à mettre en lumière avec brio, entourés d’une troupe de danseurs exceptionnelle.



ENTREVUE
Allons à la rencontre de De’ Aundre Woods, avec qui je me suis entretenu.
Originaire de la Louisiane, il interprète le rôle de Michael Jackson. Nous avons notamment pu le voir sur Broadway dans Hamilton et voici ce qu’il avait à nous dire sur lui et sur le spectacle :
« J’ai commencé à chanter dans le chœur de l’église et à jouer de la batterie. J’ai aussi trouvé une communauté qui m’a amené à performer dès l’âge de 15 ans. J’ai ensuite eu une opportunité dans un spectacle Motown Classic lors de ma dernière année au collège. Nous étions comme une famille ; plusieurs des comédiens de cette production sont d’ailleurs devenus mes collègues dans Hamilton quelques années plus tard.
À la base, je voulais devenir docteur, faire de l’argent, avoir une grosse maison et de belles voitures. Je rêvais. Les gens voyaient que je devais plutôt performer et que c’était mon véritable appel. L’école de musique où j’ai étudié m’a enseigné des bases de chant classique et j’ai auditionné pour un programme parce que je voulais devenir meilleur, mais j’avais besoin de plus de formation et de connaissances.
Mine de rien, j’ai passé six ans dans Hamilton à temps plein, à Toronto et en tournée en Asie. Puis le chorégraphe du spectacle s’est retrouvé sur cet hommage à Michael Jackson, spectacle dans lequel j’ai été doublure principale de MJ. Ma carrière est un beau mélange de timing, d’opportunités et de chance. Une combinaison d’ouverture d’esprit et de la capacité à recevoir ce que je devais vraiment faire avec ce don qu’est ma voix. »
Qu’est-ce que tu aimes le plus dans le fait d’interpréter MJ ?
« C’est une figure iconique de la musique, connue mondialement, qui rassemble les gens partout sur le globe. Tout d’abord, c’est inspirant, mais rapidement j’ai compris que cela demande d’élever mon niveau de connaissance. Certains mouvements de danse sont très connus du public et surtout très attendus. On réalise que monsieur et madame Tout-le-Monde peuvent s’amuser à les reproduire et même devenir très bons avec le moonwalk, par exemple.
Être Michael demande alors presque d’être surhumain. On réalise aussi l’ampleur de son travail lorsqu’on constate qu’il a bâti sa carrière sans les réseaux sociaux, à une époque où la compétition était féroce. Cela m’a fait réaliser tout ce que cela exige comme dévotion, sacrifice et passion pour arriver là où il s’est rendu.
Être un meilleur artiste, c’est aussi avoir assez d’humilité pour enfiler les souliers de MJ et porter son essence, devenir une partie de lui lorsqu’on monte sur scène et avoir un regard neuf sur certains détails de la vie ou des performances. C’est un travail quotidien qui me permet de devenir meilleur dans chaque aspect de ma vie, autant professionnelle que personnelle. »



Quelle est la partie la plus difficile d’incarner MJ ?
« Maintenir ce genre d’énergie est ce qu’il y a de plus difficile. Lui avait développé des outils, un entraînement et une discipline qui passaient par sa voix et son corps. Il consacrait des heures incommensurables au travail tout en conservant son amour de la musique et sa passion pour son art.
C’est ce qui faisait qu’il rassemblait les gens. Il était toujours très juste dans ses intentions et ses positions, tant politiques que sociales. Inévitablement, le corps se fatigue et il faut aussi équilibrer l’artiste et le mastermind derrière le personnage. Il faut vivre, respirer et trouver continuellement de nouvelles choses à dire. Tout va très vite.
Il faut faire attention à ne pas devenir obsédé par son art. C’est un défi de rester vivant, spontané et incarné, tout en demeurant au sommet de ses capacités mentales et physiques. »
Quel est ton moment favori dans le spectacle et pourquoi ?
« Il faut savoir qu’il y a une certaine pression liée aux attentes du public envers ce qu’est Michael Jackson. Nous avons donc monté un spectacle incroyable pour plusieurs raisons. Je dirais que plusieurs numéros sont mémorables comme Dangerous, You Are Not Alone et Man in the Mirror, mais le numéro qui me laisse sans mots est Blood on the Dance Floor.
Comme je ne participe pas à cette performance, je peux observer tout le talent de Chloé, qui l’interprète comme personne. C’est l’une des chansons du spectacle avec laquelle j’étais le moins familier, mais la distribution met le feu à chacune des performances.
Le talent, la diversité et la communauté sont au rendez-vous dans ce spectacle, et c’est ce qui est le plus impressionnant et important à retenir. Je vois ce talent-là et, parfois, je me sens comme à New York. L’énergie de Montréal et la qualité des chanteurs d’ici sont aussi iconiques qu’à New York, et il m’arrive même de marcher dans les rues de Montréal en ayant l’impression d’être dans la Grosse Pomme. »



Quel est ton objectif en participant à ce genre de production ?
« Depuis que je produis mes propres spectacles, j’essaie toujours de réfléchir à des façons de trouver du financement. Je remarque qu’au Québec, il est encore plus difficile de créer des spectacles et de les financer.
Je crois que l’art est la médecine de l’âme et le reflet du monde, et que la culture est essentielle pour aller mieux en tant que société et traverser les enjeux ensemble. Mon objectif avec ce spectacle et ma présence au Québec est d’apporter une belle énergie autour de moi.
Je veux construire autour d’un discours d’espoir et, avec ma femme, j’aimerais que mon art rassemble et ramène la foi dans la province. Même lorsqu’on ne dispose pas toujours des fonds nécessaires, la passion nous pousse à aller au bout de nos projets de cœur parce qu’on aime véritablement ce que l’on fait.
Nous sommes saturés par le nombre de propositions en ligne et par ce que les algorithmes nous offrent. Je crois que nous devons mieux consommer la musique, être plus conscients dans notre écoute, particulièrement lorsqu’il s’agit de musique créée avec qualité, et exercer notre sens critique intelligemment parce que nous connaissons et respectons l’art, et non parce que nous en consommons beaucoup, mais superficiellement.
Comme les chansons de MJ. Elles sont bien plus grandes qu’elles-mêmes. Beaucoup de ses œuvres sont intemporelles. Faire de l’art, ce n’est pas simplement parler de soi, mais plutôt parler de l’expérience humaine et demeurer connecté au monde. Nous avons un devoir envers la conscience collective et pas seulement celui de nourrir notre ego.
Le spectacle me permet de partager, d’être entouré d’artistes talentueux, de raconter une histoire et, à la fin de chaque représentation, c’est comme si tout le monde était ensemble, uni.
J’espère que la suite me permettra d’élargir ma vision et d’investir mes énergies dans des événements corporatifs, entouré de ma femme et de nos valeurs communes. J’ai hâte de continuer à produire des projets, de rencontrer de nouveaux artistes et, surtout, mon plus grand désir est de construire un programme universitaire afin d’investir dans ma communauté. »
Le spectacle Michael Jackson Legacy poursuit sa tournée à Montréal, Québec et Gatineau au cours des mois d’août, de novembre et de décembre 2026.
Pour toutes les dates, consultez le site officiel : https://www.gestev.com/en/events/michael-jackson-legacy/

Audrey-Anne Séguin | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Justin Marceau
