Lucas Lenny, batteur prodige et compositeur français, trace sa propre voie dans le monde de la musique. Originaire de Paris, il a acquis de solides compétences au Paris College of Music, avant de perfectionner son art au Los Angeles College of Music (LACM), puis au California Institute of the Arts (CalArts). Installé aux États-Unis, Lucas s’est rapidement distingué par sa capacité à fusionner diverses influences musicales. Son dernier EP At First est un parfait exemple de cette démarche. Avec humilité, et en respectant les bases de chaque style musical exploré, le batteur réussit à s’affranchir des conventions établies pour créer un son unique et intemporel. Lucas aimerait conquérir le public exigeant du Québec et du Canada.
Lilian : Bonjour Lucas, ton EP At First est une belle découverte. J’ai été incapable de dater les quatre morceaux qui le composent. J’ai perçu un tourbillon de sonorités modernes et anciennes, des ambiances féeriques avec des synthés, diverses influences jazz ou de musique du monde, et des percussions variées…
Lucas : C’est exactement comme cela ! Je vois mon style comme un patchwork. C’est un peu la manière dont je l’ai produit. Je jouais un peu de guitare, mais à la base je suis batteur, les rythmes, c’était surtout mon truc. Pendant la pandémie, j’ai voulu faire un album, un bon moment pour apprendre aussi la production. J’ai acheté pour cela une Maschine Mk3 et j’ai créé mes morceaux avec. Mes influences favorites à cette époque-là, c’était surtout la musique ouest-africaine, j’écoutais beaucoup Mamadou Diabaté, joueur notamment de kora, Mamady Keïta, un super percussionniste qui nous a quittés. On retrouve ainsi dans mes créations des couches de percussions.
Pour revenir au projet, j’envoyais mes versions assez basiques, avec accords et mélodies, au chanteur et au claviériste de l’album, avec qui je collaborais déjà. Puis j’ai travaillé avec un ami producteur pour que les sons soient plus raffinés, pour un produit fini. J’ai d’ailleurs enregistré la batterie à la toute fin, en toute liberté.
La rythmique de jazz est bien présente …
Mon parcours musical est ancré dans le jazz, où les métriques impaires sont monnaie courante. Des batteurs comme Elvin Jones et Jack DeJohnette m’ont toujours fasciné par leur maîtrise des rythmes complexes et leur capacité à créer des grooves captivants. Chaque morceau de l’EP a d’ailleurs son identité rythmique.
Ta musique ne se limite pas à un simple exercice de style. Elle est complexe, mais aussi très accessible et mélodique. Comment es-tu arrivé à concilier ces aspects ?
C’est un défi que j’ai voulu relever dès le départ. Je ne voulais pas créer une musique trop intellectuelle ou abstraite, qui s’adresserait uniquement à un public averti. J’ai toujours eu à cœur de faire une musique qui puisse toucher un large public qui danse ou bouge la tête, tout en conservant une certaine complexité et originalité.


Tu parles de la kora comme source d’inspiration. Comment as-tu découvert cet instrument et comment l’as-tu intégré à ta musique ?
Mon intérêt pour la musique ouest-africaine s’est ravivé lors de mon Master à CalArts, où j’ai eu la chance d’étudier les percussions africaines et d’autres traditions musicales du monde. J’ai été immédiatement captivé par la kora, par ses sonorités uniques et son lyrisme. J’ai commencé à faire des reprises de morceaux de kora à la batterie, ce qui a ensuite mené à des collaborations à distance avec des musiciens comme Elhadji Soradu Sénégal.
Tu sembles accorder beaucoup d’importance à la collaboration dans ton processus créatif. Peux-tu nous en dire plus ?
Je préfère collaborer avec des musiciens qui partagent ma vision et mon esthétique, tout en leur laissant une certaine liberté d’interprétation. Je leur donne une direction générale, mais je les encourage d’abord à apporter leurs propres idées, leurs perspectives, leur créativité au projet. C’est ce qui rend la musique plus riche et plus vivante. Je déteste donner des éléments établis, je veux qu’ils expriment tout leur talent.
En quoi le fait de t’être expatrié à l’étranger a-t-il influencé ta musique et t’as fait évoluer ?
Quitter Paris et m’installer à Los Angeles a été une expérience qui m’a transformé. J’ai dû me réinventer, sortir de ma zone de confort et m’ouvrir à de nouvelles influences. La scène musicale de Los Angeles est incroyablement riche et diversifiée, ce qui m’a permis d’explorer de nouveaux styles et de collaborer avec des musiciens aux horizons très différents.


Quels sont tes projets futurs ? As-tu l’intention de développer les idées explorées dans cet EP ?
Je travaille actuellement sur un nouvel album, toujours sous le nom Lucas Lenny, qui sortira début 2025. Il sera plus long avec de nouvelles directions musicales. Je vais continuer à explorer les métriques impaires et les textures sonores riches, tout en incorporant des éléments plus pop et rap. Je veux créer une musique encore plus accessible, sans pour autant sacrifier mon identité musicale.
As-tu l’intention de jouer ta musique en live prochainement ?
J’adorerais jouer mes compositions en live, mais c’est un peu compliqué avec le chanteur qui habite à Washington DC. J’imagine des configurations scéniques modulaires, adaptant le groupe en fonction des opportunités et des collaborations. J’espère aussi pouvoir jouer avec Elhadji Sora, le joueur de kora, pour créer une fusion unique de jazz et de musique ouest-africaine.


Page des musiques de l’artiste : https://linktr.ee/lucaslenny. Avec : Will Carr (voix), Jayvid Borja (executive producer), Jacob Song (clavier), Lucas Lenny (batterie, production), Christian Paul Philippi (mix), Stefan Heger (master).
Projets collaboratifs :
Noworrieslmk est un quartet (basse, clavier, voix, batterie) d’un style innovant qui mélange différentes influences, inventant le dream jazz. https://www.instagram.com/noworrieslmk/ | https://linktr.ee/noworriesLMK
You, Me + the Whales est unsextet (harpe, contrebasse, guitare, sax, batterie et vibraphone), un groupe expérimental qui mélange jazz, folk, free, blues et peint des images avec la musique. https://www.instagram.com/youmethewhales/ | https://linktr.ee/youmethewhales

Lilian Largier | Journaliste
Homme curieux, Lilian est passionné par le jazz et la musique francophone. Il aime les belles rencontres humaines, découvrir d’autres univers et la musique du monde. Il apprécie aussi le cinéma francophone, les expositions et les spectacles d’humour. Il est actuellement journaliste pigiste professionnel, mais étudie également en cours du soir au certificat en journalisme à l’Université de Montréal. Photographe amateur à ses heures.

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Crédit Photos : Carlos Sprung
