Arrivé au Québec il y a une dizaine d’années, on m’a souvent parlé des veillées traditionnelles, n’ayant jamais eu le courage de m’y frotter, c’est le 21 février 2025 lors de la dixième édition du spectacle Les manteaux su’ l’lit pis les bottes dans l’bain que j’ai eu la chance de découvrir l’art de la danse traditionnelle, des sets carrés et de la musique que l’on frappe en rythme du pied ou de la main.
C’est durant plus de trois heures, que cette veillée-spectacle nous transporte jusqu’aux confins de la nuit dans le décor magnifique du Théâtre Paradoxe.
Au programme : différents tableaux aussi divers que variés offerts par les danseurs et invité(e)s de la R’voyure, que ce soit des moments de danses de groupe, du conte chanté, de la percussion corporelle ou même un moment d’humour très touchant offert par Emna Achour. On n’a pas le temps de s’ennuyer, car la monotonie n’est pas au programme.
Mais ce qui rend la soirée unique c’est qu’à plusieurs reprises le spectateur devient danseur et est invité à prendre place au centre de la piste pour participer à l’art des sets carrées et de la danse collaborative sous la supervision du très talentueux Câlleur Ghislain Jutras.







Une soirée sous l’étoile de la bienveillance
Ce qui est le plus marquant, c’est à quel point le public était hétéroclite, du plus jeune au plus sage, du plus athlétique au plus chétif, tout le monde se prête au jeu et s’essaye à la danse avec une bienveillance que seule une soirée comme celle-ci peut offrir. Nous pouvons apercevoir des personnes expérimentées prendre le temps d’expliquer à des danseurs novices les pas à effectuer, ce qui n’empêche pas pour autant de parfois se marcher un petit peu sur les pieds.
La soirée était bien équilibrée de manière à ce qu’après chaque set participatif le public s’écarte avec douceur et s’assoie sur le sol pour reprendre son souffle et ainsi laisser les danseurs nous impressionner avec deux à trois tableaux chorégraphiés. Les yeux et les oreilles comme seuls témoins du moment. Au début de la soirée, une voix pré-enregistrée nous invite à éteindre et ranger nos cellulaires pour profiter ensemble du moment présent. À ma plus grande stupéfaction, la consigne fut respectée ! Jamais un téléphone n’a jailli d’à travers la foule pour filmer le spectacle. Tout le monde en profitait avec ses yeux afin de vivre ce moment unique ensemble et d’imprégner le souvenir de cette soirée dans notre mémoire plutôt que dans celle, si superficielle, de nos compagnons électroniques.







Un pari réussi
Lors de sa prise de parole en fin de soirée, le chorégraphe Jonathan C.-Rousseau cite la poète Joséphine Bacon pour définir le moment qui nous a tous uni ce soir : “J’ignore si demain me gardera intacte Je dis que l’espoir de se laisser être Éloigne le désespoir”.
Ces quelques mots résument parfaitement le ton de la veillée où le temps d’une soirée, plus d’une centaine de personnes s’est laissé porter au rythme des violons laissant toutes leurs préoccupations au vestiaire pour s’abandonner au plaisir de cet art traditionnel qui reçoit un très bon coup de plumeau à notre plus grand plaisir.
Surveillez la date de la onzième édition, car croyez-moi, en vue du succès de cette édition, les billets vont disparaître à une vitesse éclair.








Collaborateur spécial : Journaliste

Benoit Z. Leroux | Photographe
Grand consommateur de culture, Benoit Z. s’intéresse à beaucoup de disciplines. Le monde circassien est son principal terrain de jeu. Toujours curieux, ouvert et la caméra prête.
Journaliste : Joaquim Verrier
