La pièce Songe d’une nuit d’été est présentée au Théâtre du Rideau Vert depuis le 12 mars jusqu’au 12 avril 2025. Voici la critique du spectacle.
Un Shakespeare facétieux, cacophonique et décevant
Cette pièce fantaisiste écrite par un dénommé William Shakespeare (1564-1616) qui, à 31 ans, commence à avoir un certain succès dans le royaume assez sanglant d’Élisabeth Ire. Notons qu’à cette époque, la peste a ravagé la population de toutes les classes sociales et que les exécutions et tortures en public sont monnaie courante. L’œuvre est donc présentée pour la première fois comme divertissement à l’occasion d’un mariage aristocratique.
On imagine que le propos étant l’Amour avec un grand A et ses multiples détournements possibles et imprévisibles, surviendra un mélange d’émotions marquées autant par la magie des philtres d’amour, les quiproquos, les coups de foudre anormaux et les retours à la normalité, si on préfère, les fins heureuses. La morale de cette histoire est bien sûr qu’il vaut mieux épouser un(e) partenaire pour ses qualités et sa personnalité que pour son apparence ! Et notre Shakespeare se paie bien la tête de ceux qui croiraient le contraire, car il se joue de tous avec la magie si poétique de sa plume inventive. Le tout situé dans une atmosphère de solstice d’été où tout peut arriver…
Je vous épargne les noms des multiples personnages qui sont tous grecs de la ville d’Athènes. L’Antiquité est si pratique pour évoquer des drames et des conflits éthiques contemporains. Situer l’action dans les temps anciens permet d’éviter la colère des puissants et la morale religieuse féroce de l’époque. C’est donc une référence ou un prétexte pour mettre en scène des drames, des horreurs et les vices humains sans tenir compte du pouvoir actuel.
L’argument est posé comme un conflit résultant du père qui veut forcer sa fille à épouser un homme qu’elle n’aime pas, mais en aime un autre. Si elle refuse, on pourra la tuer ou l’exiler, à son choix! Or, les amoureux décident plutôt de s’enfuir dans la forêt. C’est là que le surnaturel entre en jeu pour tromper les yeux et les cœurs. Les fées dont la reine est sublime, Bénédicte Décary, le jeu du magicien Puck, Marc Béland, juste et envoûtant qui brisera le quatrième mur pour nous parler directement à la fin, presque pour s’excuser de la cacophonie de l’ensemble…
Reste que l’adaptation de Michel Monty est aléatoire et sa mise en scène est souvent étourdissante et finit par nous lasser, car entre autres inutilités, on ajoute des dialogues en joual québécois par des personnages de cols bleus qui s’intègrent assez mal au propos. Des acteurs talentueux, mais non convaincus de leur jeu et des textes « pas rapport» et le tout dure plus de 120 minutes, ce qui semble interminable. Déjà, au bout de 75 minutes, le public manque d’attention et s’ennuie malgré certains rires nerveux, mais on se demande si c’est un rire de situation, de complaisance ou dû à la faiblesse des gags.
Tant de talent et de travail semblent tomber à plat. Dommage, car le message de l’authenticité de l’Amour mérite encore de s’y attarder avec un sourire.

Michel Jolicoeur | Journaliste

