Dans la salle circulaire de la TOHU, La Chute des Anges de la compagnie L’Oublié(e) – Raphaëlle Boitel s’impose comme l’une des propositions les plus esthétiquement marquantes de cette édition de Montréal Complètement Cirque. Présenté jusqu’au 5 juillet, le spectacle plonge le public dans un univers sombre où la lumière devient autant un outil de surveillance qu’un puissant langage scénique.
L’esthétique est irréprochable. Vêtus de noir, les interprètes évoluent dans une scénographie sculptée par des faisceaux lumineux manipulés par de longs bras articulés, véritables machines omniprésentes qui semblent observer chacun de leurs mouvements. Les jeux d’ombres, les silhouettes qui apparaissent puis disparaissent dans la fumée et une conception sonore oscillant entre menace et mélancolie créent une ambiance saisissante qui soutient admirablement le propos.
Si la narration ne m’est pas apparue immédiatement limpide, la compagnie résume pourtant clairement son intention : dans un monde où l’humain est aliéné par des machines au contrôle absolu, ces anges aux ailes brisées cherchent à s’affranchir du conformisme pour retrouver leur liberté. Certains spectateurs y verront sans doute une lecture plus évidente que d’autres, mais la force évocatrice des images demeure indéniable.
Photos – Partie 1 de 3







À la frontière de la danse, du théâtre de mouvement et du cirque, les artistes livrent une performance physique impressionnante. Les mouvements saccadés, répétitifs et mécaniques traduisent efficacement l’asservissement des corps. J’aurais toutefois souhaité que les disciplines circassiennes occupent une place plus importante, tant elles semblent parfois s’effacer derrière la chorégraphie et la théâtralité.
Les tableaux se succèdent avec une élégance constante. Leur beauté est incontestable, mais leur caractère contemplatif étire parfois le rythme du spectacle. Quelques touches d’humour, habilement disséminées, viennent heureusement alléger cette atmosphère pesante et provoquent de timides éclats de rire dans la salle.
Photos – Partie 2 de 3







Malgré quelques longueurs, La Chute des Anges offre plusieurs moments de grâce d’une puissance visuelle remarquable. Plus qu’un spectacle de cirque traditionnel, il s’agit d’une œuvre de théâtre visuel où chaque image semble avoir été minutieusement composée. Une proposition exigeante, loin d’être « feel good », mais profondément réfléchie, qui séduira les amateurs de créations artistiques contemplatives autant que ceux en quête d’un cirque résolument contemporain.
Photos – Partie 3 de 3






Lucas Brunet | Journaliste

Benoit Z. Leroux | Photographe
Grand consommateur de culture, Benoit Z. s’intéresse à beaucoup de disciplines. Le monde circassien est son principal terrain de jeu. Toujours curieux, ouvert et la caméra prête.
