Dans le cadre de sa première participation à LASSO, j’ai eu la chance de m’entretenir avec Joël Vogt, un auteur-interprète au parcours atypique. Ayant grandi sur une ferme laitière, faire carrière en musique n’a jamais été un destin réaliste pour lui… jusqu’à il y a quelques années. Son passage à Star Académie en 2025 lui a d’ailleurs ouvert plusieurs portes.
Et comme son parcours est atypique, je lui ai proposé un type d’entrevue complètement différent. Devant lui, une tour de blocs du jeu Jenga se présente et chaque pièce représente une question à laquelle il devra répondre, sur une possibilité de 18. Ainsi, l’entrevue peut prendre toutes sortes de directions, comme un cowboy sur son cheval.
As-tu un talent autre que la musique ?
J’ai découvert dernièrement que c’était un talent. On a une remorque quand on part tout le groupe, et tu sais, j’ai grandi sur une ferme puis je conduis des tracteurs depuis que j’ai 6 ans… J’ai donc de la facilité à reculer de grosses remorques sur une longue distance. À chaque fois que je le fais, mon groupe est genre : « Ayoye, tu ne t’es même pas repris une fois. » Moi, je pensais que c’était normal de faire ça. L’autre fois, on a sauté une transmission et on est arrivés deux heures en retard à Gatineau. C’est une très longue allée et le diffuseur nous voit arriver, il était clairement découragé en voyant la grosse remorque. Il a dû se dire dans sa tête : « Bon, ça va leur prendre 45 minutes à reculer ça… », mais finalement, ça m’a pris 30 secondes. Il était vraiment content et ne s’attendait pas à ça !
Qu’est-ce que tu dirais à un jeune qui a peur de se lancer dans la musique ?
C’est super cliché, mais « FONCE ! » Pour vrai, mon avenir, ça a toujours été de reprendre la ferme et je pensais que je n’avais aucune chance de faire de la musique. Ce n’était pas une option pour moi. J’ai continué à faire de la musique pour le plaisir, puis ça m’a quand même mené ici aujourd’hui. Il y a du monde qui n’aimait pas ce que je faisais… mais tu ne les écoutes pas. Tu continues de faire ce que tu fais. Tant que toi, t’aimes ce que tu fais, c’est ça l’important. Ça peut te mener à de belles places, tu sais. Moi, je ne pensais pas me retrouver ici, à LASSO.
Pose une question à la boule magique « 8 » et elle te donnera une réponse :
On va y aller avec une question simple. Là, il fait nuageux, semi-soleil. La scène où je suis, je pense qu’elle est face au soleil. Je me demandais : est-ce que je mets mes lunettes de soleil ou non ? Et la réponse de la boule… « Non. » Bon, la boule pense qu’il va pleuvoir !
Joël précise d’ailleurs qu’ils ont cette boule magique en studio et que, lorsqu’ils ont des idées et qu’ils ne sont pas certains de quoi en faire, ils se réfèrent à la boule pour obtenir une réponse.
Ceci ou cela « spéciale ferme » : le train du matin ou le train du soir* ?
Le train du matin, parce que le soir, tu termines toujours tard… J’ai toujours des projets, quand tu vois tes amis, c’est le soir, tu sais. Tandis que le matin, tu te lèves plus tôt, tu finis à 9 h-10 h. Tu finis le train, tu sors de la ferme et ta journée, elle vient juste de commencer, alors que le soir, tu sors de la ferme et tu es brûlé, tu t’en vas te coucher. Voir le lever du soleil et boire mon petit café en m’occupant des vaches, je trouve que c’est paisible.
« Faire le train » est une expression québécoise qui fait référence aux diverses tâches à accomplir quotidiennement sur une ferme.
Ceci ou cela : pour le restant de tes jours, tu ne peux choisir qu’une seule de ces options : tu fais tous tes spectacles devant des foules, mais tu es seulement connu au Québec ou tu fais tous tes spectacles devant personne, mais tu es filmé, diffusé et connu partout à travers le monde.
Je choisirais le Québec. Je trouverais ça plate de faire des spectacles juste devant une caméra… tu n’as pas la réaction du public, j’aime ça voir les gens. Le « trip » de faire des shows, c’est de connecter avec le monde présent. Puis tu sais, ça sert à quoi d’être connu partout dans le monde si tu ne vois jamais ce monde ? Donc ouais, Québec !!!
Deux vérités, un mensonge – par Joël Vogt :
- À la ferme, on a un lézard sur le bureau de travail. Quand on fait nos papiers, on a le lézard dans son terrarium, avec nous.
- J’ai déjà fait un spectacle où un gars a sorti son organe génital devant nous et il a fait l’hélicoptère avec.
- J’ai 160 animaux à la maison.
Catherine : « Je dirais que tu n’as pas de lézard… »
Joël : « Ahhhh… c’est ça ! (rires) »
Catherine : « Donc, il y a vraiment quelqu’un qui s’est dénudé pendant un de tes spectacles ? »
Joël : « C’était spécial… je m’en rappelle, j’ai fait du chansonnier pendant trois-quatre ans. J’en ai fait, des bars un peu plus douteux que d’autres, puis il y en a un, c’était dans un fond de rang et j’y suis allé tout de suite après la pandémie. C’était plein à craquer et vraiment festif, je me suis dit : c’est sûr que je vais retourner là, c’était trop le fun. Cette fois-là où j’y suis retourné, il y avait comme juste dix personnes, c’était un peu bizarre, puis là, il y a juste ce gars qui était un peu sous l’effet de l’alcool qui s’est baissé les pantalons et il était vraiment fier de ça. Ça m’a vraiment marqué. Il est venu nous voir après en disant : « Hey, pis !! C’était moi !! » Je me disais : « OK ouais, cool », mal à l’aise. »
Partage-moi une expression typique de la ferme que tu ne pourrais jamais utiliser en ville.
Il y en a plein ! Déjà, quand je dis à mes amis de la ville : « Faut que je retourne faire le train », ils sont comme : « Quoi ? » Il y a quelqu’un dernièrement qui m’a dit qu’elle savait ce que c’était de faire le train, elle a dit : « Oui, tu prends le tracteur et tu attaches les voiturettes en arrière pour aller dans le champ. » J’ai réalisé que les gens ne savaient pas du tout ce que c’est, le train.
Sinon, une vache, quand ça accouche, ça vêle. Donc, si une vache est en train d’accoucher, on dit qu’elle est en train de vêler. Puis là, nous autres, on se trouve drôles entre agriculteurs. Ma cousine est enceinte et l’autre fois, je lui ai dit : « C’est quand tu vêles ? » On se dit ça et on se comprend entre nous autres, mais je ne pense pas que ça passerait à Montréal.
Kaïn est l’une de tes inspirations musicales. Quand tu penses à ce groupe, quels sentiments te viennent ?
Je pense à ma jeunesse, à mon enfance. En faisant du tracteur, souvent, on met la radio et quand j’étais jeune, j’ai grandi dans le tracteur. C’était souvent du Kaïn qui passait. C’est très nostalgique… Quand tu vas voir un spectacle de Kaïn, ce sont toutes des chansons que tu as entendues quand tu étais plus jeune. Quand tu entends une de leurs chansons, tu te rappelles où tu l’as entendue la première fois, avec qui.
Et sachant maintenant qu’ils terminent leur carrière ?
C’est triste, je trouve ça triste. C’est sûr qu’il faut que j’aille les voir, je pense qu’ils finissent à Drummondville. Je vais m’arranger pour aller les voir avant qu’il soit trop tard. C’est triste, tu sais, ils ne sont pas vieux, ils pourraient continuer encore. Ils vont peut-être faire une réunion dans dix ans !
Oups… Joël a fait tomber la tour de Jenga ! Il prend donc les pièces qui sont tombées une à une.
Quel est ton plus gros « pet peeve » (ta bête noire) ?
Le premier qui me vient en tête, c’est quelqu’un qui mange la bouche ouverte et fait beaucoup de bruits de mastication. Ou encore, quand je termine un show et que j’ai plein de fils à ranger et quelqu’un me dit qu’il va m’aider, super gentiment, mais il roule les fils autour de son coude… Je n’aime pas ça, ça abîme les fils et ça gratte dans une partie de mon cerveau. J’aime mieux le faire tout seul.
Si tu avais pu écrire une chanson qui existe déjà, ce serait laquelle et pourquoi ?
C’est une bonne question. C’est difficile à répondre. Il y a beaucoup de chansons en anglais, ce ne serait pas vraiment en anglais que moi je l’aurais fait… mais sûrement une chanson de Sam Barber. Je ne sais pas laquelle, tout son album me parle. Il y a comme 25 chansons sur son album, donc je ne sais pas laquelle. Toutes les chansons qu’il sort sont tellement bonnes, il n’y a aucune chanson qui soit mauvaise. Puis je pense que lui aussi a grandi sur genre un ranch et il a quitté ça pour faire de la musique, donc ça me rejoint, ses textes me parlent.
Ceci ou cela : tu n’as le choix qu’entre un de ces accessoires… tu choisis le chapeau ou les bottes de cowboy ?
Bottes ! Tu ne peux pas aller faire genre ton épicerie avec ton chapeau… ben, oui, tu peux, personne ne te juge, mais moi, j’ai toujours mes bottes, qu’il fasse -40 ou +40 (à +40, je ne sais pas ce que ça sent là-dedans, haha !), mais je les ai tout le temps. On est bien là-dedans, c’est comme des pantoufles, tu peux marcher partout avec ça. Le chapeau, tu sais, il prend dans le cadre de porte, ça ne passe pas. Puis moi, je suis plus du type casquette de toute façon.
Qu’est-ce qui s’en vient pour toi ? Qu’est-ce qu’on devrait savoir ?
Je suis en tournée présentement, je fais des spectacles un peu partout. Je reviens de mon cinquième en cinq jours aujourd’hui, je suis un peu fatigué, mais c’est super excitant. C’est ma première médiatique le 7 octobre au Club Dix30 à Brossard et, pour l’instant, pas de nouvelle musique à l’horizon, juste des spectacles.
Pour en savoir plus sur Joël Vogt, sa musique et ses spectacles :
Pour suivre Joël sur les réseaux sociaux :
Instagram : https://www.instagram.com/joelvogt_/
TikTok : https://www.tiktok.com/@joelvogtmusic




Catherine Lévesque | Journaliste
La première question que te posera Catherine en te rencontrant, c’est certainement à propos de musique. Grande passionnée de musique en tout genre, dès son plus jeune âge, celle-ci comprend que c’est à ses yeux, le plus merveilleux des moyens de communiquer. À travers ses mots et en parallèle à sa carrière en intervention sociale, Catherine profite de chaque opportunité pour offrir une belle vitrine à ses artistes préférés et à ses plus récentes découvertes. Tu risques fortement de la croiser dans un concert ici – ou ailleurs sur la planète.
