Ce lundi 12 décembre à 20h00, le documentaire J’ai perdu mon bébé sera diffusé sur la chaine Canal Vie, en plus d’être disponible sur Crave et en rattrapage sur Canal Vie. Il est réalisé par Isabelle Tinclerc. L’animatrice Marie-Josée Gauvin parle dès les premières secondes de la perte de sa première fille, très malade, qui s’est « envolée à l’âge de 3 mois », de ses deux fausses couches et de son autre fille qu’elle peut voir grandir aujourd’hui. Pendant 60 minutes, Marie-Josée part à la rencontre de personnes qui ont été confrontées à un deuil périnatal, comme l’auteure-compositrice-interprète Ingrid Saint-Pierre qui raconte son expérience au travers des paroles de Monoplace, qu’elle interprète en piano-voix, ou encore le couple Marie-Ève Janvier et Jean-François Breau qui se confie.
Une psychologue et une chercheuse spécialisée dans les deuils périnatals interviennent par intermittence pour nous éclairer. Nous apprenons qu’une grossesse sur cinq n’arrivera pas à terme.
Avec de sublimes images et couleurs, la réussite de ce documentaire est de ne jamais tomber dans le pathos. On pleure beaucoup, mais il y a aussi des sourires, et l’animatrice arrive à faire des transitions plus légères, pour nous permettre de poursuivre le visionnement…
Notre journaliste Lilian Largier s’est entretenu avec Marie-Josée Gauvin.

Ce documentaire parle de deuil périnatal, un sujet ultrasensible, encore trop tabou en 2022 ?
Pour toutes les femmes qui ont participé, nous ne pensions pas que cela nous ferait encore pleurer. Ingrid Saint-Pierre m’a dit « Je n’ai jamais pleuré en faisant la chanson. Je ne sais pas aujourd’hui pourquoi je pleure ». Nous qui l’avions vécu, je voulais que l’on dise la vérité, afin de s’aider et de se comprendre. Quand ma meilleure amie a vécu cela, je ne savais pas quoi lui dire. Le tabou et l’inconfort sont grands, si bien que les femmes vivent souvent seules leur deuil. Cela n’est pas normal.
Qu’est-ce que vous retiendrez des témoignages que vous avez recueillis ?
J’ai aimé l’esprit de solidarité que j’ai ressenti. J’ai un attachement envers ces femmes-là, qui sont courageuses; elles sont des guerrières. Elles ont brisé la glace. Je leur suis reconnaissante, par leur accueil et leur acceptation, car nous avons toutes des histoires différentes. Il faut arrêter de se comparer aux autres. Ces femmes-là se promènent la tête haute, fières de ce qu’elles sont, tout en portant des blessures, des déceptions, mais aussi des espoirs. J’ai un énorme respect.
Finalement comme vous le dites bien au début « ces femmes vivent cela toutes seules ». En fait, elles mettent toutes ces blessures sous le tapis, ce qui n’est jamais bon…
Comme le dit Francine de Montigny, l’infirmière et chercheuse spécialisée en deuil périnatal, si ces femmes étaient prises en charge tout de suite, si on leur faisait rencontrer quelqu’un, en les informant des sentiments qui peuvent les habiter, on éviterait des épisodes d’angoisse, de solitude pour la femme qui vit cela, autant que pour son partenaire. Ce travail de prévention est tellement important.
Une femme est déjà formatée. Elle refuse souvent de dire qu’elle est enceinte avant trois mois. Et si jamais il arrive quelque chose, elle vit sa peine dans son coin. Beaucoup trop de questions se posent alors : « Qu’est-ce que je dois faire, qu’est-ce que je ne dois pas faire ? ».
La psychologue Lori Zéphyr évoque d’ailleurs dans le reportage l’importance de communiquer et d’ouvrir le dialogue.
Est-ce que cela était important d’avoir des spécialistes du domaine dans les entrevues ?
Je voulais qu’il y ait des solutions. Nous avons voulu proposer des pistes de solutions et des outils pour les gens autour de nous qui vivent cela…
Je pense que je banalisais cela avant de le vivre moi-même. Il n’y a malheureusement pas toujours des bébés arcs-en-ciel. Ces femmes ont le droit d’avoir un genou à terre, parce qu’elles n’ont pas la force mentale ou physique, parce que cela est trop difficile pour leur conjoint, etc.
Avec l’équipe, nous avons voulu avoir un large éventail d’histoires, même si nous n’avons pas pu représenter tout le monde.
Que souhaiteriez-vous qu’il reste de ce projet ?
Francine de Montigny précise que des plans existent, des façons de faire également. J’aimerais qu’il y ait un accès aux ressources, une salle réservée pour les femmes qui vivent cela, et qu’elles ne se retrouvent pas assises au milieu d’autres femmes avec « de belles bedaines », des femmes joyeuses. Je ne leur souhaite rien de mal à ces femmes, mais c’est très brutal comme réalité. J’espère que l’on sera plus avisé à l’avenir.
Il y a une infirmière, qui a pu voir le documentaire en primeur, qui m’a dit qu’elle allait le montrer à toutes les étudiantes infirmières.
Il y a un équilibre intéressant entre émotions, tristesses, sourires et explications parfois bienveillantes. Mais vous ne tombez jamais dans le pathos, ce qui fait que J’ai perdu mon bébé est tourné vers le grand public…
Oui. Les mots d’ordre ont été : lumière, solutions et vérité. Nous sommes allées très loin avec nos invités, mais c’était important qu’ils puissent arrêter quand ils le voulaient. Le projet a été porté avec un souci de transparence et d’accueil. Nous ne voulions pas tomber dans le sensationnalisme ni être larmoyants, mais parler de la vie, sans être tout le temps dans la lourdeur et la tristesse. Il est possible de parler du sujet de façon plus froide et honnête. Plein de sentiments se mélangent.
Nous avons sinon réalisé un travail d’équipe avec Zone3, dont Isabelle Tinclerc, la réalisatrice et Marie-Claude Paradis, la recherchiste, qui a effectué un travail incroyable.
Photo principale : Frédéric Lebeuf / Photo dans l’article : Courtoisie

