La pièce de théâtre Hiroshima, mon amour était présentée au Festival TransAmériques (FTA) du 27 au 29 mai 2025 à 19h à l’Usine C.
L’écriture de Marguerite Duras a, par sa force et sa beauté intimiste, inspiré le cinéaste de la Nouvelle vague française Alain Resnais qui a réalisé un de ses meilleurs films en 1959, Hiroshima mon amour.
En revisitant les images et les dialogues du film original, l’auteur Christian Lapointe du Théâtre Carte blanche de Québec et la compositrice australienne Rósa Lind ont fait renaître une œuvre originale qui s’inscrit en parallèle du film avec pourtant une couleur distincte, musique contemporaine, dialogues chantés et technologie au service de la poésie sur l’amour anonyme et éphémère. De concert avec la mort et la souffrance, la mémoire qui peut ou ne pas agir lors d’événements tragiques. Est-ce vraiment arrivé ou est-ce une illusion ? Ai-je été humiliée ou punie des actes anti-patriotiques ? Comment faire pour s’aimer et ensuite s’oublier ?



La scène est occupée par un orchestre de huit musiciens, d’une part, et un espace de rencontre des amants, d’autre part. Les coïncidences sont multiples entre le film de 1959 et le théâtre inspiré de Christian Lapointe. La destruction de la ville d’Hiroshima par la bombe atomique le 6 août 1945 a détruit immédiatement des centaines de milliers d’êtres humains et des dizaines de milliers d’autres dans les mois qui suivirent. Les édifices ont carrément fondu sous la chaleur comparable à celle du soleil et les radiations ont donné lieu à des diagnostics de cancer écourtant la vie de nombreux Japonais. On y voit des images d’archives des blessés mourants et aussi la consternation des visiteurs du MUSÉE DE LA PAIX à Hiroshima devant les artefacts calcinés et tordus.
Toute cette tristesse est en filigrane dans la rencontre fortuite entre les deux amants. Elle vient de Nevers en France, lui de Hiroshima. Leurs vrais noms resteront inconnus, car ils savent que leur amour est éphémère. Ils se contentent de savoir si peu, de connaître leur origine mais pas leur destination.



Les effets vidéo sont troublants, car la double réalité des visages et des corps est si proche des images de 1959, que l’on ressent l’émotion décuplée. Cela a été bien sûr travaillé pour se coller à l’esthétique de Resnais toujours aussi forte avec ses gros plans des visages et la stupéfaction de l’attirance ressentie. Les mains agissantes qui caressent le dos nu, les bras qui enlacent le corps bien-aimé. Les peuples étaient jadis ennemis mais les êtres peuvent aussi s’aimer avec cette passion qui permet de combattre tout préjugé de famille ou de patrie. En finale, la scénographie fait le parallèle avec les guerres destructrices actuelles qui accablent notre 21e siècle.
L’expérience est forte et soulève l’émotion des spectateurs. La salle complète est éblouie et le silence de l’audience est remarquable. On ne veut rien manquer de la performance vocale et scénique. La technique est utilisée à bon escient et contribue à soulever le tout pour que la magie opère. Les costumes nous replongent dans les années 60, la beauté stylistique épurée de la nouvelle vague à son meilleur.


Merci au travail des vidéastes et au souffle des interprètes qui livrent une performance lyrique formidable: les amants Ellen Weiser et Yamato Brault-Hori. Marie-Annick Béliveau personnifie l’autrice Marguerite Duras et la cheffe d’orchestre.

Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Valérie Remise
