Photo : Stéphane Bourgeois
Présentée jusqu’au 23 mai 2026 à la Salle Ludger-Duvernay du Monument-National, la création danse-théâtre Hamlet, Prince du Danemark unit Robert Lepage et Guillaume Côté dans une adaptation visuelle, audacieuse et sans paroles du célèbre drame de William Shakespeare.
Deux artistes talentueux collaborent pour innover avec cette présentation danse-théâtre de « Hamlet, Prince du Danemark ». Drame existentiel écrit par William Shakespeare il y a 400 ans, joué et interprété sur toutes les scènes du monde et dans toutes les langues possibles, il est présenté cette fois sans parole, mais en mouvements et enrichi de musique. Les personnages sont des danseurs en mouvement théâtralisé, la musique envoûtante à souhait ponctue les émotions fortes. Le texte est absent, mais les obsessions, l’avidité et les manigances des courtisans sont illustrées par des chorégraphies classiques et modernes : breakdance, déhanchements disco, swing jazzé, acrobaties, etc.
Les musiques de Peter Gzowski sont graves et pénétrantes, avec des accents parfois insolites, parfaits pour accompagner le drame. On est soudain dans l’univers mystérieux des crimes passionnels, de la trahison, des luttes de pouvoir et des questions existentielles comme la survie dans un monde menaçant. Les rythmes soutenus accompagnent les pas et les envolées des corps. Les sons percutants grincent parfois pour nous transporter dans cette intrigue complexe, où « il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark ». On assistera à un régicide en direct, à d’autres crimes passionnels et à une vengeance qui n’assurera pas la paix intérieure du jeune prince Hamlet.
Guillaume Côté, ex-danseur étoile devenu associé chorégraphique du Ballet national du Canada, tient le rôle-titre. Il a mis en place une chorégraphie exigeante exprimant parfois les doutes, mais aussi la violence du prince dont le père a été assassiné par son propre frère, Claudius (Robert Glumbeck), amant de sa mère, voulant ainsi usurper le trône. Que dire de la magistrale scénographie de Robert Lepage, qui assure des moments haletants, car il se surpasse dans l’invention scénique. Ainsi, le roi légitime sera empoisonné sous nos yeux. Lepage utilise la magie des ombres chinoises pour représenter le crime avec un grand voile éclairé par derrière, à distance suffisante permettant de grossir les personnages au point de devenir géants. Très efficace et troublant.



La corruption qui entoure le drame donne des sueurs froides à Hamlet, qui perdra son amoureuse Ophélie, devenue folle, et se perdra dans un flot extraordinaire de mouvements qui l’emporteront bien haut sur scène, loin dans une mer de tissu imaginée par Lepage. On reste muet devant tant de lyrisme visuel. Son corps sera retrouvé et transporté, inerte, par son frère Laërte, joué par Lukas Malkowski, et Hamlet. Cette chorégraphie à trois est remarquable… Carleen Zouboules, en Ophélie, est brillante. La psychologie des personnages est évoquée par une scène de miroirs où l’on assiste à une véritable transformation des apparences, puis ensuite à une renversante danse avec des masques derrière la tête. Le corps derrière devient le devant, méconnaissable, comme la vérité est trompeuse, encore une fois.
Le duel entre Hamlet et Laërte, frère d’Ophélie corrompu par Claudius, est une lutte aérienne, car de longs rubans de soie de couleur rouge ou blanche sont posés à la pointe de chacune des épées, dont une est empoisonnée par le roi usurpateur. Le danger de chacun des coups portés à l’adversaire devient une inévitable épopée macabre.
Notons le rôle d’Horatio, fidèle ami masculin de Hamlet dans le récit shakespearien, ici interprété par la danseuse Natasha Poon Woo, inoubliable de candeur et d’agilité… elle représente un peu l’espoir de l’humanité par la fraternité. Enfin, la reine est jouée par Greta Hodgkinson, véritable actrice de la perfidie sensuelle. C’est ce qui est remarquable dans cette performance de danse-théâtre : les danseurs jouent leur rôle avec des expressions faciales convaincantes, des respirations que l’on entend dans leur souffle comme des répliques, tout ça en haute voltige. Mentionnons le travail et le talent des danseurs Robert Glumbeck en Claudius, Michel Faigaux en Polonius, père d’Ophélie et de Laërte, Willem Sadler en Guildenstern et Connor Mitton en Rosenkrantz.
Finalement, William Shakespeare est sûrement heureux de voir ses personnages exprimer tant de vérités sans dire un seul de ses mots !



À voir absolument dans la belle salle Ludger-Duvernay du Monument-National jusqu’au 23 mai 2026.

Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos
01, 02, 03, 07 – Hamlet, prince du Danemark – Robert Lepage + Guillaume Côté. © Stéphane Bourgeois.
04 – Hamlet, prince du Danemark – Robert Lepage + Guillaume Côté. © Stéphane Bourgeois. Interprètes Robert Glumbek, Carleen Zouboules, Bernard Meney, Greta Hodgkinson.
05 – Hamlet, prince du Danemark – Robert Lepage + Guillaume Côté. © Stéphane Bourgeois. Interprète Carleen Zouboules.
06 – Hamlet, prince du Danemark – Robert Lepage + Guillaume Côté. © Stéphane Bourgeois. Interprète Guillaume Côté.
08 – Hamlet, prince du Danemark – Robert Lepage + Guillaume Côté. © Roman Boldyrev.
