Gabriella Olivo est une autrice-compositrice-interprète, basée à Montréal, qui fait de la musique rêveuse et douce. Avec une mère mexicaine et un père québécois, elle mélange l’espagnol et le français de manière naturelle, et les mots, souvent intimes, coulent parmi les synthés et les guitares.
«Je pense que c’est un exutoire d’écrire en espagnol parce que c’est un peu comme un genre de jardin secret pour moi», explique Gabriella dans notre entrevue au Pantoum, à Québec, le 20 décembre. Ce soir-là, c’était le deuxième lancement de son EP A todos mis amores qui est sorti en octobre, le premier lancement ayant eu lieu au Bain Mathieu à Montréal le 13 novembre. Accompagnée par ses musiciens, elle a joué les chansons de l’EP (son bassiste/guitariste Raphaël Laliberté-Desgagné ayant le rôle de Sanje pour Ici) ainsi que Lune, Et moi je suis heureuse et Amorcito Corazon de son premier EP Sola.
A todos mis amores est rêveur et personnel. Il y a des chansons hypnotiques, Sueños et Tonterías, et les touches espagnoles sonores de No te olvides de la luz. Alors que son premier EP a été enregistré à Montréal et sa chanson Des chansons sur toi a été enregistrée dans le studio de Simon Kearney à l’île d’Orléans, cette récente collection de chansons a pris forme au Mexique. Cela ajoute à l’identité de la musique de Gabriella Olivio qu’elle continue de nous présenter.
On a parlé avec l’autrice-compositrice-interprète avant son spectacle au Pantoum pour en savoir plus sur sa relation avec les langues.
Félicitations pour la sortie de ton EP, A todos mis amores. Ça fait plus qu’un mois maintenant donc comment te sens-tu?
Je suis vraiment contente. C’est l’fun d’avoir une équipe pour la sortie aussi. Faire partie de la maison de disque Duprince m’a aidée à mettre l’EP plus sur la map, alors je suis contente de cet aspect-là. J’ai reçu de beaux commentaires et c’est seulement le début, donc je suis vraiment excitée pour la suite! J’ai hâte de faire plus de spectacles.
Qu’est-ce qui a changé depuis ton dernier EP, Sola? (sortie en 2022)? Est-ce que toutes les chansons sur A todos mis amores sont nouvelles?
Oui, ce sont toutes de nouvelles chansons. La moitié est des vieilles chansons, par exemple de trois ou quatre ans, auxquelles je voulais donner vie, et l’autre moitié, de nouvelles chansons que j’ai faites assez récemment. Il y en a une qui s’appelle Ici que j’ai composée avec mon producteur à Mexico City en mai. C’était une collaboration vraiment fun où on l’a enregistré en deux jours. C’est sûr que cet EP-là est plus réfléchi et organique aussi. Tout était enregistré en live, souvent c’est en one take. Cette essence-là est quelque chose que mon producteur Santiago Mijares a apporté. Je pense que le dernier EP était plus produit, alors que sur A todos mis amores il n’y a pas d’instruments qui ne sont pas lives.
Tes chansons sont un mélange de français et d’espagnol. Évidemment, c’est naturel pour toi, vu que les deux langues font partie de ta vie, mais est-ce que tu as commencé ton projet avec l’intention de combiner les deux?
Oui, à 100%. Depuis le début de mes propres compositions, même quand je ne savais pas que j’allais faire un EP, le fait d’écrire dans les deux langues est venu naturellement. Je pense que c’est aussi un exutoire d’écrire en espagnol parce que c’est un peu comme un genre de jardin secret pour moi. Il y a aussi la sonorité qui est super bien quand tu chantes en espagnol. C’est plus lyrique et romantique. J’adore le français aussi, mais je trouve que le mélange donne deux aspects qui se complètent dans mes chansons.
Antoine est une chanson où ce mélange est très présent. Premièrement, qui est Antoine?
C’est le cousin de ma mère qui est décédée il y a un an. Il était comme un meilleur ami pour ma mère, il était super proche, donc ça a été difficile. J’ai écrit cette chanson pour ma mère, pour sa famille, et pour mon oncle qui s’appelle Antonio.
Il y a une augmentation d’énergie et d’optimisme quand l’espagnol commence. Quel est le rôle des deux langues dans cette chanson? Est-ce que ce changement était conscient?
Non, je ne dirais pas que c’était conscient. À la base, quand j’ai écrit cette chanson, c’était juste la voix, donc il n’y avait pas vraiment ce gros changement d’énergie. L’espagnol et le français sont un peu inconscients quand j’écris, ce qui vient est naturel.
D’habitude, quel est ton processus de création? Les paroles sont simples, mais efficaces, par exemple No te olvides de la luz se lit comme un poème. Est-ce qu’elles viennent en premier et ensuite tu trouves la musique?
En général, c’est plus la musique qui vient en premier. En même temps, je baragouine des trucs en espagnol, en français et même en anglais. Après ça, j’écris les paroles. En ce moment, j’essaie d’explorer d’autres processus, comme écrire avant puis après ça mettre les paroles en musique, mais d’habitude c’est la musique qui est en premier.
Pourrais-tu parler de la chanson Ici avec Sanje? Comment l’idée est-elle née? As-tu décidé de faire la chanson après avoir travaillé ensemble?
C’était vraiment un ajout parce que ce n’était pas prévu. Il a produit l’album, mais on ne se connaissait pas avant. Je suis arrivée à Mexico City et j’ai rencontré Santiago. On a fait l’EP et ça s’est bien passé, donc on s’est dit qu’on devrait faire une chanson ensemble. Au départ, on ne savait pas trop pour qui, ou s’il allait la mettre sur son album aussi. Finalement, je l’ai mise sur le mien. C’était une collaboration très spontanée où on a écrit et enregistré la chanson en deux jours.
L’EP était enregistré au Etsudio à Mexico City. À quoi ressemblait l’ambiance et pourquoi était-il important d’enregistrer là-bas?
En fait, c’était vraiment une chance d’enregistrer là-bas. Mon label avait des connexions au Mexique. Ils m’ont mis en contact avec Santiago, puis c’était l’idée de partir un mois et d’enregistrer là-bas. C’était comme un petit rêve pour moi de pouvoir faire ça. Je trouve que ça avait beaucoup de sens avec mes compositions parce que Santiago a le flavor mexicain dans sa façon de jouer. Dans la chanson No te olvides de la luz, par exemple, il y a des instrumentations comme la guitare espagnole, et il était capable de jouer tout ça. L’enregistrer au Mexique fait partie de tout le processus et c’est comme boucler la boucle.
Est-ce qu’il y a d’autres musiciens avec qui tu as travaillé pour l’EP et, si oui, comment ont-ils influencé le son?
J’ai fait une chanson qui s’appelle Tonterías avec Léo Leblanc, qui est un musicien et un ami qui habite à Montréal. Pour toutes les autres chansons, ce n’est que Santiago qui a fait les instruments avec son frère et moi.
En ce qui concerne tes racines mexicaines et québécoises, comment comparerais-tu les deux cultures?
Je pense qu’elles ont quand même beaucoup de similarités, par exemple la façon d’être ouverte et accueillante. Je pense qu’il y a une connexion entre le Québec et le Mexique et c’est pour ça qu’autant de québécois aime aller au Mexique et ils trippent sur la culture et vice versa. Je trouve qu’il y a une chaleur dans les deux cultures, mais le Mexique l’a encore plus. Tu vas au Mexique et tous les gens sont super gentils et il y a beaucoup de valeurs de famille et d’amitié.
Qui sont tes plus grandes influences musicales, soit en français ou en espagnol?
J’écoute tellement de genres différents. Je pourrais nommer un artiste, mais peut-être qu’il n’y aurait pas un rapport avec mon projet. J’adore Beach House, par exemple, qui m’a influencé d’une certaine manière.
Est-ce qu’il y a des artistes qui t’ont inspiré à commencer son projet?
J’écoute encore beaucoup d’indie rock, comme Alex G, Beach House, The Strokes, et des choses electros aussi. Sinon, j’écoute beaucoup de folk, comme Julia Jacklin et Big Thief. Il y a aussi de la musique traditionnelle mexicaine, comme le boléro ou le groupe Los Panchos. C’est tout très varié.
Tu as joué un lancement au Bain Mathieu à Montréal le 13 novembre. Comment s’est passé ce spectacle?
Il s’est super bien passé. C’était un beau show avec plein de monde. Je suis contente.
Est-ce qu’il y a des choses que tu aimerais faire différemment à Québec ce soir? Quels sont tes plans pour ce lancement?
Il va ressembler pas mal au lancement à Montréal, sauf que ça va être plus intime et petit. J’aime aussi jouer dans les petites salles et être proche des gens, donc je pense que ça va être cool ce soir.
Finalement, as-tu des projets ou des espoirs pour 2025 que tu pourrais partager?
Je commence l’écriture de mon album, alors je vais me concentrer là-dessus. Je vais être à 100% sur l’écriture et la composition des chansons.
Penses-tu que tu vas l’enregistrer à Mexico encore ou à Montréal?
Je pense que ce sera ici au Québec. C’est ça le plan en tout cas!
Crédit Photos: Sophia Perras

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.
