Ce vendredi 6 juin 2025, la comédienne et humoriste Doully a livré une performance inoubliable au Théâtre Beanfield de Montréal, devant une salle bien remplie et entièrement acquise à sa cause. Pour l’avant-dernière date de sa tournée, elle a offert à ses « petits culs montréalais » un moment rare d’humour brut, bouleversant et follement drôle.
En robe verte fluide, pieds nus — « pas par trip hippie », mais pour ménager ses « pieds de hiboux » — Doully entre en scène comme on entre dans un salon d’amis. Immédiatement, le ton est donné : proximité, franchise, et un humour acéré qui ne s’excuse de rien.
Sa voix rocailleuse, reconnaissable entre mille, fait vibrer la salle dès les premières phrases. Avec une énergie solaire et un naturel désarmant, elle embarque le public dans une heure trente de confidences hilarantes, d’autodérision radicale et de vérités crues. Doully parle d’elle, bien sûr — de son passé de toxicomane, de sa sobriété, de son corps, du handicap et de la mort — mais elle le fait en nous regardant droit dans les yeux, sans détour, avec cette capacité rare de faire rire là où d’autres n’oseraient pas s’aventurer.
Le public, complice, rit aux éclats. Pas seulement parce que c’est drôle (et ça l’est, souvent à s’en plier en deux), mais parce que c’est profondément humain. Doully aborde les tabous avec une irrévérence salvatrice : la dépendance, la consommation d’alcool, le handicap, l’insomnie, la haine des hippies et des hipsters, tout y passe. Mais jamais gratuitement. Chaque blague, aussi grinçante soit-elle, est portée par une tendresse de fond et une dignité revendiquée.
Sur scène, elle ne joue pas un personnage : elle est là, entière, vivante, partageant une page du livre de sa vie. Et c’est précisément ce qui touche autant. Doully ne fait pas juste du stand-up : elle transforme la scène en un espace de dédramatisation où rire de ce qui est grave, ce n’est finalement pas si grave.
Doully, hilarante et nécessaire, nous rappelle qu’on peut rire de tout, à condition de le faire avec cœur.
Et comme si ce n’était pas assez, Doully nous a offert une finale à son image : déjanté, joyeux et fédérateur. La soirée s’est conclue sur un karaoké géant, délicieusement exutoire, où la salle entière a chanté à pleins poumons, dans un joyeux chaos collectif. Un dernier moment de lâcher-prise, comme une communion libératrice entre l’artiste et son public.

Lucas Brunet | Journaliste

