Après six années d’absence sur scène, Daniel Lavoie a accepté de remonter sur les planches à l’invitation des Productions Martin Leclerc, pour souligner les 40 ans de la sortie de son album culte Tension – Attention, paru en 1984. Ce retour attendu a réuni un public fidèle et nombreux au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, le 11 juin, à l’occasion d’une supplémentaire bien méritée.
Ce spectacle présente, en première partie, un nouveau venu de 23 ans à la voix très agréable, Louis-Julien Durso et son accompagnatrice de 19 ans, Éléonore Brin-Delisle, remarquable au piano. Avec un aplomb formidable, Louis-Julien réchauffe la salle avec des compositions originales et aussi une interprétation d’une chanson de Sylvain Lelièvre. Très à l’aise pour s’adresser à la foule en soulignant l’utilité des premières parties nonobstant l’opinion de certains chroniqueurs… qui sait, il pourrait devenir chanteur/humoriste ou vice versa !
Pour «notre» Daniel Lavoie, le public lui est fidèle et la salle était bondée. Le fait de repartir en tournée l’a séduit, car il s’est accompagné de musiciens de grande qualité qu’il a choisit grâce à des relations de camaraderie de longue date. Au piano et à la direction musicale Jean-François Groulx, le fabuleux Paul Brochu à la batterie, Mathieu Déry, virtuose de la contrebasse, un instrument que Daniel affectionne particulièrement, et Laurent Guardo, un compagnon de composition et de création avec lequel il a souvent travaillé. Ce dernier nous charme avec son accompagnement médiéval à la « vielle à roue » sur l’énorme succès Ils s’aiment. Deux voix féminines ajoutent à la profondeur des harmonies vocales. Emilie Pompa et Myëlle entourent élégamment le chanteur tout le long du spectacle.
Daniel Lavoie arrive en scène avec tellement de naturel et de simplicité, cette grâce qui nous fait oublier qu’il ne bouge que très peu en scène, mais sa musique nous envahit. Le grain de voix de septuagénaire n’a pas changé et il peut encore projeter des notes avec force. Son tour de chant débute avec « J’ai quitté mon île », tout de suite un moment fort qui nous parle du déracinement et de la poésie de l’attachement quel qu’il soit… Viennent ensuite des moments de frénésie définitivement plus JAZZ. Notre Daniel Lavoie est un jazzman et un poète, c’est ce qui le rend touchant et envoûtant. Il peut aussi swinguer avec La danse du Smatte..
Il nous raconte que grâce à Victor Hugo, qui a écrit Notre-Dame de Paris, fin 19e siècle, et, à son rôle de Frollo, prêtre subjugué par la beauté d’Esmeralda, sa carrière a pris un nouvel envol qui l’a mené partout sur la planète de la Chine à la Russie en passant par Londres et New York. Celui qui a fait son cours classique chez les JÉSUITES, tout en restant un peu timide, il a un sourire généreux, s’intéressant à écrire de la poésie et des contes pour enfant. On le croit tellement quand il interprète : Je pensais pas qu’un jour j’aurai aimé si fort.

Michel Jolicoeur | Journaliste
Crédit Photo : Marie Demeire | Photo de la première de sa tournée / Avril 2023
