Avec CLOWN(S), présenté par l’Opéra de Montréal au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts — dont la première mondiale avait lieu le 31 janvier — l’opéra contemporain prend un virage aussi audacieux que touchant. La compositrice et librettiste Ana Sokolović signe une œuvre singulière, à la frontière du théâtre musical, du cirque et de la fable existentielle. Ici, pas d’aria traditionnelle ni de récit linéaire : l’émotion passe d’abord par le corps, le geste, la couleur et le son.
Une proposition des plus originales
Inspiré à la fois de l’univers du cirque et du cinéma muet, mêlant musique, théâtre, danse, acrobaties et marionnettes, CLOWN(S) propose une fable musicale en sept tableaux explorant le cycle de la vie.
Cette fresque, conjuguant langue inventée, musique et magie, plonge le public dans le monde fantastique du cirque et des saltimbanques. Sur scène, une voiture surgit et libère tout un univers intérieur et imaginaire. S’amorce alors un voyage à travers les grandes étapes de l’existence : naissance, découverte, émerveillement, amour, joie, conflit, tristesse et sérénité.
Parmi les artistes, on retrouve une figure bien connue du public : la plongeuse de haut vol et artiste de cirque Lysanne Richard, participante de Big Brother Célébrités (saison 2), aux côtés de la troupe Dynamo.
Une langue sans mots, mais pleine de sens
L’un des paris les plus frappants de CLOWN(S) réside dans l’usage d’une langue inventée. Loin d’être un simple artifice, ce choix libère le spectateur de la compréhension littérale pour l’amener vers une écoute plus instinctive. Les voix deviennent matière, texture, souffle. On ne « comprend » pas toujours, mais on ressent. C’est précisément là que l’œuvre trouve sa force : dans sa capacité à communiquer l’essentiel sans jamais l’énoncer frontalement.


Une partition expressive
La musique de Ana Sokolović se déploie en tableaux contrastés, oscillant entre burlesque et mélancolie. L’orchestration façonne un univers sonore à la fois étrange et familier. Le rire affleure souvent, mais il est rapidement rattrapé par une douce gravité : derrière le masque du clown, c’est la fragilité humaine qui se dévoile. Une écriture contemporaine, certes, mais étonnamment accueillante, même pour un public peu habitué à l’opéra d’aujourd’hui.
Une scénographie au service de l’émotion
Visuellement, CLOWN(S) impressionne par la cohérence et la précision de sa mise en scène. Les interprètes — chanteurs autant que comédiens — investissent pleinement leur rôle physique : chutes maîtrisées, regards appuyés, silences éloquents. Le travail corporel est remarquable et confère au spectacle une dimension presque chorégraphique. Chaque geste semble chargé de sens, chaque déplacement évoque l’enfance, la solitude ou le passage du temps.


Un opéra qui touche juste
Sans chercher à plaire à tout prix, CLOWN(S) réussit à émouvoir. Les applaudissements nourris témoignent d’un public touché par cette proposition hors normes. En osant et en faisant confiance à l’intelligence émotionnelle du spectateur, l’Opéra de Montréal signe une œuvre qui ne laisse pas indifférent.
CLOWN(S) sera présenté les 3, 5 et 8 février 2026.
Billets : https://operademontreal.com/programmes/clowns
Détails
• Compositrice : Ana Sokolović
• Dramaturge : Dairine Ní Mheadhra
• Mise en scène : Martin Genest
• Production : Opéra de Montréal
Sources
Opéra de Montréal

Josée Laberge | Journaliste
Passionnée de musique depuis son jeune âge et ayant une formation de pianiste, Josée a des goûts musicaux très éclectiques. Dévorant la culture sous toutes ses formes, elle adore assister à des spectacles ou événements de tous genres, afin de partager sa passion pour la richesse de la culture québécoise et de ses nombreux artistes talentueux.

Photos : Courtoisie
Crédit photo: Vivien Gaumand
