Sorti le 9 janvier, Le Continuum marque une étape importante dans le parcours de Charlotte Désilets, qui explore le jazz vocal en français à travers l’amour, la transmission et le désir de rassembler. Par des réinterprétations sensibles et profondément humaines, l’artiste affirme une démarche sincère, ancrée dans l’authenticité et la continuité.
Pour celles et ceux qui te découvrent aujourd’hui, qui est Charlotte Désilets ?
Charlotte Désilets est une amoureuse. Elle aime chanter, danser, rire et pleurer. Elle aime les petites plantes qui poussent entre les briques, les nuages roses au coucher du soleil et les petits flocons qui semblent léviter. C’est une amoureuse qui a de la drive pour entreprendre les plus grands projets et du flair pour bien s’entourer (de gens qui savent aussi aimer).
Tu viens de lancer Le Continuum. Comment présenterais-tu cet album et l’intention qui l’habite ?
Mon intention avec Le Continuum était de partager au monde le concept que je développe depuis trois ans : du jazz vocal québécois. Le défi était de créer un long jeu avec un raffinement sonore et créatif à la hauteur de mes modèles du jazz, comme Esperanza Spalding, Cécile McLorin Salvant, Veronica Swift et Caity Gyorgy, tout en restant fidèle à moi-même, avec des chansons significatives pour moi et dans ma langue maternelle, le français.
J’ai porté attention à maintenir mon accent québécois, à minimiser les éditions en postproduction (donc presque tout est enregistré en même temps) et à maximiser l’authenticité. Tant qu’à être humaine, je préfère mettre en valeur la spontanéité et la complicité avec mes musiciens que de rechercher l’inatteignable et ennuyeuse perfection.
Pourquoi était-il important pour toi de consacrer Le Continuum à des réinterprétations plutôt qu’à un album de chansons originales ?
Pour moi, l’interprétation est venue avant la composition. Ça fait presque 15 ans que je chante tous les jours des chansons d’ici et d’ailleurs. En étudiant le jazz, j’ai découvert que les classiques sont un terrain de jeu formidable pour la créativité.
Une chanson est riche de sens, d’associations symboliques, de codes sociaux et de souvenirs personnels. Lorsqu’on entend un air familier dans une version différente, c’est une partie de notre monde qui est transformée. Certaines personnes trouvent même cela dérangeant d’entendre une version différente d’une chanson qu’elles aiment. Ça prouve à quel point il y a du potentiel émotif là-dedans.
D’autre part, je commence à écrire des chansons sur ma vie, mais elles ne sont pas prêtes encore. Ça ne m’empêche pas de vouloir faire du bien aux gens en vivant pour eux la joie que je trouve à travers les mots et les musiques que j’aime. De plus, je ne vois pas pourquoi ce serait déplacé d’être admirative du génie musical des chansonniers francophones et de vouloir faire rayonner leurs œuvres.


Que représente, pour toi, le geste de reprendre ces chansons aujourd’hui, dans un projet qui célèbre l’amour et la continuité ?
C’est une invitation à être fiers de notre bagage et à prendre conscience que les choix que nous faisons en matière de culture nous transforment comme peuple. Ce que je choisis d’écouter et de chanter façonne qui je suis et le monde que je crée.
Et ce que je veux voir davantage dans ce monde, c’est de l’amour et de l’espoir. Ce que je veux mettre en valeur : mon héritage canadien-francophone, la magie de la musique humaine et la beauté des mélanges de cultures. Je les chante, donc je les ai.
Quelle est la pièce sur Le Continuum qui te touche particulièrement ou dont tu es particulièrement fière ? Pourquoi ?
Chaque fois que j’écoute Réverbère, je suis émue par la tendresse que j’ai incrustée dans ma voix en studio. On dirait que j’ai incarné toute la douceur dont j’aurais eu besoin pour apaiser mes peines et mes solitudes. Ça m’émerveille de constater à quel point j’ai de l’amour à donner, même à moi-même.
J’adore aussi la façon dont j’ai complètement transformé cette chanson de mon idole Ariane Moffatt, en jouant avec les silences et en y ajoutant l’instrument qui me fait le plus frémir : la clarinette. La progression puissante de Quand on n’a que l’amour, qui commence tout en retenue, et la saudade que les gars ont transmise dans En pleine face me donnent aussi des frissons à chaque écoute.
Le mot « continuum » est très chargé de sens. Comment s’est-il imposé comme titre de l’album ?
C’est en envoyant mes offres de concert par courriel à des salles de spectacles que ce mot m’est venu en tête. Je crois que je l’avais vu passer dans Québec Science, dans un article sur l’astronomie, et je trouvais qu’il décrivait trop bien cette entité dont je souhaitais faire partie en tant qu’artiste.
Je me suis souvent sentie très seule dans ma vie, et ça me fait du bien de penser que ma quête n’est pas un point aberrant, mais plutôt la continuité de la recherche de ceux qui sont passés avant, et l’inspiration de ceux qui viendront après. Ça enlève aussi une certaine pression : accepter qu’on ne change pas le monde toute seule.


Tu seras sur la scène du Cabaret Lion d’Or le 6 avril prochain. Qui est Charlotte Désilets sur scène, et comment cette facette se distingue-t-elle de celle qu’on entend sur disque ?
La distinction entre le concert et la musique enregistrée m’a été révélée par Olivier Laroche, mon coach scénique pour ce spectacle. En studio, il faut chanter avec douceur et précision, car le micro est sensible et il n’y a aucun élément visuel ou sensoriel pour distraire l’auditeur du son exact de la voix. En concert, par contre… on est là. Et le public est là.
Donc, sur scène, j’ai mon corps en plus de ma voix. J’ai la distance physique entre les musiciens et moi. J’ai les couleurs transformées par les éclairages. J’ai la respiration du public et toutes les idées que Matys, Sam, Sam et Maude vont nous partager. Avec tout ça, je transforme la musique de l’album en une créature artistique métamorphosée.
Pour faire plus simple : sur scène, je vais danser, rigoler, oublier mes paroles, improviser avec mes musiciens et modifier le fil du spectacle selon l’énergie du public. C’est ben l’fun, c’est vivant, et c’est différent à chaque fois.
À quoi peut s’attendre le public lors de ce spectacle, et qu’est-ce qui rend l’expérience unique ?
Le lancement au Cabaret du Lion d’Or sera une expérience haute en couleurs, qui fera un clin d’œil aux origines vaudeville de la musique jazz. La soirée sera ouverte par une courte première partie mêlant humour, danse et chanson improvisée, présentée par des amis et artistes que j’admire énormément.
Ensuite, je présenterai, avec mon band — Maude Fortier au saxophone, Matys Colpron à la batterie, Sam Fortin au piano et Sam Ripat à la contrebasse — les chansons de mon album Le Continuum, en plus d’arrangements inédits de chansons québécoises plus récentes, qui parleront autant à la génération Z qu’aux baby-boomers.
Les pièces ajoutées mettront en valeur des créatrices féminines et/ou queer d’ici, et seront infusées de rythmes brésiliens, afro-cubains et de jazz moderne.
Quand tu regardes vers l’avenir, à quoi aspires-tu professionnellement ?
Pour le futur, j’espère présenter mon spectacle avec mon band à de nombreuses personnes, au Québec comme ailleurs dans le monde, et inspirer davantage de dialogue et d’authenticité dans la musique.
J’espère aussi prendre beaucoup de temps pour écrire et raconter mes histoires à travers des chansons et des pièces de théâtre. J’aimerais collaborer avec des artistes de tous les domaines, de toutes les générations et de toutes les cultures afin de découvrir continuellement de nouveaux points de vue sur la vie, et de nouvelles façons de fasciner, de faire vivre des émotions et de stimuler l’imagination.
J’aimerais donc travailler comme chanteuse, comédienne, actrice, danseuse et écrivaine, au sein de nombreux projets.


Qu’aimerais-tu offrir, humainement et artistiquement, aux personnes qui te découvrent aujourd’hui ?
J’aimerais donner envie aux gens de jouer. De sortir du cadre de la performance et des attentes, et de se permettre de faire des choses simplement parce que c’est beau ou parce que ça fait rire.
J’aimerais offrir une invitation à aimer l’entièreté de ce que nous sommes — d’où nous venons et où nous désirons aller — et à le célébrer dans toute sa grandeur, par les arts, mais aussi par toutes les actions qui nous permettent de nous rassembler dans la joie.
Je souhaite que la poursuite de nos rêves soit perçue non pas comme une mission individuelle, mais comme l’accomplissement d’une seule quête d’épanouissement collectif, où tout le monde est bienvenu. Si chaque personne croit un peu plus fort en la lumière qu’elle porte en elle, nous serons tous plus motivés à agir pour ce que nous croyons juste — et donc, plus libres.

Frédéric Lebeuf | Journaliste & Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
