S’il y a un mot pour décrire la musique de Bon Enfant, c’est peut-être l’optimisme. Que ce soit les chansons des deux premiers albums ou l’ambiance sur scène, c’est difficile de ne pas sourire et bouger en écoutant leur musique.
Pour leur troisième album, Demande spéciale (sorti le 15 octobre), le quintette explore un côté plus art punk. Il y a des chansons comme Trompe-l’œil (qui ouvre l’album), Demande spéciale, et Passion rock avec des rythmes rapides et une voix qui crie. Au niveau de l’exploration musicale, on sent que les musiciens évoluent; on sent qu’ils s’amusent avec la musique et les genres sont bien présents. Sous-marine a un groove ludique et Air de plastique est une explosion de joie, les deux sons typiques de Bon Enfant. Dans Bouquet, il y a du rock psychédélique, et la douceur est au cœur de Minimum (mélancolique, mais énergique) et Enfant de l’air (une pièce instrumentale qui donne l’impression d’être assis près d’un gros étang).
Bon Enfant est composé de Daphné Brissette, Guillaume Chiasson, Étienne Côté, Mélissa Fortin et Alex Burger. Quand ils ne sont pas en train de faire des choses ensemble, on peut les trouver plongés dans leurs propres projets créatifs. On a parlé avec Daphné Brissette pour en savoir plus sur Demande spéciale et les voyages, littéral et musical, qu’ils ont fait avec la musique.
Depuis votre premier album en 2019, la musique de Bon Enfant a une ambiance de fun avec une énergie rayonnante. Quelle a été votre vision quand vous avez commencé le groupe ? Est-ce que ça a changé à travers les années?
J’avais un groupe avant et je ne pensais pas me rendre aussi loin avec Bon Enfant, même si j’avais des attentes et je voulais que ça marche le plus possible. Tout était là pour faire un groupe de rêve parce que ce sont aussi mes amis dans le band.
Est-ce que vous aviez tous les mêmes idées quand vous avez commencé le groupe?
Non parce que Guillaume et moi, on ne savait pas si ça allait marcher ou non. Tous les autres membres du band avaient leurs projets aussi. On n’a jamais pensé que ça aurait autant de succès.
Demande spéciale est toujours notamment Bon Enfant dans le son, mais il y a un côté plus art punk. Quels étaient vos objectifs en créant l’album?
Je pense qu’on voulait un esprit punk sans forcément que ce soit de la musique punk. Cet esprit a teinté l’écriture et a donc changé le son. C’est moins psychédélique et il y a quelque chose de plus raw et plus sec.
En tant que troisième album, tous les membres ont plus de confiance et ils connaissent mieux leur place. Est-ce que vos idées ou vos influences ont changé à travers le processus de cet album?
Au début du groupe, on n’avait pas vraiment joué ensemble, mais maintenant on est vraiment complice sur scène et on se connait. Il y a donc cette différence-là.


Votre musique a été décrite comme une exploration de la musique rock. Est-ce qu’il y a des choses concernant le rock du passé ou du présent que vous avez découverts grâce à ce projet?
On écoute beaucoup de musique. On est toujours en train d’écouter, donc je pense que les influences sont aussi à la saveur du moment. La musique reflète ce qu’on écoute à ce moment-là. Pendant Demande spéciale, on écoutait beaucoup de CBGB et de post-punk. C’est sûr que cela a eu une influence. On n’a pas vraiment écouté ça ni pendant le deuxième ni le premier album, donc ces influences sont assez présentes.
En tant que femme, est-ce qu’il y a des messages que tu aimerais partager avec ta musique ou des perceptions du rock que tu aimerais changer?
J’incarne le féminisme tous les jours, dans le fait de monter sur scène en tant que front woman qui écrit des textes. Je n’ai pas forcément écrit des paroles féministes parce que, selon moi, toutes les paroles sont déjà féministes, en raison de ma position dans le groupe. Je crois que Bon Enfant est un band féministe sans le dire. Le fait de faire de la musique et vivre comme ça tous les jours est comme un statement pour moi.
Est-ce qu’il y a des artistes féminines qui ont inspiré cet album?
J’écoutais Patti Smith et Tom Tom Club. Après ça, je suis influencé tout le temps par PJ Harvey.
Cette année, vous avez joué des spectacles en Angleterre. Est-ce que vous avez déjà des fans là-bas? Je trouve que c’est rare qu’un.e artiste ou un groupe francophone du Québec ait une présence en Angleterre.
La réception était vraiment cool parce que c’est quasiment les Anglais qui ont inventé le rock’n’roll, donc on parle le même langage musicalement. Les gens écoutent tellement de musique là-bas, même la BBC est un peu edgy et à l’heure de pointe. De plus, les jeunes aiment encore le rock. On est arrivés, on a joué et c’était vraiment une belle expérience. Les salles étaient pleines aussi, même si les gens ne parlaient pas le français.
Quelle était la réaction de la foule? Est-ce qu’ils chantaient ou c’était plus dans la vibe?
Il y avait des gens qui ont déjà écouté Bon Enfant. Donc, c’était vraiment cool d’arriver dans une ville et d’avoir des fans. En Europe, dès que tu changes de pays, la vibe est différente tout de suite, donc il faut ajuster un peu.
Quelle est la différence entre la vibe en France et en Angleterre?
Les Français sont un peu moins rock et ils vont aimer quelques chansons et être moins réceptifs aux autres. En France, c’est plus la chanson et l’électro. En Angleterre, ce n’est pas ça.
Comment décrirais-tu la vibe au Québec?
C’est sûr que c’est toujours plaisant de jouer chez nous. Les gens connaissent toutes les paroles et c’est un public devant qui on a évolué.
Vous avez plein de dates à venir. Qu’est-ce qui t’excite le plus concernant Demande spéciale dans un environnement live?
On va respecter l’album, mais, en même temps, on aime garder un sentiment de surprise. Tous les membres du groupe sont de bons musiciens et on aime jammer. Au début, on a joué les chansons exactement comme elles sont sur l’album, puis, au moment donné, on les a changées un peu et on a suivi ce qui est arrivé sur scène. C’est quand même le fun d’avoir une distinction entre les shows et les disques.
Vous avez chacun d’autres projets. Pourrais-tu parler de tes propres projets et comment influencent-ils ton rôle dans Bon Enfant, si c’est le cas?
Je fais des illustrations, donc pour moi l’illustration et la musique sont liées. J’écoute de la musique pendant que je dessine et quand j’écris de la musique je crée des images avec les mots et le son.
Et c’est toi qui as fait la pochette?
Oui avec mon ami Thomas (B. Martin). J’ai fait le dessin. Je m’implique au côté visuel dans tout ce que je fais.
Si on s’amuse
Quel était le moment le plus amusant pendant la création de Demande spéciale?
J’aime aller en studio. Il n’y a rien qui remplace ça. Quand on a écrit la chanson Minimum, j’ai eu l’impression que quelque chose s’était passé et qu’on avait trouvé une bonne toune pour l’album. Sinon, faire de la musique avec Guillaume est toujours l’fun. On est tous amis dans le groupe.
Quelle chanson sur l’album vous donne le plus de bonheur?
Minimum et aussi Bouquet. Ce sont mes tounes préférées. Je les aime vraiment beaucoup.
Quelle est l’anecdote la plus drôle qui soit arrivée sur scène ou, sinon, quel est un beau souvenir que tu as?
Oh my god, attends… Je ne sais pas! Bien sûr que le premier spectacle au Club Soda, où la salle était remplie, était une expérience. C’est vraiment nice quand tu vis ça.
En ce qui concerne la musique rock, qu’est-ce que tu écoutes pour sourire et te sentir bien?
En ce moment, j’écoute Pearl & The Oysters; ils sont vraiment cool. C’est un duo français qui a déménagé en Californie. Ils font un genre de pop un peu brésilienne, mais contemporaine avec une touche française. Ils me mettent de bonne humeur.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre et vit maintenant à Québec. Elle est francophone dans l’âme et aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Camille Gladu-Drouin
