Birdie Veilleux est un musicien de Québec qui a émis du bonheur et de l’énergie avec son violon pendant plusieurs années. Au début avril, il a sorti son premier album en tant qu’artiste solo, dans le but de rassurer les gens et de les faire sentir moins seuls. Intitulé Chansons tristes pour les gens heureux, ses sept chansons sont pleines de douceur et de poésie.
On s’est assis avec Birdie Veilleux pour mieux découvrir sa relation avec la musique triste ainsi que l’influence de la ville de Québec.
Le projet de Birdie Veilleux, comment a-t-il commencé? Pourrions-nous parler du chemin que tu as pris pour créer l’album?
J’étais à La Nouvelle-Orléans pour jouer de la musique avec Bosko Baker et j’ai sauvé un oiseau dans une maison. Après l’avoir sauvé, les gens là-bas ont commencé à m’appeler bird guy et je l’ai trouvé vraiment drôle. Finalement, le nom est devenu Birdie et il est resté au Québec.
J’écris des chansons depuis quatorze ans, en incluant ma carrière comme violoniste. C’était ma blonde, il y a deux ans, qui m’a donné la confiance nécessaire pour sortir ma musique tout seul. J’étais en train de jouer une chanson à la guitare et elle a essayé de googler les paroles. Je lui ai dit que la chanson était à moi et elle était comme «pourquoi tu ne fais pas quelque chose avec ça?» Cette chanson-là était J’ai peur quand on m’aime. Sinon, Chansons tristes pour les gens heureux est un album très personnel. Les chansons sont mélancoliques, mais la sincérité réussit à mettre de la lumière là-dedans.
Est-ce que ces projets ont influencé l’album Chansons tristes pour les gens heureux et la manière dont tu vas le jouer quand tu feras les spectacles?
Oui, Bosko est dans mon band aussi. Birdie Veilleux, c’est une affaire de famille. Je ne me mets pas de pression sur ce projet-là. La personne qui joue de l’alto dans mon album est mon premier professeur de violon, Marie-Noëlle Harvey, que je voulais remercier pour m’avoir donné la flamme quand j’étais si jeune. J’étais stratégique dans mon approche parce que je voulais avoir beaucoup d’expérience en tant qu’accompagnateur pour comprendre comment l’industrie fonctionne. Ça m’a beaucoup influencé et Bosko m’a tellement appris sur comment être en tant que songwriter et frontman, ainsi que comment vendre de la merch, etc.
Les paroles sont remplies de poésie. Par exemple, dans Violence, la violence est personnifiée et tu lui parles comme elle est quelque chose de physique dans la vie. As-tu toujours abordé tes émotions comme ça ou est-ce que c’est quelque chose que tu as fait en écrivant les chansons?
D’habitude, j’écris mes chansons quand les émotions sont terminées parce que je peux mieux comprendre ce qui s’est passé. La seule chanson sur l’album que je n’ai pas écrite avec du recul était J’t’aime pu. Je l’ai écrit quelques heures après la rupture. Je dirais que j’ai toujours aimé la poésie, mais Violence est un peu particulière comme personnification. C’est une chanson qui parle du suicide et des pensées suicidaires, ce sont comme des ombres qui passent dans une pièce. Quand tu es très malade, l’ombre est comme un éléphant et tu ne vois plus rien autour de toi. Plus tu te soignes, plus l’ombre rétrécit, et ça devient donc comme un chat ou une souris qui passe dans la pièce. Je suis maintenant soigné et guéri. Mais dans la chanson je m’adresse exactement à cette ombre-là qui n’était pas encore rétrécie au moment où je l’écrivais.
Le Vieux Sage est vraiment une chanson douce et c’est tellement rassurant si on se sent un peu perdu.e. C’était ton premier single, mais est-ce que c’était la première chanson sur l’album que tu avais écrite?
Non, en fait pour l’album j’avais écrit quinze chansons. Il y a cinq chansons et deux instrumentales qui sont retenues. La chanson la plus vieille de l’album, c’est Violence qui a été écrite il y a cinq ans. On a gardé seulement les classiques.
Est-ce qu’il y a d’autres artistes ou chansons qui ont eu un effet similaire pour toi, dans le sens que tu peux écouter la musique et te sentir réconforté et guidé?
Absolument. Patrick Watson est mon grand héros de la musique. Je trouve qu’il a tellement de talent pour montrer comment la tristesse peut être belle.
Air Guitar est une chanson très légère, ainsi qu’amicale dans le fait que c’est comme tu parles à un.e ami.e. Il y a aussi beaucoup de références à la ville de Québec. À quoi ressemble l’ambiance de cette ville selon toi? Est-ce qu’elle inspire beaucoup ta créativité?
100%. J’ai tourné mon dos à Nashville et à l’Allemagne pour rester à Québec. Pour moi, la musique est une affaire de famille et de communauté donc je préférais rester à Québec. Je me suis dit que, si je pouvais faire ce job toute ma vie, ce serait mieux de le faire avec mes meilleurs chums. Je suis fier de venir de Québec. C’est comme un grand village, mais en même temps je peux vivre la musique. Je la trouve extrêmement poétique, sensible, belle et, effectivement, les paysages et les rues m’inspirent toujours.
Air Guitar parle de rupture, mais c’est le moment où on ne pense pas à la tristesse et qu’on fait juste vivre. J’étais dans la pluie à Limoilou et je voyais les gens fermer la terrasse. C’est comme si toute la chanson continuait de la première phrase. J’étais comme «oh, il y a quelque chose ici», donc j’ai couru chez moi pour faire la toune.
Tu as passé beaucoup de temps à jouer dans la rue, notamment sur la rue Saint-Jean. Quand as-tu commencé à faire ça ? As-tu remarqué des changements à travers les années par rapport à la vibe?
Oui, la plus belle chose dans le fait de jouer dans la rue est l’honnêteté. Par exemple, si le monde paie pour voir ton show, ils ont choisi d’être là. Dans la rue, si tu réussis à arrêter quelqu’un c’est parce que tu as quelque chose de très puissant. Il décide lui-même de profiter de quelques minutes et je trouve ça tellement beau quand ça arrive. En jouant dans la rue, j’ai rencontré Bosko Baker et on est devenu meilleurs amis. Il a voyagé partout et j’ai vraiment appris la spirit de la rue de lui. Effectivement, la vibe de busking a beaucoup changé. On a essayé pour que ce soit géré différemment.
C’est intéressant que des artistes comme Jérôme 50, Hubert Lenoir et Simon Kearney aient commencé sur cette rue-là. J’ai l’impression qu’il y avait comme une belle époque pour le busking.
En 2016, il y avait quelques artistes principaux sur la rue Saint-Jean: Jérôme 50, Hubert Lenoir, Philippe Gagné et Bosko Baker. C’est fou comme époque, quand on pense où sont maintenant rendus ces artistes. C’est beau, mais aujourd’hui cette ambiance n’existe plus.
D’après toi, quelle est l’importance de la musique mélancolique? Pourquoi devrait-on célébrer la tristesse? Parce que souvent la musique sombre est dévorée quand on est triste.
La musique, c’est la médecine. C’est thérapeutique. Dans ma carrière comme violoniste, j’ai souvent joué dans des funérailles et j’ai adoré ça! Quand j’en parle, les gens pensent que ça a dû être dur, mais c’est une des plus belles choses que tu peux faire, parce que tu es un catalyseur pour la tristesse. Tu aides les gens à sortir de leurs émotions et à les laisser aller. C’est un peu ce que je voulais faire avec ma musique. Parfois, on a besoin d’aide pour se laisser-aller et ça nous fait du bien. La musique triste est donc tellement importante et elle nous fait sentir moins seul.
Malgré la tristesse, l’album est très ensoleillé et l’espoir est présent partout. Quels sont tes objectifs concernant les réactions des auditeurs? Est-ce qu’il y a un mood ou un message que tu aimerais transmettre?
Je pense que mon plus grand objectif en tant que songwriter, c’est d’être le plus honnête possible. Tu peux dire que tu es triste, il n’y a rien de tabou dans ce sujet-là. Je pense que ça pourrait aider les gens à s’ouvrir. J’ai écrit l’album que j’aurais voulu avoir quand j’étais dans le trou. Je suis très fier aujourd’hui parce que l’album a guéri cette partie de moi. Ça pourrait être pareil pour d’autres gens aussi.
Finalement, tu vas jouer au Pantoum, à Québec, le 31 mai pour ton lancement. As-tu d’autres événements ou projets que tu vas faire cet été que tu pourrais nous partager? Sinon, qu’est-ce que tu aimerais faire?
Le 31 va être tout un show! Il y aura sept musiciens sur scène et ça va être un spectacle de musique et de contes avec la mise en scène. Il y aura aussi des chansons qui ne sont pas sur l’album. Sinon, je vais jouer pour la Série des Membres à l’Ampli, le 13 juin. Le 6 juin, je vais jouer au Quai de Brumes à Montréal. Vu que j’ai sorti mon album ce printemps, il y aura plus de choses l’année prochaine.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.
