Le 7 novembre au Théâtre Outremont, Betty Bonifassi a retrouvé son public avec une intensité et une émotion à fleur de peau. Elle revient enfin nous offrir sa présence ardente et son cœur d’artiste !
Le chemin a été long pour celle qui demeure l’une des chanteuses les plus déterminées et les plus habitées de la scène québécoise. Des Triplettes de Belleville de Benoît Charest, présentées aux Oscars, au duo Beast formé avec Jean-Philippe Goncalves — qui l’a propulsée sur les plus grandes scènes internationales avec un trip rock-beat puissant, frénétique et accrocheur —, Betty, niçoise de naissance, a toujours été passionnée de jazz et de chansons anglophones.
Mais c’est notre Betty à nous qui est de retour, après une absence de presque huit ans sur les scènes montréalaises. On se souvient encore de ses performances magiques avec DJ Champion, notamment sur No Heaven, qui nous donnait des frissons à fleur de peau.
La blessure de SLAV et la renaissance
Impossible d’oublier la controverse entourant les deux uniques représentations de SLAV, au Festival de jazz de Montréal en 2018. Forcée d’annuler les spectacles mis en scène par Robert Lepage, elle et l’équipe furent accusées d’appropriation culturelle. La débâcle qui a suivi a profondément marqué la scène culturelle québécoise.
Après en avoir souffert à tout point de vue, et avoir vécu l’amertume de se voir interdire de chanter des work songs « parce qu’elle n’avait pas la bonne couleur de peau », Betty persiste et signe. Rebelle un jour, rebelle toujours ! Elle nous offre aujourd’hui deux superbes chants, empreints de chaleur et de solidarité, qui témoignent d’une sensibilité sincère envers la souffrance des opprimés.
Une voix de survivante
Betty demeure une ambassadrice vibrante de Nina Simone, à qui elle voue un véritable culte. Ses interprétations des éternelles chansons de la grande chanteuse afro-américaine donnent encore la chair de poule. On a également droit à du Marvin Gaye, du Otis Redding (YEAH !), et une sublime performance de Est-ce ainsi que les hommes vivent ? de Léo Ferré.
Sur la scène de l’Outremont, Betty apparaît simplifiée, connectée à son public, en parfaite synergie avec ses trois musiciens d’exception : Martin Lizotte (énergique et surprenant aux claviers), Alexis Dumais (versatile au piano et à la contrebasse), et Rachel Therrien, formidable trompettiste dont le sourire complice semble lui donner des ailes.
Courage et émotion pure
L’an dernier, après un diagnostic de cancer, Betty a entrepris une série de traitements de chimiothérapie affaiblissant momentanément sa voix — mais jamais son courage. Elle avoue craindre d’oublier ses textes ; parfois, elle chante avec des feuilles sur un lutrin. À 54 ans, la musicienne demeure remarquable, sa voix toujours riche et vibrante.
Sur scène, elle se confie, s’anime, brasse des chaînes de métal sur une boîte de bois, symbole de résistance et de liberté. Le public l’applaudit chaleureusement : son émotion est visible. Elle est heureuse… et nous aussi.
À bientôt, Betty. Et merci.

Michel Jolicoeur | Journaliste

